Une cabane lovée dans le feuillage… Ma tanière de sorcière au fond des bois. Mon boudoir… poudres,éclats de rire et élixirs. Esprits en ébullition, chasseurs de rêves, et visiteurs en tout genre, tissez vous dans ma toile …

Clair-obscur, polarités dansantes

Allégorie

Elle est une offrande
Elle est un jeu qui se joue
Jusqu’à la toute fin
Maintenant est le moment de l’infinité
Amertume et passion
Un pas après l’autre
Nous élevons les enjeux 
Nous tissons ensemble
Avec soin, et précision, et force
Droit au coeur
Nous chantons ses louanges
Elle est l’âme de la symphonie
Nous connaissons son vrai visage
Une seconde avant le saut – 
 
Celle-qui-lance-les-dés
Flèche droite
Chemins sans fin
Elle est le feu dans nos coeurs lorsque nos yeux se rencontrent
L’ivresse de la course
Le calme au coeur de la tempête
 
Nous sommes ses gens –
Au sang fier, au pas confiant
Nous la sentons lorsque le printemps devient humide et luxuriant
Dans la noirceur du soleil d’été écrasant
Dans la beauté cruelle du déclin
Dans le triomphe pur du froid brillant
 
Toujours nous répondons à son appel 
Chair, os et moelle,
Nous entendons ses cris silencieux
Nous nous levons et nous empruntons la route
Nous marchons toujours.
 
Elle nous habite
Horreur et courage et grâce
Oh mère du temps
Dame de l’heure la plus noire
Nous plongeons dans les profondeurs
Et sommes changés pour toujours
 
La richesse du sol fertile
La compassion de la nuit
Les chemins vers les rêves
Les vents du changement et du chaos
Les chants de la bataille
Le réveil de l’orage
La poésie des carrefours
Le courage de la lionne
La danse de l’oiseau téméraire
Le secret des voies anciennes
L’audace de réinventer le monde
Les spirales de la vie et du temps
A travers naissances et unions, morts et funérailles, 
La simple joie de grandir et vieillir en ce monde, 
Toujours toi, notre Reine !

Mûrissement…

Il y a quelques temps, à la lune noire, j’ai clos la dernière phase de mon travail avec ma partie sombre…
Je suis partie, à la nuit tombée, me mettre sous un sapin immense près de chez moi. Endroit parfait, tout entouré de broussailles pour la discrétion, dégagé sous les branches, un cocon de verdure, un petit chemin dans le lierre menant au tronc immense. J’ai toujours eu un lien avec ce sapin, petite je me réfugiais haut dans ses branches pour écrire et rêver. Le sapin me parait un bon arbre pour le travail en rapport avec la partie sombre, de plus. Le rituel consistait en plusieurs étapes, et à chaque étape j’allumais une bougie, créant ainsi un sillage dans l’obscurité. L’autel était au niveau du tronc, entouré lui aussi de bougies. La dernière partie était un sacrifice et une offrande, utilisant un peu de mon propre sang et du vin de laurier mêlé à du coulis de mûre, qui avait pris une teinte rouge épaisse impressionnante.

Il m’a fallu du temps pour surmonter une certaine tension vis à vis de l’obscurité…près de chez nous, c’est un quartier très tranquille, le bois est totalement sûr, mais même…je n’étais pas tout à fait à l’aise avec le fait de partir comme ça toute seule…En fait, je n’ai pas pu accomplir le rituel le soir même – je n’étais pas satisfaite de mon script et il me manquait la moitié des ingrédients. Le soir d’après, j’ai pris un bain pour me préparer qui m’a totalement endormie. Le soir encore d’après, problèmes d’organisation et je me suis retrouvée à faire le ménage à minuit…

Le 2 août, était ma dernière chance puisque ensuite je partais. Un peu avant, l’orage et la pluie se déchaînent et nous revenons à la maison avec 50 kg de cèpes à préparer – je désespère. Mais finalement, dès que la maisonnée est endormie, me voilà partie à travers champs avec mon gros sac à dos rempli de bougies et pots en tous genre ( pour cette occasion, je n’ai pas lésiné…) en priant pour ne pas rencontrer de harde de sangliers…

Une fois lancée je me sens si  bien, dans la nuit humide, accueillante, la nature sent bon, je me demande pourquoi j’étais effrayée. Je suis certes, alerte et sur mes gardes, mais je n’ai plus peur. Ritualiser la nuit dans la forêt, c’est très particulier, et bénéfique – cela induit une sorte de retour aux instincts. Je suis ici dans  mon élément naturel, pourquoi à chaque fois je me convaincs du contraire ? Bref, ça se passe très bien – à un moment clé une bête sort des broussailles, petite, comme un furet par exemple ( ou était ce mon chat ? lol ) mais reste dans l’ombre, je ne peux pas le voir…Et la Déesse Sombre m’honore de sa présence, tout autour, je suis plongée dedans. J’ai ré-intégré ma partie sombre à moi-même, certes, mais mon travail avec Elle ne fait que commencer.

Offrandes…

En bonus, j’ai trouvé des articles très intéressants sur la partie sombre ici :

http://morriganscave.wordpress.com/2011/08/11/la-part-dombre/

http://morriganscave.wordpress.com/2011/08/11/comprendre-la-deesse-sombre-traduction/

http://morriganscave.wordpress.com/2011/08/11/la-peur-du-sombre/

http://morriganscave.wordpress.com/2011/08/11/rehabiliter-les-tenebres-dans-le-paganisme/

( Evidemment, je me rends compte maintenant que je sors de mon cocon d’incubation que je ne suis pas la seule à m’intéresser au sujet ^^ ça va faire des recherches prometteuses tout ça !)


L’ombre et la lumière (II)

Je m’étais un peu éloignée de mon sujet avec le début de cet article. Pour continuer sur cette histoire de polarités il y a une autre dualité,  le Bien et le Mal, qui vient à l’esprit. Je vous passe la dissertation de philo, je dirai juste que je ne suis pas fan du manichéisme et que marcher sur ces voies païennes a totalement bouleversé la façon dont je voyais cette question de morale.

Le Bien c’est en général la direction que l’on veut atteindre et le Mal celle que l’on fuit. D’un côté, la perfection, et de l’autre l’abomination. Il me semble que dans les deux cas on a affaire à des fantasmes, des mirages tous pleins de fausses promesses. Car dans la nature il n’existe rien de purement bon ou de purement mauvais ( tout à fait parfait ou tout à fait abominable ) Et ces deux extrêmes perdent leur sens quand on les modère – quelque chose d’un peu parfait ou d’un peu abominable c’est pas très parlant… Or la vie a du mal à subsister aux extrêmes.

Dans la vie il y a des choses qui nous attirent ou nous repoussent. Souvent c’est une question de survie, ou alors de conventions sociales ou de préférences personnelles. Derrière le Bien ou le Mal, il y a des valeurs qui se cachent, toujours – ces deux notions n’existent pas en tant qu’absolus.

L’obscurité et la lumière, en revanche, existent bien en tant que phénomènes physiques. Or, en faire une métaphore du Bien et du Mal c’est dangereux car c’est transformer quelque chose qui est différent pour tout le monde en quelque chose de fixe et tangible.

Quelque part cela se comprend. Nous sommes des créatures diurnes. Le manque de lumière nous déprime. L’été, quand les jours sont plus longs, la vie est plus facile. Pour nos ancêtres le retour du soleil était une question de vie ou de mort. Aujourd’hui on sait que le soleil, notre source de lumière, est le centre autour duquel notre planète tourne. C’est notre étoile, qui nous permet de vivre sur Terre. Pourtant on ne peut la regarder en face : trop de lumière aveugle, éblouit, brûle et détruit. La lumière est espoir, guérison, croissance, floraison, clarté, mais aussi brûlure, absolutisme, exposition, sécheresse, aveuglement.

L’obscurité, l’absence de lumière, la nuit, est un monde effrayant, où nous sommes privés de nos repères. C’est normalement l’heure où nous dormons, l’heure des rêves, où notre inconscient remonte à la surface. Ainsi on se repose, on se regénère : c’est un cocon, à l’abri de la lumière cruelle du jour, un moment de calme avant que la bataille reprenne. C’est aussi un moment ou nos ennemis peuvent nous surprendre – il faut être bien protégé avant d’y faire face. Nos instincts de survie sont alors plus forts. L’obscurité représente la latence, le potentiel de la graine enfouie sous terre, la fertilité, mais aussi la mort, le déclin, la pourriture. C’est l’utérus et le tombeau, la grotte, les rêves et les cauchemars.

Dans cette optique, comment pourrait on se passer de l’un ou de l’autre ? On dit parfois que la vérité est comme le soleil, trop éblouissante pour être regardée en face. Pour moi la vérité est en fait ce qui se passe lorsque les deux pôles se rencontrent : les nuances, les jeux d’ombres et de lumière, qui nous permettent de voir le monde tel qu’il est, un mélange, une fusion, une cohabitation et non pas une bagarre entre deux absolus irréconciliables.

Je travaille depuis quelques années sur mon côté sombre. Et c’est un travail ingrat, fascinant et assez addictif. ( Bon je vous le donne en mille, personnalité addictive, ça fait bien partie de mon côté sombre ça. Ma mère m’a récemment dit que la naissance avait du être une expérience narcotique pour moi…Lol. )  Filer la matière des rêves et des cauchemars…

Avec un peu de recul, je ne me suis peut être pas suffisamment protégée. Mais là de toute façon je suis à un tournant. J’ai expérimenté des états que la société d’aujourd’hui récrie profondément, comme des sortes de tares : dépression, passivité, tristesse extrême. Pourtant là aussi il y a des richesses : c’est le pendant d’une sensibilité laissée libre et débridée, j’arrive à capter, à ressentir le monde et les énergies de manière beaucoup plus forte, une sorte de sensualité au monde, une capacité de vision, de voir l’ensemble des possibles, des conséquences, et à la fois les défauts et les qualités des gens tout en même temps et de les aimer quand même.

En dépression, il y a une sorte de grâce du désespoir, de capacité à vivre avec l’absurde. Ou du moins je pense qu’il est possible de la trouver, de ne pas juste se culpabiliser parce qu’on est déprimé, inutile et nul – la société le fait déja bien assez. Je pense que si on est déprimé, c’est qu’il y a une bonne raison. C’est une invitation à revenir aux racines, à la poussière, aux os. A partir de là on peut retourner la situation – ce n’est malsain uniquement que si prolongé. Un apprentissage important est de savoir tirer parti de la tristesse, du désespoir, de ne pas refuser les cadeaux de l’obscurité comme on serait enclin à le faire parce qu’ils seraient dangereux, obscènes.

Rêver de l’obscur, est-ce obscène, démoniaque ? Est ce inviter le Mal dans notre vie, est ce une complaisance pour l’abysse, une damnation ?

Non, je dirais que c’est la vraie vie qui s’invite dans une psyché enfantine. La chasse sauvage, son cortège aux odeurs de sang, boue, musc et herbe coupée, et terre fraîchement retournée ; les paradoxes sacrés, la folie, la cruauté, le génie, les compromis, les nuances, l’absurdité, la Roue qui tourne. Et la sorcière qui mijote le futur dans son chaudron.

C’est un peu écrasant, tout ça, par moments. Alors je laisse certains domaines de ma vie pourrir, ce n’est pas une situation très tenable, je suis arrivée pour l’instant à un extrême de l’équilibre que je peux tenir, il me faut renverser la vapeur – tout en intégrant les leçons de cette escapade en terres inconscientes. Les bons aspects de la passivité. La glace, qui regénère et transforme la peur en pouvoir. La réceptivité au monde. La connexion aux fils du temps.

Maintenant, on va dire qu’il est temps pour moi de faire face à la lumière. Et pour cela j’ai besoin des cadeaux de l’obscurité, définitivement, de croire en mes histoires et mes rêves et mes cauchemars. La seule manière de maintenir mes nuances, ma vérité au delà du seuil.

L’été est une belle période pour apprécier l’ambivalence de la lumière, ici – au début fertile et verdoyant, et petit à petit, après la première moisson, lourd et plombant, chaleur écrasante, c’est la saison stérile et le règne de Déméter Melaina, la Noire. Dehors, plus rien ne bouge, l’air est brouillé, chargé de mirages. Le temps des sacrifices et des récoltes.


L’ombre et la lumière (I)

J’avais l’intention de faire ce post depuis longtemps –  Angelina d’Ivy on the Path a fait cet article très intéressant  : http://ivypaths.blogspot.com/2011/06/from-cunning-book-of-evergreen-witch.html et ça m’a rappelé qu’il fallait que je m’y mette. ( et encore beaucoup trop long, alors séparé en 2 )

Comme je l’ai déja écrit, je n’aime pas beaucoup l’épidémie de fluffitude qui semble être un symptôme important du paganisme moderne dans ses dimensions les plus new-âge. Deux genres de fluffies : les classiques baignés de lumière pour qui ‘attention, on ne fait pas de magie noire’, ce qui a trait par exemple aux os, au sang est saaaale, et pour qui la vie est un océan de bonheur sans fin et la moindre ‘vibration négative’ est un blasphème, la magie est forcément positive, etc… Et il y a aussi les ‘dark fluffies’ chez lesquels l’obscurité est sur-revalorisée, elle est sagesse, intuition, renaissance, vérité, ( encore, d’accord là ) mais bien plus encore, tout ce qui vient de l’obscurité a été mal compris et mal jugé, les sorcières étaient toutes des guérisseuses ou des boucs émissaires…

Dans la polarisation, il y a  un danger sans cesse présent, celui de la séparation sans retour, de la caractérisation sclérosée. Et pourtant, c’est un mode intéressant de compréhension du monde. Dans la Wicca, la polarité principale est celle du Dieu et de la Déesse, qui sont associés à certaines caractéristiques du monde naturel.

La Déesse est traditionnellement associée à la Lune, à la Terre et à l’Eau, à la réceptivité, à la matière, à la vie. Le Dieu est plus un symbole de feu, d’énergie, de mort et de renaissance, le Soleil et la Végétation.
J’ai commencé à mes débuts par utiliser cette polarisation dans mes rites et croyances. Mais en progressant, je me suis aperçue qu’elle ne me correspondait plus. C’est au niveau de la Déesse Wiccane que je ne me retrouvais plus. Tout d’abord, la Lune me semblait tout d’abord une boule de roche et de poussière brillante et lointaine, un astre dont la qualité masculine ou féminine n’est pas le plus essentiel des attributs. Tout pareil pour le Soleil. A certains moments je les ressens de manière complémentaire ( masculine pour moi donc ) ou de manière similaire à mes énergies ( féminine pour moi ) mais il serait possible aussi de dire que je me sens plus d’humeur ‘solaire’ ou ‘lunaire’… question de point de vue.

Ensuite je ne suis pas particulièrement attachée au modèle yin/yang qui pose d’un côté le féminin/passif/froid/obscur/négatif/réceptif/intuition et de l’autre masculin/actif/chaud/lumineux/positif/raison et auquel la Wicca semble beaucoup se comparer. La polarisation en Wicca semble parfois aboutir à un modèle où, d’un côté, on a un principe féminin quasi-angélique, tout puissant, avec une revalorisation extrême de l’obscurité qui tourne au cliché et au bisounours. Non, l’obscurité, c’est dangereux. La magie, ce n’est pas innoffensif, cela demande des efforts et de la prudence. Suivre son intuition ne veut pas dire faire n’importe quoi et suivre ses moindres désirs. La  raison, c’est important aussi.

Les sorcières et sorciers d’antan étaient des personnages ambigüs, et si on y réfléchit le pouvoir de guérir allait de pair avec celui de maudire et de nuire. J’ai une amie, qui a grandi dans une famille où la magie était une chose courante, et cela voulait dire malédictions et accidents provoqués volontairement par des cousins qui avaient une dent contre une autre partie de la famille… Une autre païenne à qui j’ai parlé avait des tantes sorcières qui pratiquaient ce qu’on appelle de  la ‘magie noire’ et dans son enfance, elle en avait très peur … Les livres pour débutants se veulent si rassurants, mais il ne faut pas oublier que notre héritage est lourd et pas forcément facile à porter…

J’ai lu dans un post sur un forum que la violence était un attribut strincement masculin – personnellement je ne suis absolument pas d’accord. La Déesse serait la détentrice de vie et le Dieu, de mort. Cela se comprend, mais bon ce n’est pas un modèle absolu, il faut bien un homme et une femme pour créer une vie nouvelle ; et si les hommes ont eu peut-être généralement plus de tendances historiquement à prendre des risques, à protéger et se sacrifier, je ne sais pas où s’arrête la réalité et où commence le stéréotype.

Le Dieu est souvent présenté comme le fils/compagnon de la Déesse, et j’ai l’impression qu’il lui est en quelque sorte subordonné. J’ai déja lancé des piques sur la Grande Déesse et le Dieu Cornu ( et le Petit Dieu…) La Wicca est centrée autour de l’idée de Grande Mère, alors que l’image du Père est peu présente. Je ressens cela comme de plus en plus déséquilibré. Quelque part, il me semble que le Dieu est une sorte d’inversion du Dieu des chrétiens dans ses aspects les plus négatifs : possessif, patriarcal, dominateur, etc…  Le Dieu est surtout décrit comme étant doux, joyeux, tendre, champêtre, lubrique… un nouveau modèle d’homme pour guérir de la gangue patriarcale – très intéressant. Mais peut être pas si complet que ça : est ce juste une illusion ou avez vous remarqué aussi que le Dieu par exemple n’est pas souvent associé à la puissance et la grandeur, comme si on avait peur de retomber dans les excès patriarcaux ? Un soumis, a dit une amie à moi en riant, il n’y a pas longtemps. J’ai beaucoup de tendresse pour la présentation du couple divin dans la Wicca, mais parfois il me semble qu’elle prend beaucoup des allures de médicament, de pansement et cela ne me suffit plus.

De manière générale, la Mère est vue comme figure ‘centrale’ de la Déesse et la « quatrième phase », la Déesse Sombre, est trop souvent ignorée à mon goût. Et puis la Déesse Wiccane, a tendance à se définir comme une accrétion de nombreuses autres déesses, ce qui peut être un peu gênant lorsque l’on réduit les déesses au stade de « facettes ». Il s’agirait de trouver une force commune à toutes ces déesses particulières à travers les âges pour découvrir un visage intemporel relevant du Féminin Sacré, et en même temps de remonter à la source d’une Terre Mère d’un éventuel âge matriarcal il y a très longtemps, ou tout du moins à un âge où la vision du divin était plus équilibrée, et où le carcan patriarcal de la société ne s’était pas encore affirmé. C’est intéressant, mais est ce que le Feminin Sacré doit forcément se trouver dans le passé ? A-t-il forcément besoin de prendre racine dans une période hypothétique où le principe divin féminin dominait le masculin ? C’est intéressant de savoir que le patriarcat n’est pas le seul modèle ayant existé, pour rétablir une sorte d’équilibre, mais le matriarcat ne serait pas mon inspiration spirituelle – avant tout, je crois en l’équilibre. Ce ne serait pas à mon sens un modèle plus équilibré que celui du patriarcat.

Les déesses du paganisme ont souvent des personnalités complexes, passionnantes, des symboles fouillés, elles nous parlent de la nature humaine et de la nature du monde. Je n’ai pas trop ce sentiment avec la Déesse Wiccane : si elle est juste un tout, qu’en est il de sa propre personnalité ? Dans ma vision du monde, il y a l’Un, sorte de concept complexe qui englobe tout ce qui existe, mais ce n’est pas réellement une divinité. Je passe à travers une période de turbulences spirituelles et une des raisons, c’est sans doute que le concept de Déesse qui était central dans ma vie spirituelle a implosé. Avant, quand j’avais des problèmes dans ma vie c’est vers elle que je me tournais pour obtenir soutien et réconfort. Aujourd’hui, c’est Skadi que j’invoque pour me donner courage et faire ce qui doit être fait. Brighid à laquelle je me raccroche dans les moments de peur. Perséphone que je remercie pour les paradoxes tout autour de moi. Mais la Déesse…il n’y a plus rien. Le concept de Grande Déesse Mère ne veut plus dire grand chose pour moi. Il y a la Terre, oui, mais elle est tellement plus qu’une mère : elle est maison, gravité, point d’ancrage… ma relation avec elle est charnelle, passionnée, parfois fusionnelle : ce n’est pas le type de relation qu’il serait normal d’avoir avec une mère. L’idée de Grande Déesse, c’était pour moi un mélange de ce que j’avais lu dans les bouquins et qui parlait à mon imagination, un transfert pour partie de ma relation à ma propre mère, deux choses qui en fait n’ont plus grande raison d’être. Et finalement quelque chose, au noyau, de plus vrai et dur, lié au temps et à un passé très lointain. L’âme du monde, conscience de la matière, poussière cosmique, étoiles, temps…la raison pour laquelle, pour moi, la Déesse habitait dans les étoiles ?  Et la raison pour laquelle elle se manifeste dans ma vie par un véritable trou noir en ce moment ?   Je sens une piste là… de voir le véritable visage d’une force qui me suit depuis très longtemps et à laquelle j’ai donné le nom de Grande Déesse.

Et en ce qui concerne le Féminin sacré… Qu’est ce que c’est, en vérité ? On a eu ce débat avec mes soeurcières autour de ce qui s’est passé aux Etats-Unis, où des transsexuelles s’étaient vues refuser l’accès à un rituel réservé aux femmes durant un festival car elles ne seraient pas des ‘vraies femmes’… Alors, qu’est ce que c’est le féminin tout court ? Est ce strictement lié à une réalité biologique ? Où est ce une essence intemporelle ? Ne risque-t-on pas alors de retomber dans les clichés avec le décrié ‘Eternel féminin’ ? Et souvent les transsexuelles définissent leur féminité en adoptant les clichés à outrance, maquillage, talons hauts, etc…On dira que ce n’est pas ça la féminité, d’accord, mais ce sont des symboles reconnus par la société…La féminité ne serait elle pas dans le regard de l’autre ? Oui – alors c’est un peu dangereux comme idée. On veut pouvoir définir notre féminité toute seule, à notre image. Je dirais que c’est un peu des deux : la féminité est ce que chaque femme en fait, et c’est aussi un jeu, une histoire de relations, d’échanges, de séduction, de complémentarité, de pouvoir, de biologie et de magie surtout. Au niveau de la polarité : oui, si c’est une danse. Dès qu’on l’enferme, la fige, elle meurt.

Je suis du genre à étudier, retourner, renverser, et peut être dynamiter les règles et caractéristiques établies, à l’aise dans les zones limites et instables de la spiritualité, pousser plus loin… C’est peut être normal, alors, que la polarité wiccane, dont j’ai longtemps célébré la beauté, portée comme une seconde peau, me paraisse au bout d’un temps étriquée. Mais le fait reste que je la ressens toujours, cette polarité fondamentale… Juste tellement plus complexe que ce que j’avais envisagé au départ. L’ombre et la lumière, le feu et la glace, le bois et la foudre, la terre et le ciel, matière et énergie, et tellement d’autres façon d’envisager le monde…


Danse des os – travailler avec sa partie sombre (II)

Voici la démarche que j’ai suivi, tout à fait expérimentale et par ‘tâtonnements’ :
1.  Remise en question et réflexion.

On commence par faire une liste de tous ses ‘défauts’ et ‘qualités’ ou ce que nous considérons comme tels. ( Il faut que les deux parties soient à peu près égales )
Ensuite, par exemple, on peut se rappeler de situations vécues désagréables, et se demander : comment en est on arrivé là ? Qu’est ce qu’on aurait pu faire différemment ? Il ne faut pas se préoccuper de l’autre mais analyser son propre comportement. Souvent on repère des répétitions, des schémas de comportement qui reviennent. C’est là que ça devient intéressant. Le but est alors de se demander, pourquoi je fais ça ? Quelle bonne raison ai-je d’agir de cette façon ? Même pour des comportements dysfonctionnels, il y a toujours de bonnes raisons. Le tout est d’être honnête avec soi même et de ne pas culpabiliser. Il faut essayer de dépasser la dualité c’est bien/c’est mal et ne pas se juger.
– Aussi se demander : qu’est ce qui nous énerve profondément chez les autres ? C’est souvent quelque chose que nous ne voulons pas voir, que nous ne supportons pas chez nous mêmes.
– Quels sont nos actes dont nous ne sommes pas fiers et pour lesquels nous nous donnons des justifications vaseuses ?
=> Il va ressortir de tout cela des conflits d’intérêts comme si des parties de soi-même voulaient des choses totalement différentes. Il est alors intéressant de noter cela. Il existe de nombreux modèles psychologiques qui voient la psyché humaine comme ayant plusieurs « parties » : par exemple Freud qui oppose l’inconscient ( les pulsions, les désirs cachés ) et le surmoi ( c’est à dire la partie, souvent héritée de nos parents, qui nous impose des valeurs et des idéaux ) ou encore l’énnéagramme : http://www.enneagramme.com/Theorie/9_desc.htm
etc… Les parties souvent entrent en opposition et tendent à fonctionner alors de manière névrotique, ce qui fait qu’on les refoule. Cela entre donc dans la partie sombre qui avale les parties/pulsions etc…non intégrées.

Un exemple personnel : À la base j’avais un problème majeur, c’est à dire que je bloquais avant de passer à l’action dès que je devais faire quelque chose d’important. Je me suis alors demandée pourquoi. Il y avait derrière cela deux raisons : l’orgueil et la volonté de remettre à plus tard. L’orgueil parce qu’il me « disait », me faisait ressentir que cette action n’était pas digne de moi, elle n’avait pas assez de grandeur. Dans l’action cette impulsion me pousse à briller, à aller toujours plus haut et plus loin quitte à se détruire. La volonté de remettre à plus tard, en réalité, qui provenait d’une croyance comme quoi je ne serais pas capable de réaliser mon potentiel, mieux vaut alors se réfugier dans les rêves en attendant d’être prête, ce qui n’arrive en fait jamais. Cette impulsion me pousse à me cacher, à faire les choses dans l’obscurité, à rester prudente et près de la terre et exclusivement concentrée sur mes désirs matériels car aller au delà serait vain. Idée que j’attire les problèmes.

Ces deux ressentis s’opposaient et me rendaient donc confuse, ce qui m’empêchait d’agir. Voilà comme je suis partie d’un exemple mais j’ai réalisé que partout, dans mes problèmes il y avait deux pôles, qui se ressemblaient, j’ai donc décidé d’en apprendre plus. Cette première partie est en quelque sorte faire sa propre psychanalyse, c’est long et assez fastidieux, il faut aller en introspection, se tourner vers soi pour un temps.

2. Retour vers le passé


Pour la deuxième partie il s’agit d’aller voir dans le passé les sources de ces « défauts » et problèmes. On va donc travailler avec son enfant intérieur et l’écouter. Quels sont ses traumatismes ? Ses désirs non comblés ? Les modèles qu’on lui a imposé ? Les attentes qu’il avait de ses parents ? Les reproches qu’il leur a fait ? Il faut laisser s’exprimer l’enfant en colère. Laisser couler le flot. Noter ce qui parait important et ce qui revient. On peut aussi prendre une feuille et noter tout ce qu’il a a dire, les idées les plus méchantes et les cris de désespoir, et ensuite brûler la feuille. Ensuite, il est important de lui envoyer de la tendresse et d’envoyer de la tendresse à la petite fille/petit garçon qu’on était. On ne peut pas effacer ce qui s’est passé, mais aujourd’hui on peut guérir son enfant intérieur. On peut faire un rituel, très régressif, avec des pétales de rose, des peluches, des bougies roses et blanches, tout ce qui représente la tendresse pour l’enfant que l’on était. Souvent on découvre une peste mais aussi quelqu’un de très vif, et prometteur.
La deuxième chose est d’étudier un peu sa propre famille. Parler à ses grands parents, leur demander des choses sur leurs parents et grands parents à eux, des histoires d’enfance, des anecdotes, etc…Pareil avec les parents. En comparant ces points de vue il y a souvent des points communs qui reviennent, des motifs, des « malédictions » familiales transmises sans que l’on se rende compte de génération en génération car les enfants reproduisaient le modèle de leurs parents. Pour stopper cela il faut s’en rendre compte. Parler à ses parents de vieilles douleurs et de besoins non remplis, pas pour reprocher mais juste pour dire, purifier.

Encore une fois, un exemple personnel : 
Je me suis rendue compte que dans ma famille, la lignée de ma mère, les femmes étaient en général, très intelligentes, fières, dignes, et fortes. Mais en revanche elles étaient rarement épanouies dans leur vie amoureuse et de femmes. Elles avaient tendance à penser que les mecs « étaient tous des cons ». Elles n’exprimaient pas leurs sentiments et avaient tendance à être silencieuses et à se poser en martyres. D’autre part, petite, j’idéalisais ma mère, qui est très belle, très mince et très intelligente, alors que mon père était absent (ils n’étaient pas un couple heureux). Mais ma mère a été, jeune, anorexique et a eu des problèmes de santé très graves. Cela indique un rapport problématique au corps et à la féminité qui est idéalisée, mise sur un piédestal et totalement intellectualisée, glacée. Je relie cela à ma première partie sombre, l’orgueil.

D’autre part, deux de mes ancêtres étaient connues pour être très belles et sensuelles, qui appréciaient la vie, mais on disait aussi qu’elles étaient folles, ou des putes. Elles étaient également manipulatrices et excentriques. L’une d’entre elle, ma grand-mère, avait un grand talent pour la sculpture mais elle l’a abandonné car son mari ne voyait pas cela d’un bon oeil. Elle a ensuite rencontré l’amour de sa vie mais n’a pas quitté son mari et ses enfants pour lui. Elle s’est contentée de s’épuiser dans l’usine familiale, et à devenir une reine de famille perfectionniste, et légèrement aigrie. De plus, avant de m’avoir, ma mère a eu deux jumelles mortes nées. Je lie cela à ma seconde partie sombre, qui lie amour, corps et mort/douleur en une sorte de malédiction et pousse à se dévaloriser totalement, à se frustrer et à ne pas réaliser ses rêves, les remettant toujours à plus tard.

Cette étape est souvent très douloureuse. Mais elle permet aussi, dans le temps de mieux comprendre sa famille et de s’en libérer. Affirmer que l’on a compris les attentes de ses parents mais que l’on s’en libère, ils n’ont plus le contrôle de nos vies, car nous sommes adultes.

3. Boire à la source immémorielle


La troisième partie est maintenant créative. Dans les deux premières étapes on a beaucoup réfléchi, mais maintenant il faut aller dans les tripes et la créativité et l’art sont le vecteur idéal. Il s’agit de rentrer en contact avec son inconscient. On va lire des contes, des histoires, des mythologies et repérer des figures qui nous parlent par rapport à cette partie sombre. Ce ne sont pas des figures très positives à premier abord, enfin elles sont ambigues. Ces histoires sont souvent porteuses d’un sens secret. Au début on ne voit que leurs côtés négatifs mais petit à petit, en travaillant avec elles, on voit d’autres côtés. Parfois, il s’agit d’un travail avec des Divinités Sombres, parfois avec des archétypes…

Mon exemple :
Pour ma première partie sombre, j’ai trouvé Skadi et elle m’a trouvée. C’est la déesse de la glace et des montagnes nordique. C’est une reine des neiges et une géante. Elle va exiger des dieux réparation pour la mort de son père. On la fait rire ( un dieu, Loki, s’attache pour cela les testicules à une barbe de chèvre qui faillit les lui arracher ) et on lui permet d’épouser un dieu en le choisissant par ses pieds. Ce sera, non pas le beau dieu de la lumière comme elle l’avait espéré, mais le dieu de la mer. Ils n’arrivent pas à se décider où vivre, car elle n’aime pas la mer, et lui n’aime pas la montagne. Finalement, elle retourne à ses montagnes chéries. Skadi est orgueilleuse, vaniteuse, par certains aspects brute, elle ne fait pas de compromis, elle est fière et rigide, et solitaire. Dans les contes elle est devenue la terrible Reine des Neiges, une ogresse, une sorcière aux dents de fer. Pour travailler avec elle, je suis allée dans les montagnes, j’ai fait du ski, et surtout des balades et des méditations pour sentir la force de la montagne. Skadi est là, la morsure du froid et la puissance incroyable de la terre qui s’élance vers le ciel. Elle n’a que peu à faire de mes petites querelles internes, elle est une énergie qui balaye tout sur son passage telle l’avalanche. Elle est avec moi dans mes moments de grandeur. Elle est dangereuse, elle est la brûlure de l’orgueil et de l’exigence. Elle est aussi la joie de la chasse, la pure joie sauvage sans limites. Elle est la glace qui fige les petites pousses. Elle est une patronne qu’il faut approcher avec respect et humilité, sinon elle est mortelle. Mais pour les femmes, elle est un modèle d’indépendance et de force de caractère. Elle est aussi déesse de la justice et de l’honneur. Et elle ne finira pas en vieille fille aigrie, non. Pour certains, elle se mettra avec Ullr, Dieu de la chasse et de l’hiver comme elle, et les textes disent aussi qu’elle aura plusieurs enfants avec Odin, le roi des Dieux.

Pour la deuxième partie je n’ai  pas de Déesse. mais un archétype : la Sorcière. Je vois une femme qui touille au dessus de son chaudron. Elle a les mains sales, elle est couverte de voiles crasseux, mais elle est belle, elle a les yeux d’un vert très vif, elle est voluptueuse, et tout le village parle derrière son dos. Elle passe son temps les mains dans la terre à cueillir des plantes. Elle sait guérir mais aussi empoisonner. Elle n’est pas mauvaise, mais elle n’est pas bonne non plus. Elle sait égorger des poulets aussi bien que soigner des moineaux. Elle aide les femmes du village à trouver l’amour mais sa vie sentimentale à elle est un champ de ruines. Elle manipule la vie des gens. Dès que la situation devient trop tendue, elle s’enfuit. Elle n’a de racines nulle part, elle est une fille du vent, une nomade, une gitane. Elle se fait siffler dans la rue, elle danse comme personne. Elle est « mauvais genre », passionnée, mais une vie de brimades l’a fait reculer dans l’ombre. Elle est une énergie lourde qui me colle à la terre, comme marcher dans de la boue, la petite voix qui me dit que je suis maudite et que je n’arriverai jamais à rien. Elle se complaît dans la souffrance. Elle joue les victimes. Elle attire les problèmes comme un aimant. Mais elle enseigne aussi la valeur du sacrifice, et l’idée de grandir à travers la douleur. Elle est résistante. Les accouchements ont brisé ses os mais elle a guéri. Elle sait que rien n’est tout blanc ou tout noir et que l’on ne peut pas se détacher de son contexte. Elle est aussi l’empathie, la tolérance, la compassion, qui est parfois infiniment douloureuse quand on sait comment est le monde. Elle est la fertilité, la créativité douloureuse – chaque création est un acte d’accouchement. Elle est la Sheela-na-gig, figure obscène pleine de savoir. Elle est une mère féroce et une amoureuse passionnée. Elle est aussi paresseuse, dépendante. Elle a peur de marcher sur ses propres jambes. Mais, elle connaît le secret de la transformation et de l’alchimie. Elle sait le sens du mot limite. Je l’appelle Bella, du petit nom qu’on donne aux jolies femmes italiennes, à moitié affectueux, à moitié vulgaire. Pour travailler avec elle, je vais à la mer, je travaille avec des déesses de l’amour, je danse, je me promène dans l’obscurité et la nature la nuit, je jardine, je mets mes mains dans la terre, j’apprends à manger avec plaisir et à faire tout ce que je fais avec plaisir. Ces deux figures sont des opposés qui se complètent et qui se répondent.

Il y a des tas d’exemples à puiser dans les contes et les mythologies, il faut alors trouver sa signification cachée, faire des méditations et des visualisations avec…etc. Le Petit Chaperon Rouge, la Petite Sirène, Baba Yaga, les Fileuses, Méduse la Gorgone, Mélusine, Circé l’enchanteresse…L’idée est de rencontrer les archétypes qui vivent dans notre inconscient, notre obscurité. On peut faire des sorts également, pour provoquer des rêves, tenir un journal de rêves, et s’exprimer artistiquement, en se laissant guider par ces figures : dessin, peinture, collages, art éphémère, peu importe que ça soit parfait, l’important c’est que cela nous parle. Faire des tirages de cartes pour mieux comprendre.

4. Prendre son envol

Ces trois étapes se répètent autant de fois que nécessaire. Comment savoir que l’on arrive au bout ? Je pense que ce travail n’est jamais totalement fini. Cependant, on peut noter ses progrès en refaisant la liste des défauts et qualités. Normalement la liste sera cette fois plus honnête et surtout, on sera en paix avec ses défauts. On arrivera à voir qu’ils peuvent avoir des bons côtés, et on essaiera d’exprimer plutôt ces bons côtés, en était aidé par notre archétype-guide. Par exemple je remplace l’orgueil par l’indépendance, l’intégrité et le courage. Les traditionnels reproches de nos parents nous toucheront moins car on saura que ce ne sont que leurs propres peurs qu’ils projettent sur nous. On laissera aller dans le vent en pensant qu’ils tiennent à nous mais ne nous comprennent pas toujours.
Ce travail peut être risqué car il peut nous plonger dans la déprime ( qui peut être une bonne chose si elle n’est que passagère ) et développer la sensibilité et l’empathie à un point que cela en devienne insupportable. Il faudra alors poser des limites. Il peut amener à devenir narcissique, il faut faire attention et sortir s’aérer la tête dans ces cas là. Au final, on va se connecter à quelque chose de très sombre et profond, que certains appellent inconscient collectif, le Sauvage, ou encore le Chaos primordial. C’est une énergie reptilienne, immense, qui rassemble les pulsions de l’humanité du plus mauvais au meilleur, mais qui contient vraiment tout, de l’énergie du génocidaire à celle du Dalai Lama. C’est effrayant. On peut s’y perdre. On y fait face vraiment lors d’un rituel qui marque la fin de ce travail, un voyage chamanique ou une transe, provoquée par une méditation-visualisation profonde, où on va faire face à ce grand dragon. On est alors guidé par ces parties sombres, qui étaient au départ des défauts mais qui sont en réalité des marques de notre identité. On réalise alors que ce sont des protectrices, qui sont « assises sur la barrière » entre notre monde et celui de ce Chaos primordial, l’Obscurité, entre notre monde bien connu et celui du dehors, le Sauvage. Elles nous protègent en en intégrant une partie, mais seulement une, car personne ne peut héberger tous les défauts de la terre, même si en germe ils sont tous là. Nos protectrices ont choisi ceux qui pourraient nous servir. Elles savent comment travailler avec l’Obscurité, qui est pleine de puissance. Mais elle est comme un vide qui nous attire. Nos protectrices nous protègent de cela. En reconnaissant le monstre en nous nous avons moins peur du monstre qui vit au dehors, car nous savons qu’il n’est pas si terrible, il n’est qu’un être humain avec ses faiblesses et ses peurs et nous pouvons l’atteindre par l’Obscurité qui est le lieu de toutes les transformations. Nos archétypes sont des guides dans le chaos de la vie. Travailler avec la force brute de l’Univers, cela se mérité. Si on y va sans se préparer on peut s’y perdre, car elle s’infiltrera en nous par nos défauts et nous contrôlera. Si en revanche on connaît et accepte nos défauts, on pourra s’immerger en elle et toujours rester soi, car on saura qui on est réellement.
Alors les différentes parties en conflit se mettent à danser ensemble, car l’une a la solution pour l’autre, et inversement, et finalement elles se fondent en nous, et nous sommes alors entières, sachant qu’à chaque instant nous pouvons invoquer la force de l’une de nos Ombres Protectrices.

Source images : www.kmyechan.com/ et www.northernpaganism.org/shrines/hela/welcome.html


Explorations ~ Travailler avec sa partie sombre (I)

Je mets ici un texte publié chez la LWE, en version remaniée, améliorée grâce aux commentaires des membres.C’est une technique expérimentale de ‘psychomagie’ qui vise à mieux se connaître, travailler avec ses archétypes fondamentaux, équilibrer son ‘psychisme’, bref poser des bases saines nécessaire à tout cheminement spirituel et magique. C’est en effet ma conviction que nous possédons tous notre part d’Ombre, et qu’elle n’est pas maléfique, mais au contraire source de pouvoir. Il s’agit aussi d’aller à la rencontre de forces fondamentales de l’univers qui doivent être prises en compte de plein droit.

Qu’est ce que ‘la partie sombre’ ? 

Ici, je ne parle pas de quelque chose de dangereux et diabolisé, mais de quelque chose qui vit en nous, ce n’est pas une entité extérieure. Notre civilisation a depuis longtemps associé l’obscurité au mal, au passif, au féminin, au matériel, au corps, au démoniaque, mais il s’agit d’une séparation artificielle qui vient des dogmes de l’Eglise chrétienne et qui n’est pas naturelle. En tant que sorcières, nous devons aller au delà, nous ne pouvons pas voir le matériel comme séparé du spirituel. Le mot « sorcière » renvoie lui même à l’obscurité, ce mot ramène avec lui des peurs et des préjugés mais comme le dit Starhawk : « là où il y a de la peur, il y a du pouvoir ». Je ne parle pas du pouvoir de contrôler les autres mais celui de sa propre intégrité qui nous permet de rendre le monde plus beau en commençant par soi-même. Pour cela, il faut se connaître soi même, y compris la partie de nous que nous cachons car elle nous fait peur. Ce ne sont pas toujours des choses très belles. Par exemple la jalousie : ce n’est pas quelque chose que nous aimons reconnaître chez nous mêmes mais le fait est que la jalousie porte avec elle beaucoup de passion, et l’envie peut être transformée en moyen de nous faire avancer.

L’idée de l’obscurité est liée, en Wicca, à la Vieille, à la Lune Noire, au quatrième visage de la déesse, au sabbat de Samhain, au Chaudron de Renaissance, à la fertilité de la terre et de l’utérus mais aussi à la tombe et à la Mort. L’histoire de la Déesse qui descend aux Enfers est un motif fréquent de la mythologie. Inanna par exemple, ou Perséphone. Il y a des raisons différentes pour cette descente mais elles en reviennent plus fortes et plus sages, car elles ont affronté l’Obscurité. Pour cela elles ont dû se défaire de leurs artifices. C’est en tout cas l’explication symbolique moderne qui est faite de ces mythes et je la trouve très intéressante.

La partie sombre peut être assimilée à l’inconscient personnel et collectif. Il s’agit d’un concept flou et assez large. « Travailler avec la partie sombre, c’est se relier au passé et à l’avenir, c’est interroger l’univers et notre âme, c’est, comme dit C. Pinkola Estes: « ramasser des os ». (1) Il s’agit de revenir à la base, au squelette, aux os de la terre, à ce qui nous fait avancer ; de titiller le cerveau reptilien et ses instincts et pulsions de survie. C’est une partie de nous mêmes mouvante, souvent insaisissable.

Aller à sa rencontre nous connecte à des vieux dragons et démons de l’humanité et de notre propre histoire, c’est un dialogue avec l’abysse. Il va donc de soi qu’il faut être extrêmement prudent. On peut devenir faible et voir ses pires côtés ressortir, voir la dépression et peut être même la folie de très près.

Mon point de vue est que cette démarche est nécessaire. Car si on n’affronte pas l’Obscurité volontairement, elle nous visitera tôt ou tard, mais peut être dans des moments qui ne nous sont pas du tout favorables. C’est un grand thème qui peut aussi s’apparenter de loin au démembrement chamanique (2) : on se laisse ‘avaler par le monstre’ qui met notre psyché en pièces détachées, pour que tout soit enfin clair, et à partir de là, on peut reconstruire. On descend, dans la boue fertile, le chaudron de l’obscurité primordiale, le siège des transformations, la forêt sauvage et primale. Ou encore à la récapitulation chamanique (3) où on se remémore tous les passages de notre vie dans leur intégralité.

La connaissance, donc, est le pouvoir. Connaissance de soi, de sa nature profonde, mais comme un processus, une exploration, car c’est bien un puits sans fond dont on parle ici, une nuit sans limites. Tâche ingrate, qui semble à certains instants couvrir le monde d’un voile de cendres, alors que les illusions nous abandonnent, et on peut se trouver mal, sans nos anciens mécanismes et habitudes, déboussolé, perdu, et bien petit et faible devant l’immensité du travail. Mais aussi tâche fascinante, absorbante, où on apprend à se connaître soi-même et à grandir, à se réconcilier avec soi même. Des vieilles figures comme le Fou, la Prophétesse, la Sorcière, la Reine des Neiges, l’Ogresse, l’Homme en Noir, dangereuses, incorrectes, sulfureuses, font surface et bousculent votre monde bien établi.

Le royaume de l’Obscurité est dangereux et effrayant, là se tapissent monstres et la Peur à l’état pur. Autant de merveilles que d’horreurs. Elle est notre héritage légitime. Mais trop souvent elle a été colonisée par les marchants de manichéisme, qui nous disent quoi craindre, quoi repousser dans les ombres, qui prétendent dire de quoi la Nuit est faite. Or la Nuit est infinie, et bien souvent elle est ce que l’on y cherche ( et bien plus encore). Alors il nous appartient d’y déceler les splendides pépites de sagesse, de force primale, d’enchantement et d’humanité, et lui rendre l’honneur qui lui est dû.

(1) Merci à Lisbeth. (2) Merci à Méandres. (3) Merci à Fingen.

A la suite, je posterai ma méthode « expérimentale » de travail avec la partie sombre.


Polarités dansantes II – Jongleries divines

Sur Samhain’s House, Morrigan a écrit une phrase que je trouve très jolie :

« Le bien et le mal sont des concepts subjectifs, pèse tes actes, reste fidèle à ce que tu penses et ce en quoi tu crois, la sorcière est une équilibriste qui voyage sur un fil qui séparent les mondes et les notions, portant dans une main ses actes et dans l’autre sa conscience, garde les deux en harmonie – si tu agis en accord avec toi même et l’univers qui porte ton fil, tu ne tomberas pas. »

Elle résonne totalement avec ce que je voulais écrire, donc je pensais la mettre en début d’article, plutôt qu’encore une diatribe énervée sur le fait que j’en ai marre qu’on confonde les païens avec les new-agers et des paîens trop new-age. ( Mais là j’en peut plus, faut que ça sorte )

Oui parce que d’abord, il y a des choses intéressantes dans le new-age, mais ce sont quand même en général des gens qui prônent de se détacher de son corps et de la vie terrestre, d’attendre la venue d’un sauveur, de croire tout ce qui a l’air plus ou moins louche…gens qui veulent s’échapper de la vie quotidienne, et croient en l’avènement d’un nouvel âge qui lavera l’homme de ses péchés et ‘élèvera les vibrations du monde’. ( Là vous avez deviné, je suis énervée. Je fais des généralisations. C’est mal.) Mais quand même. C’est quoi cette obsession de l’élévation, de la pureté, de la lumière ? Je trouve ça ridicule, à vrai dire. ( Jugement de valeur. J’assume. Pas gentil. Hum. M’en fous.) Moi, je suis une adoratrice de la poussière du monde. Une fille de boue. Une païenne, quoi. Et je crois que le paganisme et le New-Âge sont totalement incompatibles. Pour moi, une sorcière ne va pas attendre l’arrivée d’un grand bouleversement. Elle s’attache à changer et améliorer le monde sous ses pieds, tout en rendant grâce car la vie est belle. Petit bout par petit bout, car elle sait que les changements trop brutaux sont des traumatismes, et non pas des rédemptions. Comme dans la nature, le changement est une alchimie qui demande du temps et de l’attention. Fermement sur ses pieds, les pieds bien sur terre, le païen d’aujourd’hui. Sinon, je vous prédis des problèmes. Les Dieux vont vous avaler et vous recracher tout petit et tout mouillé, et bien secoué, et tant mieux,vous l’aurez bien cherché, êtres de lumière en tout genre.

Ce que nous faisons demande beaucoup de courage. On crée des chemins spirituels tous les jours, on innove, on s’aventure sans ceinture sur les autoroutes cosmiques, et en plus, beaucoup de gens vous diront que vous êtes tarés. La vie, dans toute sa beauté horrible, douceur cruelle, ironie splendide, joie extatique et routine monotone, est une expérience complexe. Elle n’est pas un océan de bonheur et de lumière, cela ne sert à rien de le prétendre et c’est franchement gonflant ; et puis heureusement d’ailleurs, parce que ça serait chiant.

Enlevez les ombres, vous ne verrez plus rien. Et on a besoin de l’ombre. On a besoin de se rendre compte de nos défauts, de les assumer, de les canaliser et apprivoiser. On a besoin de re-découvrir la nuit et la nature sauvage. La Terre a besoin de l’Hiver pour se reposer. L’Ombre nous apaise, nous protège, nous nourrit, nous défie. On a besoin d’avoir la force de la Femme Sauvage, de l’Homme Primal, force des tripes et du fond de la Terre et des âges,  pour nous aventurer sur les terres stériles, vous savez, ces usines, multinationales, institutions, administrations,  tant démonisées dans notre milieu – et les transformer de l’intérieur. Parce que c’est bien de cultiver son jardin – tout à fait nécessaire, même – mais garder pour soi cette force, c’est dommage. Le monde a besoin de nous ! Nous ne sommes pas des ‘gens de classe moyenne qui s’ennuient’ ou des ‘jeux de rôles pour filles’ – nous sommes le nouveau visage du monde. A moitié taré, à moitié génial, cent pour cent vivant. Nous apportons les ombres : les nuances. Sans elles, le monde est aveugle. Le rationalisme pur est une machine froide et morte. Si telle est votre vision de la réalité, je vous souhaite beaucoup de plaisir. Je laisse une place au hasard, au chaos, à l’humour, au mysticisme, aux fées ( mais pas aux licornes et aux vampires qui brillent. Faut pas exagérer quand même. ) au chant des os, au chant du bas ventre, à la Dragonne là dessous qui s’ébroue, aux fautes de frappe et aux gueules de bois. Aux Dieux, bon sang ! Jamais on ne me fera croire que ce sont des  » êtres fragiles qui reviennent sur terre après un long exil parce que la vibration du monde ne leur convenait pas, et qui ne supportent pas le bruit » comme j’ai lu récemment dans un bouquin new-âge. Ils sont des forces du monde rugissantes, implacables, magnifiques, à la mesure du pire comme du meilleur que l’on peut trouver chez l’homme et au-delà, ils nous aiment d’un amour féroce et exigeant, et en être digne est un sacré boulot.

Avec mes soeurcières, vous nous trouverez, faisant des tirages de cartes sur les aires d’autoroute, criant comme des furies au sommet d’une montagne, nous marrant avec des blagues salaces autour de mojitos, débattant passionnément sur le sens d’une rune, dansant à la pleine lune ; debout jusqu’à pas d’heure pour boucler un dossier de sociologie ; faisant des rituels pour aider nos amis ; nous défiant de nous jeter dans l’eau froide de la mer ; en train de squatter les pubs irlandais, les fast-food minables parce qu’on avait rien trouvé d’autre, les salons de thé enfumés, les restos indiens qui font du lassi à la rose hmmmm ; répétant des pas de danse bollywoodienne dans la rue le soir et se lavant les pieds dans des fontaines ; pleurant au téléphone pour se raconter la dernière galère, se prenant la tête sur des questions de convictions, en train de se faire des couronnes de fleurs ; faisant des voyages chamaniques avec un tambour tout gondolé, parlant de champignons hallucinogènes, inventant des noms de prêtresses ridicules et des groupes de rock, débattant de questions douloureuses, faisant des rites de passage avec des masques de catcheurs et des moustaches de jus de carotte… la vie, géniale et vibrante : voilà notre communauté religieuse, et le spirituel n’en est jamais exclu, nous rions pendant nos rituels, l’égrégore du cercle est comme un rayon de soleil perçant les nuages, mais il a sa part d’ombre aussi, il est entier, solide, réel. On s’accepte comme on est, avec nos qualités et nos parts d’ombre.

Nous sommes les enfants du mariage mystique de la Terre et du Ciel ; l’extase, dans la joie comme dans la douleur, ne nous éloigne jamais du monde, mais nous met au coeur de celui-ci. Nous ne fuyons pas : nous faisons face, un pied dans l’ombre, un autre dans la lumière, un frisson prometteur nous secoue, et en route.


Polarités dansantes

Préparation de Beltane hier avec les soeurcières ; on a mis notre texte en page pour le sabbat et on a décidé d’utiliser ce beau poème de Marie des Bois pour l’invocation du Dieu et de la Déesse :

Soufre et Mercure

Je suis louve sous la cendre
Souffle qui frôle et quémande
Etincelle accrochée au manteau du ciel
Je suis flamme dans la crinière
Je suis ombre dans la lumière
Hurlement sauvage autour du feu rugissant.
Je suis ambre dans le miel
Et secret dans le mystère.
Pour toi je suis celle qui encante et ensorcelle,
Je suis la Sève dans le Vent…
Tu es cueilleur de louve
Buveur d’ivresse
Semeur de foudre
Chasseur d’étoiles
Déchireur de voile,
Donneur de miel,
Récolteur d’ambre,
Traqueur de désir
Rapprocheur de délire
Quêteur d’énigme.
Tu es galop effrenné sur la lande,
Martelant la colline et le creux de mes reins,
Tu es emmèleur de crinière,
Dévoreur d’offrande
Savoureur de magie,
Mangeur de Lune…
Tu es le Vent porteur de Sève !

Nous voulions quelque chose de sauvage, pour notre rituel, beaucoup de nos textes rassemblés nous paraissant trop mignons et cucul ( avec une triple dose de fées et de nuit de féerie, j’aime beaucoup travailler avec les fées mais il faut avouer que le sujet a une propension à se dévoyer très très vite dans le fluffy. Après on dirait que notre sabbat devient un thé dans un jardin anglais et non pas une célébration de fertilité et de l’amour dans toutes ses dimensions ). On va faire la danse du mât de mai sur la plage, et ensuite on laissera la danse devenir plus sauvage. Avec un petit voyage chamanique par la suite, sans doute. Ah j’ai hâte ! Je serai aussi l’officiante pour la cérémonie, pour la première fois – suspense insoutenable ! Stress mais aussi fierté de pouvoir conduire un très beau rituel pour un groupe aussi génial…

Enfin bon on a une propension assez poussée aux blagues salaces dans le groupe et pour Beltane on s’est évidemment lâchées…comme on se tape déja des délires sur la taille des bougies, on peut pas vraiment louper ça avec le mât de mai…

Et on en est venues à considérer un fait plus sérieux – l’absence du principe masculin dans certains cercles de femme et ses effets. Enfin, on peut toujours dire que la Déesse contient des aspects masculins, mais pour moi ça ressemble trop aux cathos qui disent que leur Dieu a aussi des aspects maternels, féminins. C’est quand même du monothéisme. Ce que je dis est très polémique, je sais bien, lâchez vous ! C’est juste mon ressenti, pas une vision restrictive du monde – enfin bon, je pense que fêter Beltane sans le principe masculin ça peut devenir pas très drôle et un peu cucul. Evidemment je suis dans ma période de travail avec le Dieu Cornu et ça me tient à coeur. Je me pose beaucoup de questions sur la séparation masculin/féminin dans la Wicca. Je crois en une idée de polarité fondamentale mais une polarité dansante – dès qu’on la fixe elle meurt ; et ainsi dire ‘ la Déesse est la lune, le côté réceptif, l’obscurité, etc…’ et le Dieu de même ‘le soleil, la force vitale, active etc… » je trouve ça un peu limité – la vision est intéressante mais elle l’est moins quand on va dire « c’est ça et c’est tout » et on va pas plus loin. Tout comme l’idée de vouloir faire rentrer toutes les Déesses dans le moule Triple Déesse, ou la vision du Dieu qui est très souvent le fils de la Déesse, beaucoup moins le père. Finalement l’expression « Grande Déesse et Dieu Cornu » qu’on trouve beaucoup dans les rituels me donne envie de rire et de dire  » Grande Déesse et Petit Dieu » ^^. Je suis dans une phase de pousser les limites de ce que je savais avant pour voir si ça implose ou pas – et me demande si la Wicca n’a pas des limites structurelles qui font que très peux de ceux qui s’y intéressent pendant longtemps y restent effectivement. Je comprends que les nouvelles venues aiment retrouver un principe féminin revalorisé, qu’il est plus facile pour elles d’approcher la Déesse et que les femmes sont généralement plus nombreuses dans la Wicca que les hommes, etc.

Mais c’est une étape à passer non ? Pour moi en tout cas certainement. C’est le printemps, je vois des cornes pointer derrière les buissons XD


Mort, Fou ou Poète

Sur la page d’introduction du blog Dead, Mad or a Poet ( http://www.deadmadorpoet.com/), que je suis régulièrement, nous dit :

« Il est dit que si vous passez la nuit sur une colline aux fées, le lendemain matin, on vous retrouvera mort, fou, ou devenu poète. Ceux qui osent frapper à des portes cachées courent certains risques.

Mais comme l’a dit le poète et sorcier Victor Anderson, « Tout ce qui en vaut la peine est dangereux ». Nous croyons que faire de la sorcellerie en vaut la peine, tout comme l’art, pour des raisons qui se ressemblent. La volonté de regarder sans ciller dans l’oeil de la vérité peut entraîner la beauté, l’extase et l’illumination. Cela peut aussi vous perturber et vous bouleverser profondément »

Peinture de Sandrine Gestin (http://www.sandrinegestin.com/)


La Séductrice

,                                 

Voilà le résultat d’un atelier sur le forum génial Women’s Art http://women-s-art.positifforum.com. On nous attribué à toutes une carte du magnifique jeu de cartes Féminitude par Monique Grande, illustrations de Myrrha ( http://www.myrrha.ereduverseau.com/pages_artiste/feminitude2.html) et on nous a demandé de l’illustrer avec nos propres mots. Pour moi c’est un véritable bouillonnement qui en a résulté…

La Séductrice
………………..
C’est une histoire au début, toute simple
Dans un jardin, une fleur mangea la mouche
Qui attirée par l’odeur suave de ses pétales
S’était lentement empêtrée dans sa gangue de velours.

 

Arrivèrent trois grand singes barbus qui s’écrièrent ;
Quelle chose monstrueuse ! Voilà la chute du paradis.
La fleur étonnée releva sa tête lourde
Il n’y a pas de paradis ici, juste un jardin.
Les gouttes de rosée qui coulent le long de ma tige
Séparent la lumière et créent des ombres difformes,
Les pluies abondantes font pourrir les jeunes pousses,
Et la suite sans fin des saisons est aussi tendre que cruelle.


Dans ses replis elle nous fait voir des monstres,
Mais je suis juste une fleur, et ceci est juste un jardin.
Quelle arrogance, fit un des barbus, qu’une simple herbe
Ose élever le ton face à des hommes qui marchent debout ?


Ne sais tu pas, mauvaise herbe, que ce sont les insectes
qui mangent les fleurs ? Les bestioles mangent les insectes
Les fauves mangent les bestioles nous mangeons les fauves
Alors, créature contre nature ?  De quelle partie de l’enfer viens tu ?

 

Allez donc reprocher au tigre de manger la gazelle, fit la fleur
Et se replongea dans l’alchimie silencieuse de ses cellules ;
Les barbus entourèrent la fleur, en colloque sérieux,
Et après de nombreuses délibérations l’arrachèrent avec rage.

 

Ils la disséquèrent et l’auscultèrent, la mirent en pièces
Pour trouver le principe qui les faisait tant enrager et défiait leurs lois.
La recherche fut stérile et  ils l’enfouirent profondément.
Mais la peur nouvelle dans leurs coeurs ne se fit pas oublier.

 

L’histoire se rêve, se murmure, se répète,
La roue tourne, s’emballe, les mots ruissellent…
L’histoire gravée dans nos coeurs ne s’oublie pas,
Et à la faveur de l’oubli elle s’empoisonne…

 

Depuis la nuit des temps, Elle est la Séductrice
Danse mortelle de la sélection naturelle
Animalité qui dérange, et rêves refoulés
Messagère et piège d’un secret oublié.

 

Cette histoire est la sienne.

 

Fraîche demoiselle aux yeux d’émeraude,
Innocence dissimulant ses écailles sous son jupon
Peau de lys mais baiser putride, elle fait avec délice
D’un marécage son royaume de tombes.

 

Femme renard rôdant sous la lune,
Par le jeu de ses courbes de soie les vies se délient
Se délassent, et finissent en un coup de griffes.
Seule reste la neige fumante empreinte de rouge.

 

Danseuse lascive drapée de vapeurs de rêves
Dragons sinistres et mélodies lancinantes
Elle susurre au poète ses dernières visions
Et tisse un linceul d’ardeur et d’oubli.

 

La rousse au corsage défait qui hante
Le brouillard des anciennes histoires
La poupée qui s’échine le long des boulevards
Couleurs criardes jusqu’à la nausée

 

Trop aimée pour être haïe, trop utile pour être oubliée,
Malédiction dont on connaît le petit surnom,
Ou ombre grandiose dont le passé connaît les ravages,
Elle mène le cortège des idées les plus sauvages.

 

Boue grouillante, chaudron bouillonnant
Carnivore abysse d’obsidienne et osselets
Que déferlent les cascades microbiennes,
Et la matrice acide devient dévoreuse.

 

Les flammes s’élèvent la danse s’affole
Maudite sorcière cauchemar de nos nuits
Délivre nous du mal et ne nous soumets pas à la tentation
Pardonne nous comme nous…

 

Le reste est silence. Lentement, elle tourne et elle tisse
Ses pièges et ses appâts, ses douces saveurs vénéneuses
Ils disent elle revient chaque année comme la gale des blés
La prédatrice adulée dans les spirales du déni.

 

Au premier éclat d’indécence dans l’oeil d’une inconnue,
Sortent les torches, les pieux et les vierges de fer
Mais celle qu’ils croyaient capturer est déjà loin
La suppliciée n’est plus qu’une pâle poupée brisée.

 

Un sourire sanguin s’estompe dans la nuit
Ivre de vengeance repart en chasse
Elle est le fantôme des sanctuaires pillés
Morale très acide des contes trop réels, chère ironie du sort.

 

Elle est une peau qui s’écorche, une croûte de lave
Cri d’extase ou d’agonie
Funambule là où se rejoignent paradis et enfer,
Qui existent là où nous les créons, sur Terre.

 

Elle s’enfuit avec la fin de mes mots,
Toujours victime, toujours bourreau
Jeu stérile, prisonnière et symptôme
Pas d’échappatoire dans ce labyrinthe là.

 

Versant d’ombre et soeur damnée
De la cruauté de l’épée, l’une ne va pas sans l’autre
Déchirement de velours, impuissance transformée
À la force brute elle répond avec une malice implacable.

 

Invoquée sans cesse par les avides de pouvoir,
Décriée par les bien-pensants, elle fascine et dégoûte
Prise dans les tourbillons des siècles,
Coupée de ses racines, perdue.

 

Comme toute sorcière est une fée blessée
Son coeur d’animal en fuite est écorché
Mais résiste malgré tout à suivre les règles du jeu,
À cela elle préfère voyager dans les déserts de l’humanité.

 

Et elle y meurt, seule.
Mais renaît toujours.
Force de la nature,
Irrésistible.

……………………..

Qui imposa les règles et arracha la fleur sacrilège ?
Qui étouffa la danse de la vie dans un corset d’acier ?
Une idée bien triste du paradis, l’absence de changement
Et de la béatitude, l’interdiction de la connaissance.

 

Les cycles de la vie dansent et les ombres s’élèvent hautes
Les pulsations de la sève, l’incantation de la vie,
Les mystères mutiques de la mort, les brusques sursauts
Une vérité trop vaste pour être contenue dans un livre sacré.

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Ah soeurs comment vouloir purifier des eaux boueuses ?
Un temps viendra où elles porteront des graines,
Si elles cessent d’être piétinées.
Si elle se laisse guérir, si elle se laisse aimer.

 

Mais avant tout écoutez ses vieux os de combattante
Elle n’a pas parcouru tout ce chemin pour se laisser dompter
Son coeur féroce, son blason de fille de poussière
Son masque éphémère, portez les avec fierté.

 

Et en cercle, chantez, enterrez les avec tendresse.
Cultivez vos liens, qui vous rendent fortes.
Et vos ailes, qui vous font naître au monde.
Une lune après vous entendrez le son d’un miracle.

 

La Séductrice qui rit.
Et son rire fort et clair comme une cascade
Emporte avec lui les poisons et les fantômes.
Pouvoir enfin serein car chéri et accepté.

 

Maintenant elle est chasseresse, alchimiste, reine
Jeune fille en fleurs, mère aimante ou vieille sage,
Ses mains habiles créent et caressent mais au fond du bois
Les anciennes douleurs pulsent encore, comme un temple secret.