Aux Pays-Bas, peu à peu je tisse des liens dans la communauté païenne et je fais des rencontres très intéressantes. L’autre jour, à un Crafternoon organisé par Zia, où j’ai d’ailleurs appris à filer la laine – j’ai des progrès à faire, mais maintenant je sais comment ça marche, et c’est génial !! J’adore ces après-midi de discussions et bricolage, et aussi de rencontrer des femmes sages qui ont bien roulé leur bosse… en France, apparemment on se trouve dans une génération du paganisme différente, la plupart des païens que j’ai rencontré ayant moins de 30 ans…

Bref, on parlait du contact avec les gens qui ne font pas partie de notre voie, et ceux qui ne sont pas ouverts à la spiritualité. Vera, une écossaise ayant le projet d’ouvrir une école spirituelle à Avallon en Bourgogne ^^, conclut la discussion avec un petit rire et un air malicieux :

“Gotta give ‘em a taste”

Il faut leur faire goûter : il faut leur montrer de quoi on parle. En fait, il n’y a pas vraiment d’autre solution. C’est vrai, on peut discuter, on peut essayer de convaincre, on peut râler contre les chrétiens ou les athées ou n’importe qui, on peut parler de liberté d’expression et de religion, c’est nécessaire, mais pas suffisant…Au final, afin de montrer qu’on est sérieux, que c’est pas que dans notre tête, que notre choix de spiritualité est valide et digne de respect – oui, dans un monde idéal, ça serait moins difficile, les gens seraient plus ouverts d’esprits, mais on y est pas encore – il faut leur montrer de quoi on parle. On aime bien dire que notre spiritualité fait de nous des gens plus équilibrés, respectueux de la nature, créatifs, chaleureux… mais est ce que c’est vrai, ou est ce que c’est juste une jolie idée dans notre tête ? On exige du respect pour nos Dieux et cérémonies, mais sommes nous capables de créer la dévotion, la poésie, la beauté, qui Leur ferait réellement honneur, et de défendre Leurs valeurs au quotidien ? Nous nous disons sorcières, mais possédons-nous réellement cette intimité avec la nature qui nous permet d’enchanter le monde autour de nous ? Il y a un moment où il faut se poser l’épineuse question du bilan, du résultat concret de nos cheminements – sinon, c’est que du vent, et ne sommes nous pas des religions de la Terre ? On cherche à se justifier, mais ce qu’on fait n’est pas vraiment justifiable, c’est avant tout une voie de l’expérience et de l’émerveillement qui dépasse les mots. On ne peut pas convertir, on ne peut pas provoquer des illuminations autour de nous – tout ce qu’on peut être, c’est un bref conduit vers une autre façon de sentir le monde. Un havre de paix, de magie, de contentement au milieu d’un monde fiévreux. On peut donner l’exemple et passer des mots à l’action. Et à ceux qui se moquent, on peut rire en douce et répondre : Oh, ne t’en fais pas, viens donc prendre un thé à la maison, le chaudron bouillonne…

Gotta give’ em a taste…