Une cabane lovée dans le feuillage… Ma tanière de sorcière au fond des bois. Mon boudoir… poudres,éclats de rire et élixirs. Esprits en ébullition, chasseurs de rêves, et visiteurs en tout genre, tissez vous dans ma toile …

Silence et actes

Je n’écris plus beaucoup ici ces derniers temps…Besoin d’un temps de silence, de recentrage. Ah le silence, ça fait du bien parfois. Revenir à l’essentiel. Ma vie quotidienne en ce moment -stressante, je passe à l’action, je rentre dans le monde adulte, de plus en plus définitivement, un goulot d’étranglement métaphorique, ici et maintenant ça passe ou ça casse, taux d’énergie critique. Des possibles, une envie de plus en plus forte de laisser derrière moi les hésitations, les excuses, les pertes de temps. Et forcément cela a un impact sur ma spiritualité. Je me rends compte…

Tout d’abord, que ma spiritualité a toujours été très…fantasmagorique. J’ai vécu beaucoup plus en rêve qu’en chair et en os, pas parce que ma vie est morne, mais parce que mon imagination est vorace. Dévorante, même – elle exige beaucoup de moi. J’ai du mal à me dire écrivain, parce que ma plume est encore maladroite, un outil mal dégrossi et perdu entre-trois-langues, mais mes mondes imaginaires ne s’éteindront pour rien au monde, et il faudra bien que je leur donne naissance un jour ou l’autre, avant que le bébé ne devienne trop lourd à porter ! Ils sont une partie vitale de moi, ma chair et mes tripes, se nourrissent de moi comme je me nourris d’histoires. C’est vrai, j’y suis accro. Livres, séries, films, récits de vie, tout y passe, je me perds ailleurs, et je me nourris d’information comme une AI qui devrait apprendre à être humaine. Je me veux un creuset alchimique, transformant la poussière du monde en or métaphorique. Oui, mais justement je n’y suis pas encore, j’ai peur de perdre ces capacités si je ‘deviens réelle’, si je m’enfonce trop profondément dans les méandres du monde…mais sans matière à filer, je deviens stérile, transparente, je disparais dans mon jeu de miroirs internes. Si j’écris sur ce blog, c’est sans doute pour me forcer à mettre des mots sur mes cheminements, et plus, à faire face au monde, à les rendre réels en quelque sorte…je deviens grandiloquante mais c’est vraiment super important pour moi, au final.

Ma spiritualité dans tout ça ? C’est le Monde qui répond. ça fait peur. Une partie de moi aimerait bien que les Dieux restent des amis imaginaires, des archétypes, des motifs de tisserande répétables et invocables à souhait. Mais non, il y a plus. Ce sont Leurs histoires qui me séduisent, et ensuite, c’est moi qu’elles se mettent à changer…et je suis une petite figurine de glaise entre Leurs doigts. C’est assez terrifiant de se retrouver à l’autre bout du processus. Mais le pire – ou le mieux, comme on veut, c’est qu’il n’y a pas d’ordres, pas d’illumination divine. Plutôt une tentation, une intuition infime et tremblotante, mais incessante, cette petite voix qui murmure – Viens plus près…Il n’y a pas d’ange sur mon épaule, je suis seule dans le noir, avec mes doutes et mes démons, et cette rage-passion incompréhensible. Mais bon si je savais tout à l’avance, ça serait pas drôle, n’est ce pas ? Alors j’embrasse les formes étranges qui naissent de l’absurde, je laisse derrière moi mes anciennes peaux brûlées et craquelées, je m’offre au jour qui vient. Et je sais très bien ce qui se passe : le gain est  proportionnel au risque. Si je ne me lance pas, je ne saurais pas le fin mot de l’histoire, et plus que tout, je veux savoir.

Ma spiritualité se forge dans l’incertitude, dans la fragilité – c’est ce qui la rend forte petit à petit d’avoir fait face à ces tempêtes. J’ai abandonné de nombreuses fois, j’ai repris la route. Je ne sais plus trop où j’en suis, je ne sais jamais où je suis, et mes jolies théories se retrouvent à lutter dans la bouillasse, la routine crasse. Et elles en ressortent plus pures…comme on tisse le sens le plus fin à partir de l’absurdité. Mes Dieux m’ont abonnée aux paradoxes. La Dame Sombre, maîtresse des hasards, qui me fit comprendre par sa présence, à quel point j’étais seule, et libre – et à quel point ce libre-arbitre, si j’arrive un jour Quelque Part, rendra cette victoire douce. Parce que rien n’est écrit d’avance – ces dangers et ces monstres sur la route ne sont pas que des occasions d’apprendre blablabla. Ils veulent te manger, pour de vrai, et ce n’est pas une blague. La Voix des Dieux n’en devient que plus séduisante, parce que l’on sait que l’on peut dire non, que l’on peut revenir à nos conforts et nos certitudes. Après, on se demandera comment il aurait pu en être autrement, mais l’histoire ne s’écrit pas toute seule. Elle exige notre sang, notre sueur, nos rires, notre courage, notre coeur, notre âme. Notre choix pleinement conscient et pourtant jamais certain, un pari à prendre en dépit des probabilités et du mauvais temps. Et ce Monde alors, si magnifique justement parce qu’il est le fruit du hasard le plus parfait, n’est il pas un pari pris par les Dieux ?

Je me suis beaucoup plaint d’être paumée, de ne pas savoir. Eh bien, je n’ai plus le droit. « Ta gueule, va travailler, arrête de nous faire chier, était la réponse divine. Tu as tous les signes, tu n’écoutes pas parce que la réponse ne te plait pas. C’est une histoire racontée par un idiot, pleine de bruit et de fureur, et qui ne signifie rien ( puisque tu demandes si sûre d’obtenir une réponse ). »

Et me voilà contemplative, le silence, la poussière. Par exemple, j’avais décidé de travailler avec Loki. C’était un peu l’histoire de Bilbo le hobbit partant affronter un dragon. ‘Mais attendez, c’est ridicule, c’est un affreux malentendu…attendez, ne partez pas sans moi! » Je ne fais pas dans l’aventure, je suis une petite-intello-conformiste-ennuyeuse, non ? c’est très con ce que tu racontes tu sais. Ah, ah, tiens l’histoire est en train de changer sous tes doigts…quoi, tu n’aimes pas perdre le contrôle. Too bad. Ensuite, Sigyn, sa femme, a posé ses doigts gracieux, sur moi, une fille de Skadi, la Déesse qui a placé le serpent venimeux au dessus de son amour ; la vengeance divine, la haine implaçable. Qui court comme un poison dans ma famille : rancune qui dure des décennies, principes si durs qui prévalent sur toute relation, le sort réservé à ceux qui mettent des mots sur des vérités désagréables, vérités qui deviennent des dogmes, les vieilles histoires qui se répètent, cette envie tenace de revanche, la haine de soi, de la faim à l’intérieur frustrée…Leurs histoires sont des avertissements, aussi. Sigyn, Elle, reste debout…Elle endigue le flot du poison, sans espoir de répit, sans espoir de victoire. Son nom signifie ‘femme-victoire’ pourtant. La douceur, la constance. Simplicité. Présence, loyauté. Elle tient le bol qui contient le poison…pendant longtemps. On la dit femme faible et manipulée, si différente de Skadi la fière, l’indépendante. Pourtant, Elle a choisi d’être là. Son amour est sans conditions. Ses actes se passent de mots. Elle sera la dernière à pouvoir guérir les Dieux de leurs formidables folies… et sa présence impose le silence. Elle se donne avec grâce, entière, et son endurance viendrait à bout de la plus haute montagne.  Avec le temps. Et l’attention nécessaire.

Au royaume de Hel, lors d’une descente, on m’intime de parler avec le language du silence. Les actes, peut être. Ou peut-être, des mots qui vont droit au coeur, sans détour. La même chose. Des mots qui sont engagement, des choix posés sans retour. Se saisir de sa plume, faire naître ce sens vital tant qu’on le peut encore, avant que la Dévoreuse, l’Histoire qui nous rattrape tous, ne se charge de nous…

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Une Réponse

  1. Macbeth !!!! ❤ ❤ ❤

    Mais ❤ pour le reste aussi hein 😉 Un témoignage sincère et intime.

    Touchée évidemment par le titre, et le paragraphe final, "le langage du silence", le silence comme un acte… c'est une voie à part entière, que j'ai beaucoup explorée, et que j'explore encore avec délectation. Je te souhaite bien du grain à moudre 😉

    9 janvier 2013 à 12:43

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