Une cabane lovée dans le feuillage… Ma tanière de sorcière au fond des bois. Mon boudoir… poudres,éclats de rire et élixirs. Esprits en ébullition, chasseurs de rêves, et visiteurs en tout genre, tissez vous dans ma toile …

Explorations ~ Travailler avec sa partie sombre (I)

Je mets ici un texte publié chez la LWE, en version remaniée, améliorée grâce aux commentaires des membres.C’est une technique expérimentale de ‘psychomagie’ qui vise à mieux se connaître, travailler avec ses archétypes fondamentaux, équilibrer son ‘psychisme’, bref poser des bases saines nécessaire à tout cheminement spirituel et magique. C’est en effet ma conviction que nous possédons tous notre part d’Ombre, et qu’elle n’est pas maléfique, mais au contraire source de pouvoir. Il s’agit aussi d’aller à la rencontre de forces fondamentales de l’univers qui doivent être prises en compte de plein droit.

Qu’est ce que ‘la partie sombre’ ? 

Ici, je ne parle pas de quelque chose de dangereux et diabolisé, mais de quelque chose qui vit en nous, ce n’est pas une entité extérieure. Notre civilisation a depuis longtemps associé l’obscurité au mal, au passif, au féminin, au matériel, au corps, au démoniaque, mais il s’agit d’une séparation artificielle qui vient des dogmes de l’Eglise chrétienne et qui n’est pas naturelle. En tant que sorcières, nous devons aller au delà, nous ne pouvons pas voir le matériel comme séparé du spirituel. Le mot « sorcière » renvoie lui même à l’obscurité, ce mot ramène avec lui des peurs et des préjugés mais comme le dit Starhawk : « là où il y a de la peur, il y a du pouvoir ». Je ne parle pas du pouvoir de contrôler les autres mais celui de sa propre intégrité qui nous permet de rendre le monde plus beau en commençant par soi-même. Pour cela, il faut se connaître soi même, y compris la partie de nous que nous cachons car elle nous fait peur. Ce ne sont pas toujours des choses très belles. Par exemple la jalousie : ce n’est pas quelque chose que nous aimons reconnaître chez nous mêmes mais le fait est que la jalousie porte avec elle beaucoup de passion, et l’envie peut être transformée en moyen de nous faire avancer.

L’idée de l’obscurité est liée, en Wicca, à la Vieille, à la Lune Noire, au quatrième visage de la déesse, au sabbat de Samhain, au Chaudron de Renaissance, à la fertilité de la terre et de l’utérus mais aussi à la tombe et à la Mort. L’histoire de la Déesse qui descend aux Enfers est un motif fréquent de la mythologie. Inanna par exemple, ou Perséphone. Il y a des raisons différentes pour cette descente mais elles en reviennent plus fortes et plus sages, car elles ont affronté l’Obscurité. Pour cela elles ont dû se défaire de leurs artifices. C’est en tout cas l’explication symbolique moderne qui est faite de ces mythes et je la trouve très intéressante.

La partie sombre peut être assimilée à l’inconscient personnel et collectif. Il s’agit d’un concept flou et assez large. « Travailler avec la partie sombre, c’est se relier au passé et à l’avenir, c’est interroger l’univers et notre âme, c’est, comme dit C. Pinkola Estes: « ramasser des os ». (1) Il s’agit de revenir à la base, au squelette, aux os de la terre, à ce qui nous fait avancer ; de titiller le cerveau reptilien et ses instincts et pulsions de survie. C’est une partie de nous mêmes mouvante, souvent insaisissable.

Aller à sa rencontre nous connecte à des vieux dragons et démons de l’humanité et de notre propre histoire, c’est un dialogue avec l’abysse. Il va donc de soi qu’il faut être extrêmement prudent. On peut devenir faible et voir ses pires côtés ressortir, voir la dépression et peut être même la folie de très près.

Mon point de vue est que cette démarche est nécessaire. Car si on n’affronte pas l’Obscurité volontairement, elle nous visitera tôt ou tard, mais peut être dans des moments qui ne nous sont pas du tout favorables. C’est un grand thème qui peut aussi s’apparenter de loin au démembrement chamanique (2) : on se laisse ‘avaler par le monstre’ qui met notre psyché en pièces détachées, pour que tout soit enfin clair, et à partir de là, on peut reconstruire. On descend, dans la boue fertile, le chaudron de l’obscurité primordiale, le siège des transformations, la forêt sauvage et primale. Ou encore à la récapitulation chamanique (3) où on se remémore tous les passages de notre vie dans leur intégralité.

La connaissance, donc, est le pouvoir. Connaissance de soi, de sa nature profonde, mais comme un processus, une exploration, car c’est bien un puits sans fond dont on parle ici, une nuit sans limites. Tâche ingrate, qui semble à certains instants couvrir le monde d’un voile de cendres, alors que les illusions nous abandonnent, et on peut se trouver mal, sans nos anciens mécanismes et habitudes, déboussolé, perdu, et bien petit et faible devant l’immensité du travail. Mais aussi tâche fascinante, absorbante, où on apprend à se connaître soi-même et à grandir, à se réconcilier avec soi même. Des vieilles figures comme le Fou, la Prophétesse, la Sorcière, la Reine des Neiges, l’Ogresse, l’Homme en Noir, dangereuses, incorrectes, sulfureuses, font surface et bousculent votre monde bien établi.

Le royaume de l’Obscurité est dangereux et effrayant, là se tapissent monstres et la Peur à l’état pur. Autant de merveilles que d’horreurs. Elle est notre héritage légitime. Mais trop souvent elle a été colonisée par les marchants de manichéisme, qui nous disent quoi craindre, quoi repousser dans les ombres, qui prétendent dire de quoi la Nuit est faite. Or la Nuit est infinie, et bien souvent elle est ce que l’on y cherche ( et bien plus encore). Alors il nous appartient d’y déceler les splendides pépites de sagesse, de force primale, d’enchantement et d’humanité, et lui rendre l’honneur qui lui est dû.

(1) Merci à Lisbeth. (2) Merci à Méandres. (3) Merci à Fingen.

A la suite, je posterai ma méthode « expérimentale » de travail avec la partie sombre.

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4 Réponses

  1. Merci pour cet article! ça me fais plaisir de lire sur ce sujet si important!
    hâte de lire la suite 🙂

    19 mai 2011 à 1:31

  2. « trop souvent elle a été colonisée par les marchants de manichéisme, qui nous disent quoi craindre, quoi repousser dans les ombres, qui prétendent dire de quoi la Nuit est faite. »

    Je salue la formule, c’est exactement ça ! Tu as réussi à parfaitement mettre en mot un problème auquel nous nous heurtons tous. Constater comme notre psyché était balisée par les ombres « autorisées » et celle que l’on nous fait repousser à été pour moi le premier pas, et un sacré choc 😛 Chacun son parcours et ses voies d’accès bien sûr ; et comme tu l’as dit le chemin n’est pas facile, mais il est extrêmement riche et vaut la peine qu’on s’y aventure longuement.

    Merci pour cet article =)

    21 mai 2011 à 2:22

  3. Merci pour cet article. Je rejoins tout à fait ta réflexion sur la part sombre et le travail indispensable que nous devons tous faire avec pour avancer sur nos chemin spirituel.

    21 mai 2011 à 2:57

  4. Pingback: De la nécessité d’accepter sa part d’Ombre

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