Une cabane lovée dans le feuillage… Ma tanière de sorcière au fond des bois. Mon boudoir… poudres,éclats de rire et élixirs. Esprits en ébullition, chasseurs de rêves, et visiteurs en tout genre, tissez vous dans ma toile …

La Séductrice

,                                 

Voilà le résultat d’un atelier sur le forum génial Women’s Art http://women-s-art.positifforum.com. On nous attribué à toutes une carte du magnifique jeu de cartes Féminitude par Monique Grande, illustrations de Myrrha ( http://www.myrrha.ereduverseau.com/pages_artiste/feminitude2.html) et on nous a demandé de l’illustrer avec nos propres mots. Pour moi c’est un véritable bouillonnement qui en a résulté…

La Séductrice
………………..
C’est une histoire au début, toute simple
Dans un jardin, une fleur mangea la mouche
Qui attirée par l’odeur suave de ses pétales
S’était lentement empêtrée dans sa gangue de velours.

 

Arrivèrent trois grand singes barbus qui s’écrièrent ;
Quelle chose monstrueuse ! Voilà la chute du paradis.
La fleur étonnée releva sa tête lourde
Il n’y a pas de paradis ici, juste un jardin.
Les gouttes de rosée qui coulent le long de ma tige
Séparent la lumière et créent des ombres difformes,
Les pluies abondantes font pourrir les jeunes pousses,
Et la suite sans fin des saisons est aussi tendre que cruelle.


Dans ses replis elle nous fait voir des monstres,
Mais je suis juste une fleur, et ceci est juste un jardin.
Quelle arrogance, fit un des barbus, qu’une simple herbe
Ose élever le ton face à des hommes qui marchent debout ?


Ne sais tu pas, mauvaise herbe, que ce sont les insectes
qui mangent les fleurs ? Les bestioles mangent les insectes
Les fauves mangent les bestioles nous mangeons les fauves
Alors, créature contre nature ?  De quelle partie de l’enfer viens tu ?

 

Allez donc reprocher au tigre de manger la gazelle, fit la fleur
Et se replongea dans l’alchimie silencieuse de ses cellules ;
Les barbus entourèrent la fleur, en colloque sérieux,
Et après de nombreuses délibérations l’arrachèrent avec rage.

 

Ils la disséquèrent et l’auscultèrent, la mirent en pièces
Pour trouver le principe qui les faisait tant enrager et défiait leurs lois.
La recherche fut stérile et  ils l’enfouirent profondément.
Mais la peur nouvelle dans leurs coeurs ne se fit pas oublier.

 

L’histoire se rêve, se murmure, se répète,
La roue tourne, s’emballe, les mots ruissellent…
L’histoire gravée dans nos coeurs ne s’oublie pas,
Et à la faveur de l’oubli elle s’empoisonne…

 

Depuis la nuit des temps, Elle est la Séductrice
Danse mortelle de la sélection naturelle
Animalité qui dérange, et rêves refoulés
Messagère et piège d’un secret oublié.

 

Cette histoire est la sienne.

 

Fraîche demoiselle aux yeux d’émeraude,
Innocence dissimulant ses écailles sous son jupon
Peau de lys mais baiser putride, elle fait avec délice
D’un marécage son royaume de tombes.

 

Femme renard rôdant sous la lune,
Par le jeu de ses courbes de soie les vies se délient
Se délassent, et finissent en un coup de griffes.
Seule reste la neige fumante empreinte de rouge.

 

Danseuse lascive drapée de vapeurs de rêves
Dragons sinistres et mélodies lancinantes
Elle susurre au poète ses dernières visions
Et tisse un linceul d’ardeur et d’oubli.

 

La rousse au corsage défait qui hante
Le brouillard des anciennes histoires
La poupée qui s’échine le long des boulevards
Couleurs criardes jusqu’à la nausée

 

Trop aimée pour être haïe, trop utile pour être oubliée,
Malédiction dont on connaît le petit surnom,
Ou ombre grandiose dont le passé connaît les ravages,
Elle mène le cortège des idées les plus sauvages.

 

Boue grouillante, chaudron bouillonnant
Carnivore abysse d’obsidienne et osselets
Que déferlent les cascades microbiennes,
Et la matrice acide devient dévoreuse.

 

Les flammes s’élèvent la danse s’affole
Maudite sorcière cauchemar de nos nuits
Délivre nous du mal et ne nous soumets pas à la tentation
Pardonne nous comme nous…

 

Le reste est silence. Lentement, elle tourne et elle tisse
Ses pièges et ses appâts, ses douces saveurs vénéneuses
Ils disent elle revient chaque année comme la gale des blés
La prédatrice adulée dans les spirales du déni.

 

Au premier éclat d’indécence dans l’oeil d’une inconnue,
Sortent les torches, les pieux et les vierges de fer
Mais celle qu’ils croyaient capturer est déjà loin
La suppliciée n’est plus qu’une pâle poupée brisée.

 

Un sourire sanguin s’estompe dans la nuit
Ivre de vengeance repart en chasse
Elle est le fantôme des sanctuaires pillés
Morale très acide des contes trop réels, chère ironie du sort.

 

Elle est une peau qui s’écorche, une croûte de lave
Cri d’extase ou d’agonie
Funambule là où se rejoignent paradis et enfer,
Qui existent là où nous les créons, sur Terre.

 

Elle s’enfuit avec la fin de mes mots,
Toujours victime, toujours bourreau
Jeu stérile, prisonnière et symptôme
Pas d’échappatoire dans ce labyrinthe là.

 

Versant d’ombre et soeur damnée
De la cruauté de l’épée, l’une ne va pas sans l’autre
Déchirement de velours, impuissance transformée
À la force brute elle répond avec une malice implacable.

 

Invoquée sans cesse par les avides de pouvoir,
Décriée par les bien-pensants, elle fascine et dégoûte
Prise dans les tourbillons des siècles,
Coupée de ses racines, perdue.

 

Comme toute sorcière est une fée blessée
Son coeur d’animal en fuite est écorché
Mais résiste malgré tout à suivre les règles du jeu,
À cela elle préfère voyager dans les déserts de l’humanité.

 

Et elle y meurt, seule.
Mais renaît toujours.
Force de la nature,
Irrésistible.

……………………..

Qui imposa les règles et arracha la fleur sacrilège ?
Qui étouffa la danse de la vie dans un corset d’acier ?
Une idée bien triste du paradis, l’absence de changement
Et de la béatitude, l’interdiction de la connaissance.

 

Les cycles de la vie dansent et les ombres s’élèvent hautes
Les pulsations de la sève, l’incantation de la vie,
Les mystères mutiques de la mort, les brusques sursauts
Une vérité trop vaste pour être contenue dans un livre sacré.

……………………………………..

Ah soeurs comment vouloir purifier des eaux boueuses ?
Un temps viendra où elles porteront des graines,
Si elles cessent d’être piétinées.
Si elle se laisse guérir, si elle se laisse aimer.

 

Mais avant tout écoutez ses vieux os de combattante
Elle n’a pas parcouru tout ce chemin pour se laisser dompter
Son coeur féroce, son blason de fille de poussière
Son masque éphémère, portez les avec fierté.

 

Et en cercle, chantez, enterrez les avec tendresse.
Cultivez vos liens, qui vous rendent fortes.
Et vos ailes, qui vous font naître au monde.
Une lune après vous entendrez le son d’un miracle.

 

La Séductrice qui rit.
Et son rire fort et clair comme une cascade
Emporte avec lui les poisons et les fantômes.
Pouvoir enfin serein car chéri et accepté.

 

Maintenant elle est chasseresse, alchimiste, reine
Jeune fille en fleurs, mère aimante ou vieille sage,
Ses mains habiles créent et caressent mais au fond du bois
Les anciennes douleurs pulsent encore, comme un temple secret.
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2 Réponses

  1. Bonjour !

    Je lis régulièrement ton blog depuis quelques mois, et je voulais d’abord te dire que je prends beaucoup de plaisir à te lire.

    Je ne suis habituellement pas fan de poésie, mais ton texte m’a vraiment beaucoup plu : il est bien écrit, délicat et profond sans tomber dans le « gnagnasse ».

    En un mot: Bravo !

    19 janvier 2011 à 4:16

    • skadibella

      Merci, ça me fait vraiment plaisir 😀

      19 janvier 2011 à 6:26

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