Une cabane lovée dans le feuillage… Ma tanière de sorcière au fond des bois. Mon boudoir… poudres,éclats de rire et élixirs. Esprits en ébullition, chasseurs de rêves, et visiteurs en tout genre, tissez vous dans ma toile …

La Sorcière et les historiens

En ce moment, je m’intéresse à l’histoire de la sorcellerie moderne, ses origines, inspirations, le mouvement néo-païen d’un point de vue sociologique… en effet, je vais bientôt sortir du placard, et donc je voulais partir avec des fondations solides pour expliquer tout ça.

Je me suis donc plongée dans la lecture de deux livres très intéressants.

Le premier est Triumph of the Moon : A History of Modern Pagan Witchcraft, de Ronald Hutton. Il commence par rassembler et discuter les différents courants de pensée et faits sociologiques en Europe, à partir du dix-huitième siècle, qui ont plus ou moins inspiré et permis la renaissance de la sorcellerie païenne à partir de la deuxième moitié du vingtième siècle : les différents points de vue envers le paganisme antique, le Romantisme, les rebouteux et guérisseurs de la campagne anglaise, l’intérêt des milieux académiques pour le folklore anglais et les éventuelles survivances païennes, la naissance de la théorie de la Grande Déesse primitive, les sociétés secrètes occultes du dix-neuvième siècle et la franc-maçonnerie, et bien d’autres. Ensuite, le livre parle de Gardner, les querelles entre covens, l’évolution du courant aux États-Unis, les perspectives modernes, un aspect plus classique de l’histoire du mouvement.

Franchement j’ai adoré ce livre, c’est vraiment du pain béni, par son mélange de scepticisme, de lucidité, de détails très fouillés ( bon ça fait un peu tourner la tête parfois…mais j’ai aussi adoré la description, par exemple, de différents guérisseurs et « cunning-folk » du dix huitième…) et de respect. Il pointe aussi du doigt la condescendance de la plupart des scientifiques ayant abordé le sujet précédemment ( et ils ne sont pas nombreux ) mais démolit également la supposée « ancienneté » de la « Vieille » religion. Et finalement, il présente un portrait assez flatteur des sorcières modernes, en général ouvertes d’esprit, cultivées et créatives. Bref, je le recommande vivement aux anglophones confirmés – car il faut le dire le langage est un peu ardu parfois. J’espère qu’il sera traduit.

Le second livre est Le Néo-paganisme : Une vision du monde en plein essor, de Stéphane François. Il vient d’un milieu académique que je connais bien – je suis en plein dedans – et, disons, que ce milieu n’est pas disposé à traiter « tendrement » ce qui concerne la spiritualité. Donc, j’ai pu relever quelques touches de cette même condescendance. Cependant, dans de nombreux cas, c’est une critique justifiée. Cette étude souligne la tendance de certains païens à refuser toute modernité,présentant la mondialisation comme la source de tous nos maux,  à traiter le passé comme un âge d’or révolu, parfois se rapprocher des extrêmes politiques et du nationalisme, anti-christianisme et anti-Lumières, dénotant également une grande incohérence dans le rapport à l’histoire. Personnellement, je ne me reconnais dans aucune de ces catégories, et je n’y placerai pas non plus les païens que je connais. Pourtant il m’est arrivé de croiser de tels individus sur les forums – il me semble. Chacun son opinion, bien entendu, mais à l’image de l’auteur, je suis sceptique envers les tentatives de reconstruction du paganisme antique, car notre société, notre état d’esprit, a été bien trop profondément modifié, par le christianisme notamment, pour que nous puissions le ressusciter en l’état, et je ne pense pas non plus que, de toute façon, ce serait adapté à notre société moderne.

Je pense cependant que nous pouvons nous en inspirer. Il est nécessaire dans tous les cas de reconnaître notre héritage judéo-chrétien, si nous voulons prendre notre autonomie et le dépasser. Les indices de la spiritualité ancienne sont pour moi, passionnants, ils sont une rencontre avec une culture différente de la notre, qui inconsciemment nous a nourri, mais c’est bien trop vieux pour que nous puissions espérer un jour en prendre la pleine mesure.

Je suis païenne, oui, mais parce que j’honore le sacré du lieu, les esprits de la nature, la présence du divin dans le monde, et si parfois je m’inspire d’anciens mythes, d’anciens Dieux, d’une ancienne sensibilité, je crée mon propre langage. Cette démarche n’en est pas moins valide si elle n’est pas soutenue par un lignage venant de la nuit des temps.

Je pense que c’est une véritable névrose dans le milieu que de vouloir utiliser et abuser de l’Histoire, en tant que science, pour prouver ses dires. C’est tentant. Mais ce que nous faisons, n’est pas de l’histoire, ni de la science. On peut s’en inspirer, être émerveillé par des découvertes. Mais je pense qu’il est primordial, de ne jamais oublier que, ce que nous faisons, tient de la croyance, de la vérité personnelle et non pas de la Vérité. Donc, chercher à prouver, pourquoi ? Pour prouver sa suprémacie intellectuelle et religieuse, pour se rassurer ? Notre voie, justement, demande, à mon sens, le courage d’accepter l’incertitude, l’inconnu, et ne pas rechercher la gloire et la certitude d’avoir raison.

Donc, voilà, je suis un peu fâchée contre certains de mes auteurs préférés ( Starhawk par exemple ) qui avancent des données sans aucune preuve ( neuf millions de femmes brûlées en tant que sorcières ??? ). Bon, je continuerai à lire les bouquins de Starhawk parce que je trouve qu’ils sont magnifiques et inspirants, en tant que poésie, pas manuel d’histoire. Mais je pense aussi que, maintenant, il serait temps d’arrêter de répandre les mêmes idioties et de prouver que ceux qui se moquent des sorcières et néo-païens pour leur total manque de sérieux et de cohérence, ont tort. Nous faisons partie d’un mouvement qui commence à être assez mature, j’espère, pour marcher sur ses propres jambes sans devoir sans cesse déranger les illustres ancêtres dans leurs tombes avec des déclarations à faire se dresser les cheveux sur la tête…

Dans ce contexte, voici un site génial qui s’est donné pour mission de combattre les insanités répandues sur le web païen : http://wicca.timerift.net/ : Wicca for the rest of us. Stop the fluff. Think for yourself. Fight the bunny.

Voilà cet article parle bien sûr de mes propres convictions, je serais ravie que vous me fassiez part de votre avis avec des arguments et de la critique constructive !

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9 Réponses

  1. Ton article est vraiment vraiment très intéressant. Surtout ce passage, auquel j’adhère totalement: « Mais je pense qu’il est primordial, de ne jamais oublier que, ce que nous faisons, tient de la croyance, de la vérité personnelle et non pas de la Vérité. Donc, chercher à prouver, pourquoi ? Pour prouver sa suprémacie intellectuelle et religieuse, pour se rassurer ? Notre voie, justement, demande, à mon sens, le courage d’accepter l’incertitude, l’inconnu, et ne pas rechercher la gloire et la certitude d’avoir raison. »
    C’est tellement ce que je ressens quand je vogue sur les différents blogs et forums. Ce côté intellectuel à tout prix enlève les parts de mystères, d’incompréhension, d’incertitude (ces mots ne sont pas du tout péjoratifs ici) que j’apprécient tant dans la magie!
    Merci pour cet article 🙂

    24 juin 2010 à 8:07

  2. Je t’aime \o/ (hm, pardon pour cet éclat :P)

    Je suis souvent frappée et navrée de voir à quel point l’histoire est utilisée, tordue et, finalement, peu respectée dans certains milieux du paganisme. Elle sert d’excuse à de nombreux comportements (je pense au paganisme nordique, où certains justifient l’homophobie par « nos ancêtres faisaient ainsi donc on doit faire pareil ! », j’en passe et des meilleures), mais aussi, dans certains courants, à rejeter ceux qui ne font pas « comme eux » (je pense au plus gros forum asatrù anglais où j’ai vu ce genre de comportements : si l’on pratique de manière légèrement différente de « comme c’est écrit dans les livres d’histoire et les sagas », on peut être sûr d’être moqué, voir insulté, par ceux « qui savent mieux » parce qu’ils ont l’histoire « de leur côté ». Hm-hm.)

    Connaitre son passé et savoir comment nos ancêtres (je parle de façon générale, bien entendu :)) faisaient peut être intéressant quand on désire réadapter le paganisme au monde moderne, pas quand on veut appliquer directement ce qu’ils faisaient dans notre monde actuel. C’est sûr que je ne sacrifierai pas un animal et que je projetterai son sang sur l’assemblée, avant de faire ripailles avec ce même animal avec le clan. Par contre, je partage mes offrandes avec ceux qui m’entourent après les avoir dédiées aux Dieux. Il m’est même arrivé d’en offrir à un inconnu.

    Mais serait-il plus facile pour certains de s’apitoyer sur le passé, les méchants chrétiens intolérants et la mort de toutes les pauvres femmes (et de tous ceux que l’on oublie : ces pauvres hommes à qui l’on ne rend jamais hommage (je précise que dans ma région, il y a eu plus d’hommes condamnés à mort pour sorcellerie que de femmes)) que d’essayer de voir tout ce qu’il y a de nouveaux, de possible et d’épanouissant ?

    25 juin 2010 à 7:45

  3. J’ai ce bouquin de Ronald Hutton il y a des années et je l’ai toruvé comme toi, particulièremlent intéressant. C’est un bonheur rare de découvrir le point de vue de quelqu’un de l’extérieur sur le néo-paganisme, et un universitaire qui a vraiment fouillé le sujet, plutôt que de proférer des idées reçues. Je découvre l’existence du deuxième bouquin en revanche et je te remercie, tu as piqué ma curiosité.

    5 juillet 2010 à 7:16

    • skadibella

      Contente que l’article vous plaise ! on devrait faire un club lol ! pour la préservation de l’histoire dans les milieux païens XD
      L’histoire des offrandes est géniale Khlada je vais la ressortir celle la je crois ! ça illustre bien le ridicule de l’attitude de « tout vouloir faire comme avant parce qu’ils avaient raison ! »
      Hé oui y’en a qui ont besoin de se construire « contre » ( les vilains chrétiens, les vilains païens, les vilains étrangers, tout ce qu’on veut …)
      C’est triste.

      19 juillet 2010 à 10:30

  4. Tom

    Bonjour!

    J’ai découvert seulement ce post et totalement par hasard, et je l’ai trouvé tout à fait intéressant.
    En tant que païen et étudiant en histoire, je suis doublement touché par le sujet. Je défends moi aussi le respect de l’histoire sans pour autant prôner le « reconstructionisme », démarche ridicule parmi d’autres.
    J’suis pas bien sûr d’avoir compris ce que tu veux dire par « c’est une véritable névrose dans le milieu que de vouloir utiliser et abuser de l’Histoire, en tant que science, pour prouver ses dires ». Comprends moi bien : je suis entièrement d’accord avec le reste. Je suis le premier à râler quand des païens qui n’ont de connaissances historiques que ce que la plus ancienne vulgarisation a bien voulu leur donner utilisent celle-ci pour défendre des idées qui, en fait, n’ont rien d’historique mais sont un produit de leur pensée. Par contre, je suis convaincu qu’on doit connaître l’histoire et que l’on doit l’utiliser « en tant que science » et non en abuser. Or, lorsqu’elle est utilisée « en tant que science », ce n’est jamais de l’abus. C’est important, je pense, parce qu’utiliser l’histoire « scientifique » au lieu d’abuser de l’histoire « idéologique », serait une qualité du paganisme et un morceau à défendre, d’abord entre païens pour lutter contre les extrêmes, puis contre tous.

    Enfin, je me suis demandé si, derrière ça, tu ne vises pas particulièrement un genre de débat comme Hécate fait l’objet entre Wiccans et hellénistes. Je suis helléniste et, si c’est le cas, je tiens à dire que le débat n’a pas pour cause un strict respect de l’histoire. Si on utilise l’histoire pour justifier nos propos, c’est un moyen, non une fin. Le problème est ailleurs, dans notre sensibilité et le fait qu’on ait recours à une image religieuse non dogmatique mais un tantinet fixe quand même parce que cette image est notre moyen de comprendre le divin. C’est comme utiliser un mot qui dans sa langue d’origine veut dire quelque chose, et lui faire dire complètement autre chose dans une autre langue à laquelle il n’appartient pas à l’origine. Dans ce cas on utilise l’étymologie, dans l’autre, on utilise l’histoire. Et c’est non seulement bien normal, mais important.

    Voilà, j’espère que je ne te casse pas les pieds avec ce commentaire d’une longueur effroyable, mais sache que ton post est très bien tourné et qu’au fond, si je suis bavard, c’est parce que les posts intéressants comme ça, j’aimerais en voir plus souvent…

    23 juillet 2010 à 5:58

    • skadibella

      Haa on m’avait jamais fait un commentaire de cette longueur !! J’adore les commentaires ^^donc merci d’avoir pris le temps !! Ce que je veux dire par névrose c’est : certains auteurs ou personnes qui disent « dans les temps anciens il s’est passé ceci ou cela » mais sans preuve, sans référence, ( c’est énervant ça quand on veut faire des recherches sérieuses ) et puis j’ai raison parce que voilà, les anciens faisaient comme cela ». Et on essaie de faire passer cela pour de l’Histoire, alors que non, c’est une vision personnelle du passé, ce qui n’est pas du tout la même chose.
      Ensuite, il y a des personnes qui pensent que, parce que cela s’est passé ainsi dans le passé, c’est la bonne manière de faire ! Une « validation par l’Histoire » en quelque sorte ! Oui le passé est source de sagesse, mais l’Histoire est une science, pas une morale ! C’est cela que je voulais dire. Se servir de l’Histoire pour dire ce qui est bien ou mal c’est dangereux, on va vite vers l' »histoire idéologique » donc je pense que nos points de vue se rejoignent là dessus…
      Donc, connaître l’Histoire, je suis pour, tout à fait…l’utiliser…avec prudence. Pour quel but, en fait ? Je ne connais pas le débat sur Hécate – je suis celtisante, c’est donc pas ma branche – mais je comprends ce que tu m’expliques sur l’utilisation de l’histoire pour mieux comprendre le divin. Hécate est une déesse – ben, comme un tas d’autres en fait – ancrée dans une culture et un temps particulier, et donc les étudier est nécessaire pour travailler avec cette déesse…une question de respect non ? Mais ça m’a l’air d’une démarche personnelle, sérieuse, documentée…
      le problème, c’est que dès que ça passe à un autre niveau, ça perd vite le sérieux…parce que, avec les dieux, on ne fait pas de compromis, mais avec un public avide…il est possible de tourner les faits comme ça nous arrange…
      Et puis, pour moi en tout cas, la spiritualité c’est très personnel. l’Histoire, ça me passionne, ça m’inspire, ça me fait réfléchir, mais…ma spiritualité, c’est autre chose. C’est une question d’intuition, d’irrationnel, de créativité…d’inexpliquable. Pas très scientifique. Voilà pourquoi, je pense, il faut séparer cela nettement de l’Histoire. C’est un long débat. Je vis mon paganisme de manière très instantanée, avec la pluie et le soleil, et d’un autre côté j’étudie un tas de choses pour m’enrichir moi et ma compréhension du monde…Quand je travaille avec des divinités historiques je travaille aussi avec leur culture et leur histoire, toute une façon de voir le monde. Ce n’est qu’une facette de ma pratique.
      Je serais donc assez curieuse de savoir ce qu' »hélléniste » renferme pour toi. J’imagine que le rapport à l’histoire prend une place assez importante ! Je suis contente de croiser un (presque) historien païen ! j’avais l’impression qu’ils faisaient tous informatique ^^
      Contente que mon post t’ait plu en tout cas …on fait le concours de la réponse la plus longue ?

      23 juillet 2010 à 9:11

  5. Tom

    Ahahaha! La réponse la plus longue je sais pas! En tous cas j’suis content de ta réponse. J’avais peur de t’embêter mais j’vois qu’on a carrément les mêmes points de vue, et sur la question c’est rare… J’aime beaucoup ton esprit et ton blog, que je vais suivre, d’ailleurs.

    T’expliquer l’hellénisme c’est un peu long… Quoique j’pourrais trouver le temps, un de ces quatre, pour te laisser un long commentaire ^^

    Si tu veux je t’invite à jeter un oeil à mon propre blog, t’auras un peu de ma façon de penser. Les propos, vu comment je m’exprime (…), peuvent être incompris, alors n’hésite pas à me reprendre!

    Bien à toi,
    Tom

    23 juillet 2010 à 9:29

    • skadibella

      Ben justement je suis allée faire un tour sur ton blog et je l’ai mis dans mes favoris ! Super intéressant !
      ( va pas lire mon article sur Avatar par contre, j’ai un peu honte de l’avoir écrit et on va se fâcher ^^)

      Surtout tes articles sur les dieux grecs que je connais pas très bien sont très intéressants ! beau boulot !
      j’irais laisser un long commentaire bientôt !
      bonne nuit !

      23 juillet 2010 à 9:53

      • Tom

        ^^
        Merci beaucoup!
        J’vais lire ton article sur Avatar, que j’n’ai pas vu… mais on va pas se fâcher, promis. Me fâcherai pas pour ça, d’autant que… fin… bon j’admets, j’l’ai regardé pas plus tard qu’hier soir, le film! Et si on met de côté tout c’que j’ai pu dire dessus, et que je pense toujours, ça reste un très chouette film.

        24 juillet 2010 à 11:50

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