Une cabane lovée dans le feuillage… Ma tanière de sorcière au fond des bois. Mon boudoir… poudres,éclats de rire et élixirs. Esprits en ébullition, chasseurs de rêves, et visiteurs en tout genre, tissez vous dans ma toile …

Polarités dansantes II – Jongleries divines

Sur Samhain’s House, Morrigan a écrit une phrase que je trouve très jolie :

« Le bien et le mal sont des concepts subjectifs, pèse tes actes, reste fidèle à ce que tu penses et ce en quoi tu crois, la sorcière est une équilibriste qui voyage sur un fil qui séparent les mondes et les notions, portant dans une main ses actes et dans l’autre sa conscience, garde les deux en harmonie – si tu agis en accord avec toi même et l’univers qui porte ton fil, tu ne tomberas pas. »

Elle résonne totalement avec ce que je voulais écrire, donc je pensais la mettre en début d’article, plutôt qu’encore une diatribe énervée sur le fait que j’en ai marre qu’on confonde les païens avec les new-agers et des paîens trop new-age. ( Mais là j’en peut plus, faut que ça sorte )

Oui parce que d’abord, il y a des choses intéressantes dans le new-age, mais ce sont quand même en général des gens qui prônent de se détacher de son corps et de la vie terrestre, d’attendre la venue d’un sauveur, de croire tout ce qui a l’air plus ou moins louche…gens qui veulent s’échapper de la vie quotidienne, et croient en l’avènement d’un nouvel âge qui lavera l’homme de ses péchés et ‘élèvera les vibrations du monde’. ( Là vous avez deviné, je suis énervée. Je fais des généralisations. C’est mal.) Mais quand même. C’est quoi cette obsession de l’élévation, de la pureté, de la lumière ? Je trouve ça ridicule, à vrai dire. ( Jugement de valeur. J’assume. Pas gentil. Hum. M’en fous.) Moi, je suis une adoratrice de la poussière du monde. Une fille de boue. Une païenne, quoi. Et je crois que le paganisme et le New-Âge sont totalement incompatibles. Pour moi, une sorcière ne va pas attendre l’arrivée d’un grand bouleversement. Elle s’attache à changer et améliorer le monde sous ses pieds, tout en rendant grâce car la vie est belle. Petit bout par petit bout, car elle sait que les changements trop brutaux sont des traumatismes, et non pas des rédemptions. Comme dans la nature, le changement est une alchimie qui demande du temps et de l’attention. Fermement sur ses pieds, les pieds bien sur terre, le païen d’aujourd’hui. Sinon, je vous prédis des problèmes. Les Dieux vont vous avaler et vous recracher tout petit et tout mouillé, et bien secoué, et tant mieux,vous l’aurez bien cherché, êtres de lumière en tout genre.

Ce que nous faisons demande beaucoup de courage. On crée des chemins spirituels tous les jours, on innove, on s’aventure sans ceinture sur les autoroutes cosmiques, et en plus, beaucoup de gens vous diront que vous êtes tarés. La vie, dans toute sa beauté horrible, douceur cruelle, ironie splendide, joie extatique et routine monotone, est une expérience complexe. Elle n’est pas un océan de bonheur et de lumière, cela ne sert à rien de le prétendre et c’est franchement gonflant ; et puis heureusement d’ailleurs, parce que ça serait chiant.

Enlevez les ombres, vous ne verrez plus rien. Et on a besoin de l’ombre. On a besoin de se rendre compte de nos défauts, de les assumer, de les canaliser et apprivoiser. On a besoin de re-découvrir la nuit et la nature sauvage. La Terre a besoin de l’Hiver pour se reposer. L’Ombre nous apaise, nous protège, nous nourrit, nous défie. On a besoin d’avoir la force de la Femme Sauvage, de l’Homme Primal, force des tripes et du fond de la Terre et des âges,  pour nous aventurer sur les terres stériles, vous savez, ces usines, multinationales, institutions, administrations,  tant démonisées dans notre milieu – et les transformer de l’intérieur. Parce que c’est bien de cultiver son jardin – tout à fait nécessaire, même – mais garder pour soi cette force, c’est dommage. Le monde a besoin de nous ! Nous ne sommes pas des ‘gens de classe moyenne qui s’ennuient’ ou des ‘jeux de rôles pour filles’ – nous sommes le nouveau visage du monde. A moitié taré, à moitié génial, cent pour cent vivant. Nous apportons les ombres : les nuances. Sans elles, le monde est aveugle. Le rationalisme pur est une machine froide et morte. Si telle est votre vision de la réalité, je vous souhaite beaucoup de plaisir. Je laisse une place au hasard, au chaos, à l’humour, au mysticisme, aux fées ( mais pas aux licornes et aux vampires qui brillent. Faut pas exagérer quand même. ) au chant des os, au chant du bas ventre, à la Dragonne là dessous qui s’ébroue, aux fautes de frappe et aux gueules de bois. Aux Dieux, bon sang ! Jamais on ne me fera croire que ce sont des  » êtres fragiles qui reviennent sur terre après un long exil parce que la vibration du monde ne leur convenait pas, et qui ne supportent pas le bruit » comme j’ai lu récemment dans un bouquin new-âge. Ils sont des forces du monde rugissantes, implacables, magnifiques, à la mesure du pire comme du meilleur que l’on peut trouver chez l’homme et au-delà, ils nous aiment d’un amour féroce et exigeant, et en être digne est un sacré boulot.

Avec mes soeurcières, vous nous trouverez, faisant des tirages de cartes sur les aires d’autoroute, criant comme des furies au sommet d’une montagne, nous marrant avec des blagues salaces autour de mojitos, débattant passionnément sur le sens d’une rune, dansant à la pleine lune ; debout jusqu’à pas d’heure pour boucler un dossier de sociologie ; faisant des rituels pour aider nos amis ; nous défiant de nous jeter dans l’eau froide de la mer ; en train de squatter les pubs irlandais, les fast-food minables parce qu’on avait rien trouvé d’autre, les salons de thé enfumés, les restos indiens qui font du lassi à la rose hmmmm ; répétant des pas de danse bollywoodienne dans la rue le soir et se lavant les pieds dans des fontaines ; pleurant au téléphone pour se raconter la dernière galère, se prenant la tête sur des questions de convictions, en train de se faire des couronnes de fleurs ; faisant des voyages chamaniques avec un tambour tout gondolé, parlant de champignons hallucinogènes, inventant des noms de prêtresses ridicules et des groupes de rock, débattant de questions douloureuses, faisant des rites de passage avec des masques de catcheurs et des moustaches de jus de carotte… la vie, géniale et vibrante : voilà notre communauté religieuse, et le spirituel n’en est jamais exclu, nous rions pendant nos rituels, l’égrégore du cercle est comme un rayon de soleil perçant les nuages, mais il a sa part d’ombre aussi, il est entier, solide, réel. On s’accepte comme on est, avec nos qualités et nos parts d’ombre.

Nous sommes les enfants du mariage mystique de la Terre et du Ciel ; l’extase, dans la joie comme dans la douleur, ne nous éloigne jamais du monde, mais nous met au coeur de celui-ci. Nous ne fuyons pas : nous faisons face, un pied dans l’ombre, un autre dans la lumière, un frisson prometteur nous secoue, et en route.

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6 Réponses

  1. article fa-bu-leux. Merci, merci, merci… Pour toute cette fraîcheur, cet humour, cette impertinence, cette énergie débordante …

    En route !! 🙂

    2 mai 2011 à 7:38

  2. Bon la prochaine fois faut que j’arrive à poster un commentaire avant Eilean parce qu’elle dit toujours ce que je pense xD
    Comment Skadi, tu ne crois pas à la licorne dorée qui apparait aux élus purifiés par le saint bisounours ?! Mais c’est une honte !
    Je rejoins tes pensées en tout cas, ce miasme multicolore me donne envie de vomir à chaque fois que j’ai la malchance de tomber sur ce genre de site/blog …

    3 mai 2011 à 9:23

  3. Tout à fait! Je rejoins ma consœur et suis heureuse de voir que la Spirale Mystique n’est pas seule dans ce sens.
    En te lisant j’avais l’impression de lire un compte rendu de nos « réunions »… 😀
    Et comme je dis toujours quand on parle des bisounours passifs culculand : « Merde aux cons! » avant de me reprendre une bière.
    Dirt worship quoi. 😉
    Merci, merci à toi pour cet article revitalisant!
    Et comme dit Eilean, « En route »

    (et pourquoi ne pas organiser un oreibasia inter-cercle hu?)

    3 mai 2011 à 9:25

  4. Kappa

    Ça c’est du souffle ! Bravo !
    Et merci, aussi, j’avais bien besoin de lire ce message ^^

    3 mai 2011 à 10:10

  5. tinu

    superbe article qui fait tant de bien !!! Merci à toi ! Fille de boue… ça me parle particulièrement ça…

    A moitié tarées, à moitiés géniales vi c’est tout à fait ça :p
    Merci pour ce partage d’émotions, pour donner les mots là où on ne saurait les trouver mais qu’il faut pourtant parfois entendre.

    4 mai 2011 à 12:29

  6. Sia

    Skadi…….

    …..

    les mots me manquent, mais on en reparlera
    je t’adore!
    je vois une fleur s’épanouir en te lisant, en t’écoutant.
    et c’est un honneur de retrouver des bribes des Tisseuses sur ton chemin.
    merci d’être toi, ma soeur

    20 mai 2011 à 10:22

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