Une cabane lovée dans le feuillage… Ma tanière de sorcière au fond des bois. Mon boudoir… poudres,éclats de rire et élixirs. Esprits en ébullition, chasseurs de rêves, et visiteurs en tout genre, tissez vous dans ma toile …

J’ai retrouvé la deuxième moitié de mon Ombre, et elle est brillante.

It’s pavé interminable time !

C’est clair, je suis à la croisée des chemins. En ce moment, ma relation avec ma déesse patronne, a pris le siège arrière. Son visage a changé. Avant quand j’essayais de rentrer en contact avec Elle, je touchais à une énergie sombre, passionnée, impitoyable et toujours présente. Mais là depuis peu, il y a autre chose ; Elle est radieuse et fière de moi je sens ( et je n’ai pas vraiment compris pourquoi ) mais inaccessible. Skadhi au printemps ; je me suis toujours posée la question, qu’est ce qu’il arrive à cette déesse de l’hiver quand l’hiver finit ? Elle n’est pas la Vieille Femme Hiver à bannir ; elle est une force d’équilibre, une force sauvage qui s’allie de son propre gré avec les dieux de l’ordre et de la civilisation. Au printemps, la glace de Skadhi fond – que reste-t-il alors ? J’ai lu un texte très intéressant comparant le mythe de Skadhi et Njord au cycle de l’eau, sous forme de glace dans la montagne, qui descent par les fleuves jusqu’à l’océan, et revient par évaporation. Elle est aussi, clairement, une protectrice du clan et de sa Terre. Au printemps, donc,Elle se montre insaisissable, un peu comme l’eau vive des ruisseaux, énergie plus fluide, qui se mélange et nourrit les rivières…son énergie se dilue peu à peu et Elle ne se retrouve réellement qu’avec les premières neiges.
Mais au printemps Elle est toujours bien présente, avec j’ai l’impression un sentiment de victoire, heureuse pour ce qui a survécu l’hiver. Diana Paxson l’associe aux premières floraisons de printemps, neigeuses et fragiles. Ici, ils appellent ‘neige de printemps’ les fleurs de charme qui inondent les rues en ce moment, des petites pétales vert clair. Donc voici le dernier visage de Skadhi, – après la dure et impitoyable Guerrière, la Protectrice du Clan, l’agile et instinctive Chasseresse, la Sacrificatrice aux mains sanglantes, la froide Reine des Glaces, la Déesse des Sommets – la voilà jeune fille aux fleurs, mariée des dieux. La protectrice des premières pousses. Poésie pure et éphémère.

Le mariage de Skadhi est encore un exemple d’histoire dans la mythologie nordique où les dieux de la civilisation arrivent d’une manière ou d’une autre à dompter les forces de la nature brutale – et pour moi, cela symbolise la fin de l’hiver, donc, il y a une sorte de motif saisonnier comme dans beaucoup de mythes nordiques. C’est assez intéressant parce que Skadhi descend de son plein gré, pour demander réparation pour le meurtre de son père.
Elle essaie donc de rétablir l’équilibre en faveur des forces sauvages qui sont souvent dans les mythes, détruites sans pitié par les dieux de l’ordre. Les yeux de son père sont transformés en étoiles – des guides dans l’obscurité, et aussi un souvenir du passé, et du fait que le monde sauvage réclame toujours son dû, et de l’importance accordée aux ancêtres, quoi qu’ils aient fait. En fait, Skadhi, force de la nature chaotique, utilise la règle d’honneur pour avoir son dû – et les dieux savent qu’elle est dans son plein droit, ils ne peuvent refuser. Quelque part, elle joue sur leur terrain, des règles et des codes, mais aussi sur une idée plus ancienne d’équilibre et de rétribution qu’ils ne peuvent pas se permettre d’ignorer. Elle accepte l’idée du mariage, parce qu’elle pense pouvoir tomber sur Baldr ( dieu de lumière, d’espoir – le printemps…la glace qui fond ) mais elle tombe à la place sur Njord ( l’océan…l’eau qui y retourne toujours, histoire de gravité. ) Je pense qu’elle accepte parce qu’elle se dit, au final, que ce n’est pas une mauvaise alliance. De plus elle est maintenant à la tête de son clan, des terres de son père, elle en est responsable et la paix qui ensuit est en leur faveur, d’une manière. Ensuite, Loki la fait rire. J’ai lu que cette histoire était liée au fait que les morts ne peuvent pas rire, et Skadhi a clairement un côté déesse-mort ; en fait, elle est souvent à la limite. Donc le fait qu’elle rit, d’une manière, la ramène du côté des vivants. Et j’ai également vu dans un vieux bouquin ( post plus long à venir sur le Sanctuaire ) que la façon dont il la fait rire renvoie à une vieille coutume, selon laquelle une femme pouvait attacher un mari adultère par les parties génitales et le promener ainsi sur la place publique. Dans ce cas là, la blague prend une autre signification ; il y a une idée de …mariage avec une chèvre ? L’auteur dit qu’il est en fait en train de se moquer de son mariage, qu’en gros elle s’est fait avoir, que c’est une union ridicule…et elle rit. Je trouve cette scène vraiment fascinante, d’autant plus qu’ils sont tous les deux dans une situation qui ne convient pas à leurs rôles traditionnels de genre – la fille demandant vengeance pour son père, rôle qui traditionnellement échouerait à un fils, et Loki en situation de quasi -émasculation…Le mariage de Skadhi rétablirait l’équilibre, la ‘dompterait’ en quelque sorte, mais la blague de Loki lui rappellerait que lui n’est pas dupe, en tout cas. Et Skadhi rit, je pense, parce qu’elle sait qu’elle est très bien capable de reprendre son indépendance quand elle veut, ce qu’elle fait plus tard d’ailleurs, et au final c’est elle qui en gagne en influence – et pour l’absurdité de la situation. Et j’aime aussi bien l’idée que, sous couvert de se rendre ridicule, Loki se moque en fait de tout le monde dans l’assistance.
J’adore échafauder des théories ^^ c’est peut être un peu trop poussé, c’est peut être simplement que Skadhi est une sadique – mais à mon sens, ça fait sens. Et l’humour a souvent du mal à se traduire de culture à culture…on perd toujours des finesses dans la traduction.

Bon, là je suis partie en live loin de mon point d’origine. Hmm…ah oui. Pour moi, la richesse des mythes est qu’ils contiennent tellement de niveaux d’interprétation et qu’on en a jamais fini de créer des théories. Ils relient les grands mouvements de la nature aux archétypes de la nature humaine. Et je pense que les Dieux représentent à la fois des forces de la nature, et des archétypes humains, preuve de la symbiose entre l’humain et le  reste de l’univers quoi. Pour en revenir à ma petite poire, je me suis énormément identifiée à Skadhi – je ne suis pas de celle qui pensent que les dieux sont nos égaux, ça va pas la tête, mais son histoire m’inspirait énormément et je la vivais de manière quasi-fusionnelle, elle s’était infitrée dans tous mes systèmes, avec son énergie…peut être un peu trop.

Et puis, Loki. Du point de vue de Skadhi clairement c’est un ‘méchant.’ Enfin, il y a pas mal de passion là dedans, c’est compliqué, des histoires de coucheries, de meurtres et de vengeance, la mythologie nordique quoi.Mais la scène que j’ai discuté au-dessus, montre bien qu’il y a quelque chose de plus. Il n’y a pas de caractères uni-dimensionnels dans le monde nordique, c’est ce que j’aime. Pas vraiment de méchants ou de gentils au final.
Juste des forces opposées. Donc, quand je voyais des signes s’accumuler je me suis dit, bon c’est ridicule, pourquoi moi, ma patronne est une de ses ennemis féroces, et puis je suis pas drôle, et je suis une nunuche. ( Mais c’est peut  être ça qu’Il trouve drôle, justement.)
J’ai pas envie de me retrouver coincée entre deux divinités qui ne s’entendent pas. Mais, ça c’est l’histoire de ma vie, n’est ce pas. Me retrouver coincée entre deux forces opposées, que je n’arrive pas à réconcilier ; parents, croyances, groupes d’amis, cultures et héritages, parties de moi même, rêves et aspirations. Je suis la nouille qui n’appartient jamais vraiment à un groupe, parce qu’une partie de mon coeur est toujours ailleurs. Il y a quelques mois, donc, je m’étais dit que je n’allais pas commencer avec Loki, pas question, mais j’ai eu une série de petits déclics. Par exemple, après avoir lu qu’Il était le dieu de ceux qui ne se trouvent pas d’appartenance. Et que je me suis rendue compte au final, que je me sentais chez moi ‘aux frontières’ – en mouvement. Et que quelque part, je n’étais pas la seule chercheuse. Que je n’avais peut être pas besoin de me trouver une tribu bien particulière, de me fixer, pour l’instant. Je suis chez moi nulle part, donc en fait, partout, où que mon coeur aille, c’est puissant comme réalisation. Je suis bien là où je suis, où que ce soit.

Aussi je me suis rendue compte que j’étais une purée de menteuse. Il faut le dire clairement, je ne suis pas prête d’être une fille de Skadhi, il est temps que je décroche – ma relation avec elle sera toujours très importante, et je lui dois beaucoup, mais un cycle de travail avec elle prend fin. Je la retrouverai plus tard, j’imagine, quand je serais un peu plus capable de suivre ses principes.
Je mens surtout par omission, parce que je me méfie du pouvoir des mots. Ou alors, j’aime bien raconter des belles histoires. J’ai souvent une bonne raison de mentir. Je crée des problèmes pour le plaisir de les résoudre. C’est pathologique. Surtout, je me mens à moi même. C’est assez énorme – à chaque fois que je me retrouve dans une situation qui me heurte, je n’essaie jamais de prouver que j’ai raison, ou alors de manière pas très convaicante.
Je me dis toujours que je dois m’adapter aux autres, que je dois apprendre, changer, me conformer. La norme, l’autre, a toujours été d’une manière où d’une autre mon point de référence et de légitimité. Et je me disais que si je devenais quelqu’un d’autre tous mes rêves deviendraient réalité. Mais ça marche jamais, parce que je me retrouve à réprimer tous mes enthousiasmes et mes élans, et dans une situation où on pourrait dire que le paillasson est devenu mon animal totem.
En ne mettant jamais de force pour défendre mes opinions, mes plans et mes passions, toutes imparfaites qu’elles soient, je me suis atrophiée petit à petit. J’essayais de changer pour devenir parfaite, mais une partie de moi n’était pas d’accord. Parce que le fait d’avoir été moi – le vilain petit canard, l’intello, l’introvertie, la naïve, celle qui se fait emmerder dans la cour de récré, la solitaire, la bizarre, la gourmande, la discrète, la silencieuse, celle avec trop d’imagination – m’a appris des choses essentielles que je ne suis pas près de lâcher. J’ai appris à voir au delà des apparences, des solutions toutes faites, des clichés. J’ai appris l’importance de la gentillesse, et la violence qui peut se cacher dans l’ignorance. J’ai appris à apprécier ma propre compagnie, énormément. J’ai appris que les gens brisés et boiteux et bizarres sont souvent plus beaux et plus intéressants que ceux qui sont tous lisses. Je passais toujours inaperçu, mais j’observais à fond, et la nature était mon interlocutrice, et mes histoires, et au final avec toute cette mesquinerie j’ai juste appris à être plus fascinée par l’espèce humaine, quel sujet d’étude fascinant. J’ai appris que, j’avais beau ne pas être une princesse de contes de fées, le bonheur ne m’était pas interdit. J’ai appris qu’il y a peu de choses qui sont aussi géniales que de retourner les stéréotypes sans dessus dessous.
J’ai aussi appris que la nature, sa lenteur et sa viscéralité, sa beauté, et certaines manières de voir, apprises dans les chemins de traverse, m’étaient extrèmement précieuses et que je n’étais pas prête à les sacrifier aux sirènes du monde moderne juste pour pouvoir être normale. J’ai appris, plus que tout, que souvent les limites que l’on met à ses rêves, les carcans, ne sont pas nécessaires. On les a appris, on peut les abandonner. Tout ça je ne suis pas prête à l’abandonner et il serait temps que j’arrête de croire aux contes de fées modernes tous de sucre et de paillettes. Les mythes anciens, si ancrés dans la boue et la poussière, sont tout ce dont j’ai besoin.

Je suis en effet, différente, parce que je vois le monde autrement. J’en ai encore eu la preuve aujourd’hui au travail, quand on m’a dit, drôlement, que ce que j’avais écrit était trop honnête, qu’il fallait raconter n’importe quoi pour vendre notre produit. C’est assez drôle…j’en ai juste marre de mentir, c’est tout, d’être si divisée à l’intérieur. Je veux aimer tout ce que j’ai à l’intérieur. Je tourne en rond, il est temps que ça change.

Quand on est différent, on a deux solutions, si on ne veut pas s’aplatir comme une crèpe. Soit, on s’isole du monde, on se crée sa petite bulle, son jardin à cultiver en paix. Il n’y a rien de mal à ça. Mais je ne suis pas faite comme ça. L’autre solution, c’est de provoquer du changement. Et pour ça, il faut avoir des putains de couilles, et une putain de carapace, et il faut forger ses armes, et il faut aller au feu, et il faut travailler sans relâche. Pour protéger ce qui en soi est unique, et vulnérable, et précieux, parce qu’en ce monde c’est un drôle de luxe d’avoir un coeur tendre. Parce que ça en vaut la peine. C’est la seule chose, en fait, que je veux garder quoi qu’il en soit, tirer du brasier qui s’annonce.
Je me suis réveillée en plein milieu de la nuit l’autre jour et je me suis rendue compte – et c’était bien Loki, là je pense – qu’est ce que tu veux, poulette ? de la sécurité, des certitudes ? ( de la part du dieu du chaos, en plus ? une promesse qu’il sera gentil et bien sage ? lol ) Ici, la seule chose dont tu as besoin, c’est des possiblités. Faire un pari. Pas de certitudes. En fait, il va falloir accepter le fait que probablement, tout va se casser la figure, que tu ne recevras aucune gratitude, aucune reconnaissance, peut être même que tu seras persécutée, que tu vas souffrir, et que tu ne verras jamais le fruit de tes efforts – parce que c’est ça, le prix du vrai changement. Et que en dépit de tout cela, ça en vaut la peine. Pour quelques moments sublimes où on sent littéralement l’univers tourner sur lui-même…de faire partie de quelque chose d’immense, de vivre le changement, et à travers cela d’être soi-même passionnément – et de savoir que c’est comme ça qu’on fait naître les miracles, les suprises. Pas de certitudes, pas de confiance en l’univers, pas de croyance en un être suprême qui veille sur toi et la promesse que tout ira bien – tu peux abandonner tout cela à la porte. La Déesse Sombre qui t’as réclamée, elle est l’Abysse personnifiée, poulette. Il n’y a pas de fin heureuse prévue, pas de solution facile, pas de récompense, pas de rédemption, pas de filet de sécurité – mais la Nature qui pulse à travers tes veines, sans filtre. Tu le sais bien, quand tu souris à la Vie, ce n’est pas parce que tu lui fais confiance, mais parce que tu as choisi de lui faire face. Toute pourrie qu’elle soit. Ce ne seront pas les règles étriquées qui te feront grandir,mais l’envie de jouer un tour à tous les gardiens de l’ordre étriqué, ceux qui t’ont sous estimée, qui ont voulu te garder petite, et surtout à tes propres limites. Et si l’envie te prend à nouveau de te noyer dans ton trou noir solitaire,
souviens toi, tu n’es pas toute seule.

Publicités

3 Réponses

  1. « Tu le sais bien, quand tu souris à la Vie, ce n’est pas parce que tu lui fais confiance, mais parce que tu as choisi de lui faire face. Toute pourrie qu’elle soit. Ce ne seront pas les règles étriquées qui te feront grandir,mais l’envie de jouer un tour à tous les gardiens de l’ordre étriqué, ceux qui t’ont sous estimée, qui ont voulu te garder petite, et surtout à tes propres limites. Et si l’envie te prend à nouveau de te noyer dans ton trou noir solitaire, souviens toi, tu n’es pas toute seule. »

    Conclusion parfaite….

    15 mai 2012 à 9:43

  2. Théandora

    « Je me suis réveillée en plein milieu de la nuit l’autre jour et je me suis rendue compte – et c’était bien Loki, là je pense »

    ~ Ça lui ressemble beaucoup, c’est fort probable que ce soit Lui en effet !

    « De faire partie de quelque chose d’immense, de vivre le changement, et à travers cela d’être soi-même passionnément – et de savoir que c’est comme ça qu’on fait naître les miracles, les surprises. »

    ~ C’est exactement ce que j’essaie de faire chaque jour. D’être « entière ». Et c’est vrai que dans certains cas c’est problématique, cela ne correspond pas toujours à l’environnement qui nous entoure.

    Surtout, pas de regrets.

    Jamais.

    17 mai 2012 à 12:09

  3. Cet article , je m’y reconnais beaucoup.Et sois sûre que d’autres aussi sont dans le même combat au quotidien.Tous les jours, une nouvelle bataille s’annonce , mais que serions nous sans cette rage de vivre?Courage!!

    19 mai 2012 à 12:08

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s