Une cabane lovée dans le feuillage… Ma tanière de sorcière au fond des bois. Mon boudoir… poudres,éclats de rire et élixirs. Esprits en ébullition, chasseurs de rêves, et visiteurs en tout genre, tissez vous dans ma toile …

Pourquoi ?

Lorsque j’ai décidé de parler de ma spiritualité à mes proches, je me suis mise à réfléchir avant toute chose à comment en parler en termes rationnels et clairs – compréhensibles pour ceux qui n’ont pas la fibre mystique. C’est peut être un compromis, une vulgarisation, mais au final pour moi c’est une démarche plus intéressante que ce que j’ai beaucoup fait jusqu’à alors ‘Ces mécréants ne comprendront jamais rien à la vie de toute façon » (lol). Surtout, dans ce processus, j’ai tenté de rendre intelligible à moi-même ce que je faisais – à la partie de mon cerveau qui a besoin de théories cohérentes pour avancer, pétrie de doutes et de scepticisme. Mais là on risque aussi de s’engouffrer dans la spirale des justifications et du besoin d’acceptance et de reconnaissance. Mais bon merde hein je me suis dit, le jour où j’aurai une explication qui me conviendra à moi-même je serai déjà super contente et merde au reste.

Une des questions qui revenait souvent c’était ‘pourquoi tu es une sorcière/païenne ? Pourquoi tu t’intéresses à ce genre de sujet ? Pourquoi tu fais ce que tu fais ?’ C’est vrai que j’ai jamais eu d’expériences paranormales ou hors du commun, ou un gros bouleversement qui m’a poussé à en venir là, ou alors des talents naturels pour telle ou telle activité occulte, comme on l’entend souvent. J’ai du me fabriquer mes propres réponses, et j’ai développé au fil du temps des réponses qui me plaisaient beaucoup, intellectuellement justes et honnêtes : cette spiritualité me permet d’exprimer mon amour de la nature et ma quête de sens de manière autonome et créative, ainsi que ma passion pour l’histoire et mon besoin de continuité à travers le prisme du culte des ancêtres ; la figure socio-politique de la sorcière est une construction fascinante, un mélange de subversion, de tradition, de dévotion et d’irrévérence, un symbole des marges avec lesquelles je me sens une affinité ; j’ai trouvé une communauté (dans son ensemble) diverse et colorée satisfaisant mon désir d’appartenance et rencontré des gens géniaux, dans laquelle je me sens généralement en confiance et en sécurité, une zone de tolérance et d’expression libre ; cela correspond à mes valeurs – respect de la nature et de l’humain, solidarité et interdépendance, construction d’un monde meilleur ; c’est de la spiritualité qui s’approche de l’art et nourrit mon sens esthétique et poétique, etc…blablabla. Donc voilà mon cerveau il est content, c’est bien, mais bon tout ça c’est plutôt le glaçage que le gâteau. En dedans, c’est bien plus moelleux, gluant, fondant et salissant. En fait la raison pour laquelle je suis sorcière, essentiellement :

– Déjà ben c’est le pied franchement, et ça c’est la part qui ne s’explique pas, qui relève des mystères, mais vous savez sans doute de quoi je parle. La sensation de connexion, d’harmonie parfaite durant certains rituels où tout semble être à sa place dans le monde, qui s’évaporent ensuite, les petites illuminations, les blagues privées à partager avec « l’Univers », les déchirements salvateurs, et les moments d’extase douloureuse, où on a presque l’impression de sentir la Roue tourner, témoins accidentels ( ou pas ) de quelque chose qui nous dépasse si totalement que… bref, ouais. Wooohooo !

– De l’auto-préservation, bizarrement parce que : d’un côté, lorsque j’ai peur de devenir folle, cela me rappelle de garder les pieds sur terre, de sortir me balader, de méditer, que je ne suis jamais seule, que la vie est belle malgré tout, que je suis juste de la poussière au final. Et lorsque j’ai peur de m’encroûter, de me laisser encager par mes peurs et mes limitations, ça me secoue et je sais que de toute façon il y a cette partie de moi qui préférera s’exploser plutôt que d’en arriver là et étrangement ça me rassure, ma grenade de sécurité. Au final c’est une manière de trouver l’équilibre au milieu, d’envoyer chier mes démons et chimères. Une manière de continuer quoi.

– Le pouvoir, la libération : ‘pouvoir-en-dedans’ comme le dit Starhawk… le pouvoir de trouver la troisième voie : de s’émanciper de l’histoire répétitive dans laquelle on est coincé, en boucle, le pouvoir de fixer soi-même les termes de l »engagement, de se définir soi-même sans avoir besoin de justification extérieure, le pouvoir de distinguer le vrai du faux, de payer ses dettes, de se détacher des déterminismes qui nous pèsent dessus – la biologie, la génétique, les cadres sociaux, les héritages, les rôles, les prédictions, les analyses, les prévisions, toutes ces vagues parodies de destinée – de d’être prévenu des motifs qui se dessinent dans le hasard avant que ceux-ci nous écrasent, et de trouver la faille dans le système. Le pouvoir de faire naître au monde ces rêves, pour de bon, compter pour quelque chose ; donner un sens à ces épreuves peut-être, sans doute pas. En tout cas, le pouvoir d’assumer pleinement ses actes, d’agir en connaissance de soi et de cause, de l’histoire que l’on écrit avec ses actes. Le pouvoir de se transformer, la force de faire face à ses démons, de les embrasser, de les retourner, de les faire muter en quelque chose d’autre…Pour compenser les risques qu’on prend, on aimerait bien avoir juste un peu plus de chance que le voisin, mais non, ce n’est pas comme ça que ça marche. Se libérer des stratégies dans lesquelles on se perd trop souvent, aussi. Arrêter d’être un robot, devenir une vraie petite fille. De toute façon, on ne voit jamais la fin de ce qu’on entreprend, et c’est peut être perdu d’avance, mais tant pis. Le pouvoir : pas de prévoir le futur ou de plier les gens à sa volonté, mais de voir des options novatrices, de les charger de pouvoir, d’y croire soi même, de leur donner de la valeur et de la chair, de les chérir et de les protéger du mauvais temps, de s’engager sur la durée, de les construire petit à petit, et peut-être, si les Puissances l’accordent, de pencher la balance incertaine de notre côté ( ça je suis jamais sûre). En tout cas, mettre les chances de notre côté, même celles qui sont incompréhensibles, mystérieuses, inconnues, pas de notre ressort. Je sais, y’ a les lois de la nature qu’on connaît, il y a ce qu’on comprend et ce qu’on a prévu et ça peut toujours nous aider – mais aussi, on peut peut être aller au delà. A voir. A côté de notre jardin bien entretenu il faut toujours un carré de mauvaises herbes, et toujours une place pour un peu de chaos dans nos plans bien faits. Les failles, les solutions, les bonnes questions viennent souvent de là. Les clés pour débloquer le pouvoir. Une à la fois, petit à petit, sans surenchère, sans brasier mortel, sans explosion éphémère, lentement mais sûrement, pour que cela s’ancre sans retour.

C’est peut être pas les réponses de la sorcière bien équilibrée, ce n’est pas très explicable, mais ce sont bien les miennes, autant faire avec. J’aimerais bien, quelque part, me cantonner à écrire des articles sur mes nouveaux tarots et mes macérations de plantes mais au final ça n’arrive jamais, je me retrouve toujours à écrire avec mon sang sur le papier. Je me retrouve souvent en errance, des notes incohérentes plein les bras, dans mes rythmes intérieurs, il faut un temps pour la prise de tête/de tripes j’imagine. Ce sont les plans et les ébauches pour des fondations saines. Cela fait presque une décade que j’ai choisi ce chemin comme une évidence certes, mais aussi un rêve à conquérir, et pour l’instant, je ne suis pas arrivée à en être satisfaite, peut être parce que je ne voyais pas ma propre tête dans le miroir mais une image toute faite et figée. J’ai fait des tas et des tas de listes de ‘à faire’ dans tous les domaines de ma vie et ça s’empile sans que rien ne change, parce que j’essaie de mettre des chaussures qui ne sont pas à ma taille, d’enfiler un rêve fait pour quelqu’un d’autre. C’était certes une lumière au bout du tunnel à une époque où je ne comprenais rien à rien, où je devais me camoufler pour survivre, où je n’avais pas les outils en main. C’est très général ça, mais en gros en magie c’était l’un des premiers domaines où je pouvais essayer des outils, au moins. J’ai une vision très totale de la magie, il faut dire, ce n’est pas qu’un changement au niveau de l’énergie, mais aussi de la perception, de la vision du monde. Cela rend la notion de représentation essentielle. Les histoires que l’on se raconte aussi.

La raison pour laquelle je me re-pose cette question en ce moment c’est parce que je suis totalement déprimée et que j’ai totalement perdu de vue le pourquoi, et toute espèce de motivation – mais je sais aussi que laisser tomber, ça ne fera qu’empirer les choses. L’avantage de la dépression, c’est une sorte de lucidité terrible. Et j’ai plus la patience ou l’énergie de faire des trucs pour prétendre, ou plaire à d’autres, ou me donner des airs, ou même par pure curiosité intellectuelle, simplement pour voir. Aussi j’en ai marre d’ignorer mes intuitions et mes ressentis histoire de mieux m’intégrer ou ‘d’élargir ma vision du monde’ ou cette étrange disposition de l’esprit qui consiste à penser que si l’autre dit un truc un tant soi peu intelligent ou cohérent, il a raison et j’ai tort. On s’en fout de savoir qui a raison de toute façon. Concrètement, ça donne quoi ? Ben par exemple, la divination, ça ne m’intéresse pas au sens strict de prévoir le futur, je trouve ça totalement anxiogène et presque malsain ( comme tout ce que je dis, c’est un ressenti personnel, chacun sa route. de toute façon les gens qui disent pouvoir prévoir le futur ça me fait rire gentiment, c’est tellement incertain…) j’aime tirer les cartes pour apercevoir différents aspects du présent, dialoguer avec son inconscient et peut être avec les puissances, mais cela ne veut pas dire que c’est une parole divine qui doit faire figure de loi, ou faire office de ‘présage’ nous flottant au-dessus de la tête comme une épée de Damoclès. C’est vrai parfois ça dit des choses difficiles à entendre, mais des grosses conneries aussi, et vouloir s’y raccrocher à tout prix, pour moi, cela tient presque de la superstition, et je n’aime pas trop la position que cela donne par rapport à l’autre. En tout cas, ça doit rester des pistes, et à petite dose. Je préfère travailler à affiner mon intuition. Donc je vais arrêter de tirer les cartes pour les autres pour faire plaisir, arrêter de laisser mes cartes trainer par terre n’importe quand et de les tirer quand je suis fatiguée ou pas au top. Parce que la seule chose que j’ai accompli en général c’est créer matière à psychoter, et ça c’est pas bon.

Autre exemple : là c’est clair je sais que je n’aime pas faire du spiritisme. J’ai essayé plusieurs fois parce que je voulais voir par moi même, je trouve la panique type hollywood assez ridicule, j’y croyais pas vraiment, et puis pour aider des amis. Mais c’est clair, je n’aime pas la manière dont je me sens après : vidée, en décalage, mal dans ma peau, comme si je n’avais pas les yeux en face des trous. Je ne suis pas assez expérimentée pour ce genre de truc, et de toute façon cela ne m’intéresse pas. Je ne regrette pas de l’avoir fait, mais ma dernière expérience, où on a interagi avec un esprit voulant notre aide pour passer de l’autre côté, m’a ouvert les yeux : ok peut être que c’est notre propre énergie qui fait bouger le verre et les esprits ça n’existe pas mais dans l’éventualité que c’est en effet ce qu’on est en train de faire, ce n’est pas quelque chose qui se fait pour voir et à l’arrache ou pour des raisons futiles : c’est un manque de respect, c’est dangereux, on se retrouve à promettre des choses sans vraiment le vouloir et on se signale comme porte ouverte pour ce genre d’interactions, or ce n’est pas dans mes intentions. Mon énergie de vie en ce moment est trop basse pour que je puisse me le permettre. C’est assez paradoxal parce que c’est la première fois que je me suis débloquée dans ma tête au niveau des doutes – ( toujours avec l’aide de Sigyn : l’empathie est un canal redoutable…) et je me suis rendue compte que si je m’impliquais, il fallait aussi que je me prenne plus au sérieux. Mon lien avec mes Dieux me fait souvent sentir que je suis protégée mais ce n’est pas une excuse pour faire n’importe quoi. Et puis je commence à bien savoir faire le tri entre ce qui tient de la parano et des doutes légitimes. C’est bien d’être ouvert d’esprit mais à un certain dosage ça devient pathologique.

Au final il faut que je me rappelle que mon but ce n’est pas une cabane au fond des bois avec un joli chaudron, de sauver le monde, devenir une sainte-méga-prêtresse parangon de sagesse, d’avoir tout compris, de plaire à tout le monde, d’accumuler les herbes, les encens et les pierres, de préparer le Retour des Dieux, d’être à 100% éco-responsable et irréprochable, de rallier la communauté, d’être la nouvelle Starhawk (lol). Si je dis que je veux m’éclater, me remettre debout et éviter de devenir folle, écrire mes propres histoires, prendre le pouvoir et aider les autres à en faire de même, ça fait peut être pas super net mais au moins ça sera plus honnête. Hier, j’ai fait un tirage sur la lignée familiale et au niveau de mon apport personnel à l’histoire de la lignée, c’était : le Roi du Vide (nihilisme cosmique) + le Chariot (aller de l’avant, réconcilier esprit et matière). Hmmm… je me dis que si la pourritude ambiante de ma vie en ce moment m’aura appris quelque chose, je serai contente. 

 
King-of-VOID
7-The-Chariot
(Cartes du jeu Tarot de l’Aube Numérique, Egypt Urnash, Review à venir !)
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5 Réponses

  1. carabosse

    J’aime beaucoup le glaçage, et le dedans du gâteau ne m’a pas déçue, ce post là je me le garde dans un coin.

    16 mai 2013 à 8:37

  2. Niniane

    Merci, Belle Skadi, pour ce post qui me parle vraiment… une belle méditation sur tes pensées en perspective… Puissent les Puissances t’accompagner toujours sur ton chemin )O(

    16 mai 2013 à 9:04

  3. Pourquoi ? une question que l’on se pose souvent, au début… Et ta réponse me correspond parfaitement, tu as su mettre en mots beaucoup de choses que je ressens mais n’aurais pas su mieux exprimer…
    Mais pourquoi, finalement, vouloir à tout prix expliquer quelque chose qui nous satisfait, l’important n’est il pas justement ce plaisir, cette libération et ton expression propre ?
    Puisse tu trouver cette « troisième » voie… 🙂

    16 mai 2013 à 7:41

  4. Bonjour,
    Je suis tombée sur ton blog il y a peu, mais je l’ai lu. J’aime beaucoup te lire, tu parles vrais, tu parles vécus, tu parles avec des mots qui résonnent, c’est très agréable de découvrir ta vie spirituels aux travers de ce blog. Je pense te suivre longtemps et je te souhaite de trouver tes réponses à tes questions.
    A très bientôt !

    20 mai 2013 à 11:10

  5. Emma

    Bel article ! Peut-être y a t-il un décalage entre le monde extérieur, où la spiritualité est absente, et le monde intérieur, où l’esprit regorge d’imagination, d’énergie, de prières… ? C’est ce décalage qui crée peut-être ce sentiment d’être perdue, de douter de ses pratiques magiques qui apportent la vie alors que l’absence de vie spirituelle des proches semble froide et incompréhensible… Je vois dans ton article une confrontation entre tes questions qui devraient s’adresser à des hommes et des femmes et des réponses qui ne se trouvent que dans le domaine de la magie et des esprits parce que les gens n’expriment aucune foi.
    Bon courage 🙂 !

    3 décembre 2013 à 3:12

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