Une cabane lovée dans le feuillage… Ma tanière de sorcière au fond des bois. Mon boudoir… poudres,éclats de rire et élixirs. Esprits en ébullition, chasseurs de rêves, et visiteurs en tout genre, tissez vous dans ma toile …

Danse des os – travailler avec sa partie sombre (II)

Voici la démarche que j’ai suivi, tout à fait expérimentale et par ‘tâtonnements’ :
1.  Remise en question et réflexion.

On commence par faire une liste de tous ses ‘défauts’ et ‘qualités’ ou ce que nous considérons comme tels. ( Il faut que les deux parties soient à peu près égales )
Ensuite, par exemple, on peut se rappeler de situations vécues désagréables, et se demander : comment en est on arrivé là ? Qu’est ce qu’on aurait pu faire différemment ? Il ne faut pas se préoccuper de l’autre mais analyser son propre comportement. Souvent on repère des répétitions, des schémas de comportement qui reviennent. C’est là que ça devient intéressant. Le but est alors de se demander, pourquoi je fais ça ? Quelle bonne raison ai-je d’agir de cette façon ? Même pour des comportements dysfonctionnels, il y a toujours de bonnes raisons. Le tout est d’être honnête avec soi même et de ne pas culpabiliser. Il faut essayer de dépasser la dualité c’est bien/c’est mal et ne pas se juger.
– Aussi se demander : qu’est ce qui nous énerve profondément chez les autres ? C’est souvent quelque chose que nous ne voulons pas voir, que nous ne supportons pas chez nous mêmes.
– Quels sont nos actes dont nous ne sommes pas fiers et pour lesquels nous nous donnons des justifications vaseuses ?
=> Il va ressortir de tout cela des conflits d’intérêts comme si des parties de soi-même voulaient des choses totalement différentes. Il est alors intéressant de noter cela. Il existe de nombreux modèles psychologiques qui voient la psyché humaine comme ayant plusieurs « parties » : par exemple Freud qui oppose l’inconscient ( les pulsions, les désirs cachés ) et le surmoi ( c’est à dire la partie, souvent héritée de nos parents, qui nous impose des valeurs et des idéaux ) ou encore l’énnéagramme : http://www.enneagramme.com/Theorie/9_desc.htm
etc… Les parties souvent entrent en opposition et tendent à fonctionner alors de manière névrotique, ce qui fait qu’on les refoule. Cela entre donc dans la partie sombre qui avale les parties/pulsions etc…non intégrées.

Un exemple personnel : À la base j’avais un problème majeur, c’est à dire que je bloquais avant de passer à l’action dès que je devais faire quelque chose d’important. Je me suis alors demandée pourquoi. Il y avait derrière cela deux raisons : l’orgueil et la volonté de remettre à plus tard. L’orgueil parce qu’il me « disait », me faisait ressentir que cette action n’était pas digne de moi, elle n’avait pas assez de grandeur. Dans l’action cette impulsion me pousse à briller, à aller toujours plus haut et plus loin quitte à se détruire. La volonté de remettre à plus tard, en réalité, qui provenait d’une croyance comme quoi je ne serais pas capable de réaliser mon potentiel, mieux vaut alors se réfugier dans les rêves en attendant d’être prête, ce qui n’arrive en fait jamais. Cette impulsion me pousse à me cacher, à faire les choses dans l’obscurité, à rester prudente et près de la terre et exclusivement concentrée sur mes désirs matériels car aller au delà serait vain. Idée que j’attire les problèmes.

Ces deux ressentis s’opposaient et me rendaient donc confuse, ce qui m’empêchait d’agir. Voilà comme je suis partie d’un exemple mais j’ai réalisé que partout, dans mes problèmes il y avait deux pôles, qui se ressemblaient, j’ai donc décidé d’en apprendre plus. Cette première partie est en quelque sorte faire sa propre psychanalyse, c’est long et assez fastidieux, il faut aller en introspection, se tourner vers soi pour un temps.

2. Retour vers le passé


Pour la deuxième partie il s’agit d’aller voir dans le passé les sources de ces « défauts » et problèmes. On va donc travailler avec son enfant intérieur et l’écouter. Quels sont ses traumatismes ? Ses désirs non comblés ? Les modèles qu’on lui a imposé ? Les attentes qu’il avait de ses parents ? Les reproches qu’il leur a fait ? Il faut laisser s’exprimer l’enfant en colère. Laisser couler le flot. Noter ce qui parait important et ce qui revient. On peut aussi prendre une feuille et noter tout ce qu’il a a dire, les idées les plus méchantes et les cris de désespoir, et ensuite brûler la feuille. Ensuite, il est important de lui envoyer de la tendresse et d’envoyer de la tendresse à la petite fille/petit garçon qu’on était. On ne peut pas effacer ce qui s’est passé, mais aujourd’hui on peut guérir son enfant intérieur. On peut faire un rituel, très régressif, avec des pétales de rose, des peluches, des bougies roses et blanches, tout ce qui représente la tendresse pour l’enfant que l’on était. Souvent on découvre une peste mais aussi quelqu’un de très vif, et prometteur.
La deuxième chose est d’étudier un peu sa propre famille. Parler à ses grands parents, leur demander des choses sur leurs parents et grands parents à eux, des histoires d’enfance, des anecdotes, etc…Pareil avec les parents. En comparant ces points de vue il y a souvent des points communs qui reviennent, des motifs, des « malédictions » familiales transmises sans que l’on se rende compte de génération en génération car les enfants reproduisaient le modèle de leurs parents. Pour stopper cela il faut s’en rendre compte. Parler à ses parents de vieilles douleurs et de besoins non remplis, pas pour reprocher mais juste pour dire, purifier.

Encore une fois, un exemple personnel : 
Je me suis rendue compte que dans ma famille, la lignée de ma mère, les femmes étaient en général, très intelligentes, fières, dignes, et fortes. Mais en revanche elles étaient rarement épanouies dans leur vie amoureuse et de femmes. Elles avaient tendance à penser que les mecs « étaient tous des cons ». Elles n’exprimaient pas leurs sentiments et avaient tendance à être silencieuses et à se poser en martyres. D’autre part, petite, j’idéalisais ma mère, qui est très belle, très mince et très intelligente, alors que mon père était absent (ils n’étaient pas un couple heureux). Mais ma mère a été, jeune, anorexique et a eu des problèmes de santé très graves. Cela indique un rapport problématique au corps et à la féminité qui est idéalisée, mise sur un piédestal et totalement intellectualisée, glacée. Je relie cela à ma première partie sombre, l’orgueil.

D’autre part, deux de mes ancêtres étaient connues pour être très belles et sensuelles, qui appréciaient la vie, mais on disait aussi qu’elles étaient folles, ou des putes. Elles étaient également manipulatrices et excentriques. L’une d’entre elle, ma grand-mère, avait un grand talent pour la sculpture mais elle l’a abandonné car son mari ne voyait pas cela d’un bon oeil. Elle a ensuite rencontré l’amour de sa vie mais n’a pas quitté son mari et ses enfants pour lui. Elle s’est contentée de s’épuiser dans l’usine familiale, et à devenir une reine de famille perfectionniste, et légèrement aigrie. De plus, avant de m’avoir, ma mère a eu deux jumelles mortes nées. Je lie cela à ma seconde partie sombre, qui lie amour, corps et mort/douleur en une sorte de malédiction et pousse à se dévaloriser totalement, à se frustrer et à ne pas réaliser ses rêves, les remettant toujours à plus tard.

Cette étape est souvent très douloureuse. Mais elle permet aussi, dans le temps de mieux comprendre sa famille et de s’en libérer. Affirmer que l’on a compris les attentes de ses parents mais que l’on s’en libère, ils n’ont plus le contrôle de nos vies, car nous sommes adultes.

3. Boire à la source immémorielle


La troisième partie est maintenant créative. Dans les deux premières étapes on a beaucoup réfléchi, mais maintenant il faut aller dans les tripes et la créativité et l’art sont le vecteur idéal. Il s’agit de rentrer en contact avec son inconscient. On va lire des contes, des histoires, des mythologies et repérer des figures qui nous parlent par rapport à cette partie sombre. Ce ne sont pas des figures très positives à premier abord, enfin elles sont ambigues. Ces histoires sont souvent porteuses d’un sens secret. Au début on ne voit que leurs côtés négatifs mais petit à petit, en travaillant avec elles, on voit d’autres côtés. Parfois, il s’agit d’un travail avec des Divinités Sombres, parfois avec des archétypes…

Mon exemple :
Pour ma première partie sombre, j’ai trouvé Skadi et elle m’a trouvée. C’est la déesse de la glace et des montagnes nordique. C’est une reine des neiges et une géante. Elle va exiger des dieux réparation pour la mort de son père. On la fait rire ( un dieu, Loki, s’attache pour cela les testicules à une barbe de chèvre qui faillit les lui arracher ) et on lui permet d’épouser un dieu en le choisissant par ses pieds. Ce sera, non pas le beau dieu de la lumière comme elle l’avait espéré, mais le dieu de la mer. Ils n’arrivent pas à se décider où vivre, car elle n’aime pas la mer, et lui n’aime pas la montagne. Finalement, elle retourne à ses montagnes chéries. Skadi est orgueilleuse, vaniteuse, par certains aspects brute, elle ne fait pas de compromis, elle est fière et rigide, et solitaire. Dans les contes elle est devenue la terrible Reine des Neiges, une ogresse, une sorcière aux dents de fer. Pour travailler avec elle, je suis allée dans les montagnes, j’ai fait du ski, et surtout des balades et des méditations pour sentir la force de la montagne. Skadi est là, la morsure du froid et la puissance incroyable de la terre qui s’élance vers le ciel. Elle n’a que peu à faire de mes petites querelles internes, elle est une énergie qui balaye tout sur son passage telle l’avalanche. Elle est avec moi dans mes moments de grandeur. Elle est dangereuse, elle est la brûlure de l’orgueil et de l’exigence. Elle est aussi la joie de la chasse, la pure joie sauvage sans limites. Elle est la glace qui fige les petites pousses. Elle est une patronne qu’il faut approcher avec respect et humilité, sinon elle est mortelle. Mais pour les femmes, elle est un modèle d’indépendance et de force de caractère. Elle est aussi déesse de la justice et de l’honneur. Et elle ne finira pas en vieille fille aigrie, non. Pour certains, elle se mettra avec Ullr, Dieu de la chasse et de l’hiver comme elle, et les textes disent aussi qu’elle aura plusieurs enfants avec Odin, le roi des Dieux.

Pour la deuxième partie je n’ai  pas de Déesse. mais un archétype : la Sorcière. Je vois une femme qui touille au dessus de son chaudron. Elle a les mains sales, elle est couverte de voiles crasseux, mais elle est belle, elle a les yeux d’un vert très vif, elle est voluptueuse, et tout le village parle derrière son dos. Elle passe son temps les mains dans la terre à cueillir des plantes. Elle sait guérir mais aussi empoisonner. Elle n’est pas mauvaise, mais elle n’est pas bonne non plus. Elle sait égorger des poulets aussi bien que soigner des moineaux. Elle aide les femmes du village à trouver l’amour mais sa vie sentimentale à elle est un champ de ruines. Elle manipule la vie des gens. Dès que la situation devient trop tendue, elle s’enfuit. Elle n’a de racines nulle part, elle est une fille du vent, une nomade, une gitane. Elle se fait siffler dans la rue, elle danse comme personne. Elle est « mauvais genre », passionnée, mais une vie de brimades l’a fait reculer dans l’ombre. Elle est une énergie lourde qui me colle à la terre, comme marcher dans de la boue, la petite voix qui me dit que je suis maudite et que je n’arriverai jamais à rien. Elle se complaît dans la souffrance. Elle joue les victimes. Elle attire les problèmes comme un aimant. Mais elle enseigne aussi la valeur du sacrifice, et l’idée de grandir à travers la douleur. Elle est résistante. Les accouchements ont brisé ses os mais elle a guéri. Elle sait que rien n’est tout blanc ou tout noir et que l’on ne peut pas se détacher de son contexte. Elle est aussi l’empathie, la tolérance, la compassion, qui est parfois infiniment douloureuse quand on sait comment est le monde. Elle est la fertilité, la créativité douloureuse – chaque création est un acte d’accouchement. Elle est la Sheela-na-gig, figure obscène pleine de savoir. Elle est une mère féroce et une amoureuse passionnée. Elle est aussi paresseuse, dépendante. Elle a peur de marcher sur ses propres jambes. Mais, elle connaît le secret de la transformation et de l’alchimie. Elle sait le sens du mot limite. Je l’appelle Bella, du petit nom qu’on donne aux jolies femmes italiennes, à moitié affectueux, à moitié vulgaire. Pour travailler avec elle, je vais à la mer, je travaille avec des déesses de l’amour, je danse, je me promène dans l’obscurité et la nature la nuit, je jardine, je mets mes mains dans la terre, j’apprends à manger avec plaisir et à faire tout ce que je fais avec plaisir. Ces deux figures sont des opposés qui se complètent et qui se répondent.

Il y a des tas d’exemples à puiser dans les contes et les mythologies, il faut alors trouver sa signification cachée, faire des méditations et des visualisations avec…etc. Le Petit Chaperon Rouge, la Petite Sirène, Baba Yaga, les Fileuses, Méduse la Gorgone, Mélusine, Circé l’enchanteresse…L’idée est de rencontrer les archétypes qui vivent dans notre inconscient, notre obscurité. On peut faire des sorts également, pour provoquer des rêves, tenir un journal de rêves, et s’exprimer artistiquement, en se laissant guider par ces figures : dessin, peinture, collages, art éphémère, peu importe que ça soit parfait, l’important c’est que cela nous parle. Faire des tirages de cartes pour mieux comprendre.

4. Prendre son envol

Ces trois étapes se répètent autant de fois que nécessaire. Comment savoir que l’on arrive au bout ? Je pense que ce travail n’est jamais totalement fini. Cependant, on peut noter ses progrès en refaisant la liste des défauts et qualités. Normalement la liste sera cette fois plus honnête et surtout, on sera en paix avec ses défauts. On arrivera à voir qu’ils peuvent avoir des bons côtés, et on essaiera d’exprimer plutôt ces bons côtés, en était aidé par notre archétype-guide. Par exemple je remplace l’orgueil par l’indépendance, l’intégrité et le courage. Les traditionnels reproches de nos parents nous toucheront moins car on saura que ce ne sont que leurs propres peurs qu’ils projettent sur nous. On laissera aller dans le vent en pensant qu’ils tiennent à nous mais ne nous comprennent pas toujours.
Ce travail peut être risqué car il peut nous plonger dans la déprime ( qui peut être une bonne chose si elle n’est que passagère ) et développer la sensibilité et l’empathie à un point que cela en devienne insupportable. Il faudra alors poser des limites. Il peut amener à devenir narcissique, il faut faire attention et sortir s’aérer la tête dans ces cas là. Au final, on va se connecter à quelque chose de très sombre et profond, que certains appellent inconscient collectif, le Sauvage, ou encore le Chaos primordial. C’est une énergie reptilienne, immense, qui rassemble les pulsions de l’humanité du plus mauvais au meilleur, mais qui contient vraiment tout, de l’énergie du génocidaire à celle du Dalai Lama. C’est effrayant. On peut s’y perdre. On y fait face vraiment lors d’un rituel qui marque la fin de ce travail, un voyage chamanique ou une transe, provoquée par une méditation-visualisation profonde, où on va faire face à ce grand dragon. On est alors guidé par ces parties sombres, qui étaient au départ des défauts mais qui sont en réalité des marques de notre identité. On réalise alors que ce sont des protectrices, qui sont « assises sur la barrière » entre notre monde et celui de ce Chaos primordial, l’Obscurité, entre notre monde bien connu et celui du dehors, le Sauvage. Elles nous protègent en en intégrant une partie, mais seulement une, car personne ne peut héberger tous les défauts de la terre, même si en germe ils sont tous là. Nos protectrices ont choisi ceux qui pourraient nous servir. Elles savent comment travailler avec l’Obscurité, qui est pleine de puissance. Mais elle est comme un vide qui nous attire. Nos protectrices nous protègent de cela. En reconnaissant le monstre en nous nous avons moins peur du monstre qui vit au dehors, car nous savons qu’il n’est pas si terrible, il n’est qu’un être humain avec ses faiblesses et ses peurs et nous pouvons l’atteindre par l’Obscurité qui est le lieu de toutes les transformations. Nos archétypes sont des guides dans le chaos de la vie. Travailler avec la force brute de l’Univers, cela se mérité. Si on y va sans se préparer on peut s’y perdre, car elle s’infiltrera en nous par nos défauts et nous contrôlera. Si en revanche on connaît et accepte nos défauts, on pourra s’immerger en elle et toujours rester soi, car on saura qui on est réellement.
Alors les différentes parties en conflit se mettent à danser ensemble, car l’une a la solution pour l’autre, et inversement, et finalement elles se fondent en nous, et nous sommes alors entières, sachant qu’à chaque instant nous pouvons invoquer la force de l’une de nos Ombres Protectrices.

Source images : www.kmyechan.com/ et www.northernpaganism.org/shrines/hela/welcome.html

Publicités

Une Réponse

  1. C’est un lourd travaille que tu as amorcé. j’en sais quelque chose car je suis dessus depuis… heu près de 10 ans. Il y a des moments difficiles, mais ça vaut le coup. C’est un travail de longue haleine qui ne s’arrête jamais vraiment puisque notre psychisme est toujours en perpétuelle évolution. 🙂

    21 mai 2011 à 3:12

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s