Une cabane lovée dans le feuillage… Ma tanière de sorcière au fond des bois. Mon boudoir… poudres,éclats de rire et élixirs. Esprits en ébullition, chasseurs de rêves, et visiteurs en tout genre, tissez vous dans ma toile …

Sigyn – Silence (jour 27)

Enfin les vacances, je trouve un moment pour m’asseoire et écrire quelque chose pour le projet Sigyn. Il faut avouer aussi que je trouve ça difficile d’écrire sur Sigyn. Si il y a une chose qu’Elle m’apprend, c’est bien l’importance du silence.

Je suis douée pour les tirades dithyrambiques et les beaux mots mais lorsqu’il s’agit de dire les choses exactement telles qu’elles sont en peu de mots, les choses qui me touchent, c’est plus difficile. Le fait de bien manier les mots donne une liberté et un pouvoir qui peut être exhaltant, celui de s’approprier sa réalité et d’envisager des possibilités étincelantes. Mais à un moment, lorsqu’on passe à l’action, lorsque l’on veut avancer et grandir, il faut savoir se détacher des analyses, des symboles, des théories, des prévisions, et de la sécurité que donne le fait d’étiqueter, de déterminer nos expériences avec des mots, comme des petits papillons fixés et emballés sous verre et exhibés fièrement aux yeux de tous – une pâle copie ironique.

Sigyn est cette beauté fragile de l’éphémère et de l’insaisissable, un papillon en liberté – son énergie est évasive, difficile à qualifier, et pourtant un réconfort incroyablement solide en temps troublés. Elle existe en dehors de la page, du mythe très sombre dans lequel Elle apparaît – Elle est légèreté, joie du quotidien, comfort et chaleur. Lorsqu’Elle m’apparaît, c’est le plus souvent avec le visage de la jeune mariée heureuse, mais son autre visage n’est jamais loin, sous la surface.

Elle est restée un temps interminable dans la cave à protéger son amour du venin de serpent, après le meurtre de son fils. On ne peut pas en dire grand chose sans tomber dans le pathos, et ça serait mal venu. Elle n’a pas plié, ne s’est pas enfuie, en dépit de l’opprobre et de la douleur. Elle est restée, témoin silencieux de la souffrance de ses êtres aimés, gardienne impuissante, figure tragique. Mais lorsque je ressens son énergie, Elle n’a rien de tragique ou d’une victime. Elle est droite, digne. Elle a agi par amour inconditionnel, par devoir clairement ressenti et assumé. Elle est en accord parfait avec Elle-même, suivant son coeur. Cela n’a rien de gnangnan ; Elle n’a pas de force à perdre dans des regrets, des arrières pensées. Elle se concentre sur sa tâche, jour après jour. Sans attente, sans espoir, sans finalité autre que d’être là pour son amour. La grâce dans le désespoir. Cette force là ne se chante pas dans les épopées, il n’y a pas de vainqueur, pas de gloire, pas de hauts faits d’armes – mais les détails sordides, les chairs rongées, la faim, la puanteur. Cela ne se sublime pas. Ne se monte pas en modèle – on ne peut souhaiter à personne d’en arriver là. Et cela importe peu.

Sigyn, Déesse des Petits Riens, accomplit sa tâche. Son nom veut dire ‘Amie de la Victoire/Victorieuse’ ? Ironie terrible ou mise en lumière de l’issue de sa force intérieure ? Cela reste un mystère pour moi. Sigyn ne m’apporte pas de révélations grandioses sur la nature des Dieux, de la vie, mais des clés pour la vie de tous les jours, pour apaiser l’angoisse, pour aller lentement mais sûrement vers une paix intérieure tout en restant lucide face aux difficultés. Sa douceur est désarmante, et sans pitié. Les masques et les barrières ne tiennent pas longtemps devant Elle. Elle m’inspire l’humilité qui me permet d’accepter le silence dans mon coeur, la partie de moi à forme sans cesse changeante, inadaptée, violemment indéterminée et incertaine, aux prises avec un monde trop grand, terrifiée et émerveillée, pudique, sauvage, ce vide intérieur vorace qui dissout les mots. Parfois, il n’y a rien à dire, et le silence laisse la place aux gestes. Son surnom est ‘Incantation-fetter’ – celle restraint les incantations. Elle protège, et noue les langues de vipère… sa simplicité est antidote aux paroles pernicieuses, au doute qui ronge, aux culpabilités complaisantes. Sa présence laisse la place à l’essentiel seulement.

Au final ? Elle est une surprise – une force incroyable sous un extérieur discret, vite passé à côté. Ce mélange de lucidité et d’innocence, de joie et de détermination, de courage et de légèreté. Les mots ne lui font pas justice. Ici, c’est un témoignage de gratitude et d’amour, une porte ouverte, une reconnaissance de l’importance qu’Elle a pris dans ma vie en dépit de mes attentes et idées préconçues. Le reste est du travail concret.

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