Une cabane lovée dans le feuillage… Ma tanière de sorcière au fond des bois. Mon boudoir… poudres,éclats de rire et élixirs. Esprits en ébullition, chasseurs de rêves, et visiteurs en tout genre, tissez vous dans ma toile …

Lieux magiques

Harmonie – Chemins de Lumière III

Voilà très en retard, ma participation à la troisième semaine des Chemins de Lumière mis en place par Valiel. J’ai vraiment bloqué sur ce thème, je voulais faire quelque chose à la peinture mais ça ne sortait pas. J’ai donc décidé de faire quelque chose de plus proche du Land Art, au final. Enfin bon, gros mots, c’est une offrande :

Simplement, pour moi, l’harmonie, c’est le lien avec la nature, les saisons… J’ai ramassé quelques feuilles, fleurs et fruits dans mon jardin, et je me suis dirigée vers l’arbre gardien de mon enfance, le cèdre immense qui se dresse au milieu du paysage chez mon père. Celui au pied du quel j’avais fait mon rituel de voyage vers la partie sombre, celui dans lequel je montais tout le temps petite, mon refuge où j’écrivais, me consolais et échafaudais mes plans. Avec le temps qui passe, les ronces rattrapant les branches du bas, le lieu ressemble de plus en plus à une cathédrale verte. La même atmosphère de majesté, de recueillement, mais ici je me sens à ma place, en sécurité et en paix. L’harmonie. Je laisse des offrandes aux esprits du lieu, je dépose mes offrandes en mandala, je le charge tout en chantant ma version préférée de la Witches’ Rune, et en me laissant traverser par la beauté du lieu et la joie simple d’être ici. Je me laisse aller contre l’écorce de l’arbre, ressentant sa force tranquille, parfait mariage du ciel et de la terre, et je le remercie pour tout ce qu’il m’a apporté.

 

 

C’est le rituel en lui même qui est ma contribution plutôt que la photo parce que j’avais besoin de quelque chose qui me traverse et m’imprègne, et que quelque part c’était un rituel qui tenait de l’art, j’avais envie de faire quelque chose de beau.

Avant de repartir, je récolte quelques petites branches et un côte pour mon autel. Puis je me retourne sans regarder en arrière. A chaque fois que je retourne visiter cet arbre, c’est une joie douce-amère, comme celle de revoir un ancien amour…je suis partie car ma voie était ailleurs, mais cet endroit reste un de mes lieux de pouvoir, qui m’a formée, et j’espère trouver la même force et beauté à l’endroit où je déciderai de jeter mes racines plus durablement.


Conte de deux cités


Je partage mes vacances entre deux villes, Bordeaux et Lyon, la vieille ou j’ai grandi et la nouvelle ou je fais mes études et mes familles sont partagées entre les deux. J’ai choisi de vivre à Lyon, et je sais très bien pourquoi, mais ce n’est pas ma terre, pas plus que l’endroit ou je suis née – pourtant ces deux lieux font partie de moi d’une manière différente.

J’ai toute une cartographie magique dans mon inconscient qui associe différents lieux à différents types de souvenirs et symboles. Bordeaux représente pour moi le passé, et Lyon, le futur/présent ; entre ces deux régions, l’énergie est extrêmement dissemblable. Ce sont deux pays différents, en réalité, au point de vue de l’esprit du lieu.

Raisons personnelles d’abord. Chez mon père bien sûr la maison est grande et propre et brillante, la vue est splendide et la vie est bien ordonnée – mais à Lyon c’est une maison où un bouquet de fleurs vous attend sur la table de chevet quand vous rentrez, le jardin déborde de tomates et d’herbes médicinales, des chiens et des chats en pagaille, et la nourriture on va la chercher à la ferme d’à côté. D’accord c’est le bordel, il y a plus de projets commencés que finis et des petites choses me tapent sur les nerfs, mais c’est une maison pleine de blagues salaces, de débats passionnés, de vie quoi ; et de beaucoup de tendresse. C’est quelque chose que mon père, lui qui disait que les gens de ma mère vivaient dans la merde, ne comprendra jamais. Je ne lui en veux pas –  je ne vais pas porter son héritage de petitesse d’esprit ! Il est doué pour maintenir une bonne image et c’est un héritage qui servira à mon ambition, mais seulement dans la mesure où elle me permettra de mettre en place mes rêves et en ne laissant jamais mon exigence devenir une sorte de permission de juger les gens. Surtout sur les apparences.

Alors, à Bordeaux, j’arrête de m’enfuir, je fais face à mon héritage personnel. Je n’en ai plus peur. Mon père est cynique et beau-parleur. D’une certaine manière je le suis aussi. Mais, douces mutations sorcières obliges, en fait, je me verrais plutôt sang-froid et conteuse. Il y a un héritage de cruauté dans la famille, c’est un fait, et quelque part je le suis aussi. Je ne crois pas en la transmission génétique, mais plutôt énergétique, des énergies de la famille et des ancêtres ; je crois que les histoires qui se sont déroulées plus haut dans la généalogie nous affectent toujours, si on ne les a pas réglées. Ce n’est du déterminisme que si on le laisse fonctionner en tant que tel. Alors je me regarde avec un oeil froid et je remercie l’équilibre de la vie : je suis plus empathe que cruelle. L’un ne va pas sans l’autre. Parfois cruelle avec moi même pour saigner à vif mon empathie – l’honorer – la vérité est parfois cruelle.  Les racines du mal et son remède : complète. Sans cela, il n’y a pas de beauté.

J’utilise mes faiblesses, ainsi que mes forces, comme des outils chers à mon coeur, et ici, j’apprends beaucoup. Je vois ce qui est bon dans l’éphémère. Je travaille, j’agis, simplement. Dernière phase de la stase. La terre de mes origines est une terre de fantômes, de marécages. C’est une frontière, une zone de terre sableuse et incertaine, logée au creux d’un fleuve opaque et boueux. La lumière est grise et brouillée, et les gens se cramponnent à leurs acquis. Sa beauté est dans la brume, dans la richesse du terroir, les chemins perdus dans la forêt, mais elle est insidieuse. Déprimante sans doute, pour ceux qui ne savent pas s’immerger dans la sensualité de la vie, et ils y sont nombreux. Le message de cette terre est : doucement vos plans s’enfoncent dans la vase, et je noie tout dans le flot épicurien de ma fange, noyez y vous aussi ou périssez. Le temps ne veut rien dire. Royaume du Lethe, le fleuve de l’oubli. Héritage amer, mais riche…

 

Je ne supportais plus cette atmosphère étouffante. Vers Lyon, terre de soleil, ville de lumière. Collines toscanes et sensuelles, prés verdoyants, vergers regorgeant de fruits, et à l’horizon, les Alpes majestueuses. Ici la terre est solide, et ne se dérobe pas sous vos pieds, et les gens sont francs et fiers. La vie est bonne. La campagne est canon, et la ville est lumineuse, colorée, altière et tranquille, – la vie est réelle. On respire à grandes bouffées. Les saisons sont très marquées et toutes sont un délice – l’hiver sec et neigeux, l’automne flamboyant, l’été fertile. Parfois, c’est par choc et à coups, il faut bien s’accrocher, la vie peut être rude. Mais en vaut la peine. Il faut s’affirmer, s’affiner, faire face au défi. Plus difficile à apprivoiser, la nature par ici. Elle vivifie les sens. Ici je travaille efficacement, je prends de la distance pour m’envoler. Je vois, de manière plus lucide et vis plus intense.

Mais, la Roue tourne et il est temps encore, de me poser plus loin. J’aime, apprendre à connaître de nouveaux horizons, me laisser enchanter et toucher et changer. Je sais trouver la beauté là où je me pose, maintenant. Je suis une fille de deux cités, bientôt trois, et mon coeur s’agrandit à chaque fois que je déménage !


Voyage sur les terres de Skaði (II)

( Ce qui suit est mon expérience personnelle uniquement, cela va sans dire, et n’a pas prétention à être une référence. )

Quand j’ai pris son nom pour nom de sorcière, je ne savais pas qui elle était. Je cherchais un nom pour représenter ma partie sombre, et j’ai trouvé un personnage dans les livres de Pullmann A la croisée des mondes, Ruta Skadi, une reine des sorcières du Nord terrifiante et splendide. J’ai senti une connection avec le nom avant même de savoir qu’il s’agissait d’une déesse. J’ai porté son nom alors, pas tout à fait en connaissance de cause, mais je ne le regrette pas. Mon intuition a porté ses fruits. Lorsque j’ai lu son histoire, c’était comme une part de moi même qui tombait en place. Elle correspondait tout à fait à cette force sombre que j’avais ressenti en moi-même, de sauvagerie, d’orgueil et d’immobilité glaciale.

Alors ce n’était pas exactement une manière facile de commencer une relation avec une divinité, trouver le point d’approche dans ce que j’avais de plus sombre et désespérant. Elle faisait partie de moi, mais en même temps c’était une force de la nature extérieure, bien réelle. Petit à petit j’ai senti qu’il y avait  comme une présence à mes côtés, quand j’agissais, une présence en moi de sa part, mais distante, qui me surveillait et probablement ne me trouvait pas prête et trop jeune. Elle est revenue à moi, pendant une méditation runique sur la rune Wunjo, pourtant rune du bonheur, de la joie et du plaisir physique qui de prime abord n’a pas l’air d’avoir grand chose à voir avec Skaði. Mais en fait, cette méditation m’a emmenée vers des montagnes glacées, et en dessous, dans le ventre de la terre, dans des cavernes noires, immenses, traversées par des rafales de vent, et là je voyais des corbeaux qui dansaient, virevoltaient, et une grande rune Wunjo, en pierre, autour de laquelle je dansais, m’accorchais, tournoyais suspendue à l’envers. Au dessus je voyais le visage de Skaði, immense, aux yeux violets, un sourire aux dents bien acérées et une expression de joie quasi-extatique sur le visage, et je me souviens d’avoir ressenti une joie exhilarante, débridée : la joie du sauvage à l’état pur. La liberté, primale, et aussi une sorte de vertige délicieux et débridé, mais dans un sens très pur – un peu comme si vous aviez respiré trop d’oxygène, ou pas assez.J’entrevoyais là un côté beaucoup plus attirant de Skadi, quasi-hypnotique. Cela m’a vraiment surpris, mais c’était une sorte de talisman aussi, pour moi qui ai toujours eu du mal avec cet aspect de moi même.

Et puis en février dernier, nous sommes partis au ski, avec mon père et ma soeur. C’était donc le moment idéal pour travailler sur ma relation avec ma patronne…Le ski, j’aime beaucoup, mais le ski ne m’aime pas, vu que j’ai une coordination dans l’espace hum…pas terrible.

J’écoutais Wake Skadi sur le chemin aller pour me mettre dans l’ambiance. Ah, les Alpes ! C’est vraiment très très beau ! A midi avant d’aller sur les pistes, je bois quelques verres de vin. Tout juste pompette, mais je tiens bien sur mes jambes, quand même. Et au début, ça me fait peur, mais ensuite…c’est de mieux en mieux, l’ivresse de la vitesse me prend doucement, je tourne et je maîtrise, c’est génial ! Le soir tombe peu à peu et il n’y a pas beaucoup de choses plus belles, à mon avis, que le crépuscule à la montagne, lorsque le ciel se teinte de violet et de rose, une légère brume capture les dernières lueurs, le blanc est flamboyant…

Je remercie ma Déesse pour ce beau cadeau. Mais ensuite, je déchante. Tout d’abord, on est dans une station ultra-luxe, bling-bling, avec des Russes qui distribuent des pourboires de 20 euros, des VIP au teint carotte, une fausse ambiance ‘chalet’, des vitrines Chanel et Valentino, des casinos…bref, à l’opposé exact de ce que Skadi représente. Et tout ce bruit, le côté clinquant, je trouve ça…irrespectueux, j’aimerais que la montagne soit un sanctuaire. Bref, j’étais déjà bien énervée. Le deuxième jour, j’ai des crampes partout. Pas très sportive, et dormi sur un lit tout dur. Hmm… Je tombe, une fois, deux fois, trois fois, et le pire ce n’est pas la douleur ( rouler dans la neige, c’est limite marrant…) mais la honte. Mon père, derrière moi, me donne des conseils évidents, comme si j’étais une gamine légèrement retardée – comme si souvent… Le deuxième côté de Skadi : elle est dure envers les orgueilleux. Exaspérée, je dis à mon père de me ficher la paix et je finis la piste à pied. Clairement, quelque chose s’est bloqué. C’est physique – mes muscles ont du mal à tenir, je ne fais plus trop confiance à mon corps – tout autant que psychologique. La voix de mes parents envahissent ma tête – on le savait bien, tu es nulle, peureuse, lâche, quand il s’agit d’agir, il n’y a plus rien…et là, hop, je tombe.

Plus tard, je me force à recommencer cette piste et à la finir. Je chantonne entre mes dents, un air de jazz ( aucune idée d’où ça vient ça …) Doucement, je m’acharne, je reste concentrée malgré le fait que ça fait vachement mal. J’ai envie d’être digne de Skadi. Le lendemain, ça va un peu mieux, jusqu’à ce que les acharnés de la performance m’entraînent sur une piste plus difficile et là je bloque de nouveau. Alors je m’installe à une terrasse au sommet, j’attends et je médite, dans un transat. Des vieux souvenirs remontent à la surface. Petite, j’aimais bouger, grimper dans les arbres et courir. Que s’est il passé ? Encore la faute à papa et maman, j’imagine ^^ Mon père me mettait bien des claques pour que je remonte sur mon vélo. C’était un acharné qui allait à sa salle de gym deux fois par semaines. Ma mère, elle, était capable de marcher 4h d’affilée, qu’il pleuve, grèle ou vente, et elle me forçait souvent à venir avec elle. Une fois, même, alors que j’étais clairement malade, et à l’arrivée j’ai vomi partout sur la place du village. Chouette. De quoi aimer le sport. Réaction classique : je cours dans l’autre sens.

Mais alors que ces souvenirs me reviennent, je sens que Skadi – qui ne me parle pas mais qui EST là, tout autour, comme une sorte de champ de force, et plus encore sur les sommets immaculés, ne comprend pas grand chose à ces petits problèmes humains. Elle est là, éternelle, grande et parfaite, comme un aimant qui m’attire ; elle est la force qui me poussera à viser haut, avec moi dans mes moments de grandeur, de puissance ; pure aussi, elle n’a rien à faire des doutes et des petites vanités humaines. Elle est comme l’avalanche, une force qui renverse tout sur son passage, et à ce moment je me sens trop petite et trop fragile et humaine pour cette énergie là. Qui pourtant, fait partie de moi. Elle est mordante comme le gel, et inspirante, et inflexible.

Je me relève. Le lendemain, m’ayant abandonnée comme définitivement nulle, mon père et ma soeur sont partis braver les pentes raides, et moi, tranquille, je fais la piste que j’aime le mieux, qui serpente à travers la forêt, fait face au Mont-Blanc. Je me dirige vers l’endroit que j’avais repéré la veille et qui sera parfait pour faire mon rituel.  Je me défais de mes skis, que je planque derrière un arbre, et je monte, en haut de la piste, vers les arbres. Je monte et monte encore, pour me mettre à l’abri des regards, et là dans le fond, je vois un petit troupeau de chamois qui s’enfuit, comme un signe. Arrivée là où ils étaient, je trouve un petit sapin tout jeune, éclairé par le soleil. Je fais mon rituel à son pied, un rituel tout simple, car j’ai l’impression que Skadi n’aime pas les dévotions trop compliquées ou ornementées.  Je chante l’invocation, plusieurs fois, avec une voix grave, et ma perception bascule.  Je suis devant la Dame, comme je suis, et une partie de moi dit que je ne suis pas digne, mais je tente le tout pour le tout ; je demande humblement son patronage.

Alors la Dame ‘dit’ ( ou en tout cas c’est ce que je ressens des énergies reçues ) : tout ça, ce sont des bêtises, tu es en chemin sur Ma voie, tu es plongée dans la nuit, et cela est nécessaire pour que tu grandisses . La Montagne ne se gravit pas en un jour. Ce qu’il faut, c’est que tu comprennes, et que le changement s’enracine en toi jusqu’au plus profond. Alors, lance toi et arrête de chouiner. La route sera longue et pénible et difficile, mais tu l’as choisie. Mes filles doivent avant tout s’appartenir à elles-mêmes, et ne s’aplatir devant aucune divinité, ou édit extérieur. Tu es prudente, c’est bien, car ici, c’est dangereux, un pas de trop et on tombe. Tu n’es pas prête pour chasser sur mes hautes terres, mais je vais te préparer. 

Et la Louve Blanche sourit. Je verse du vin en offrande, du pain aux épices – ce que j’ai pu trouver de moins compliqué, de la nourriture de survie. En offrande sur la terre. Et il y a une dernière chose : une petite boîte que je n’avais pas spécialement l’intention de laisser, mais finalement je comprends bien que telle est sa place. Mon premier sort : vers treize ans, j’avais rencontré une biche prise dans le grillage, totalement paniquée, et j’ai dû lui faire encore plus peur ; finalement, elle s’est enfuie, laissant des poils ensanglantés sur le barbelé, et j’avais recueilli ces poils et dit une prière pour elle. Avec les années, je l’avais trimballé partout. J’avais énormément d’empathie pour elle, je m’y identifiais, la proie terrorisée et gracile, toujours en fuite. A cet instant, le signe était clair : j’abandonnais la boîte. La Chassée devenait Chasseresse. Mais la Dame me soufflait toujours à l’oreille : N’oublie jamais que les deux sont liées ; que même la montagne respire et un jour, sera réduite à la poussière. Plus l’ambition est grande, plus l’humilité doit l’accompagner. Sinon, l’équilibre est rompu, et j’avale les idiots dans mes précipices. Cela commence ici : connais tes forces et tes faiblesses. Observes et grandis. 

Le dernier jour, au matin, me voilà sur le sommet d’une montagne, face à un col flamboyant, prête à me lancer encore dans une descente, quand j’ai une épiphanie : mais qu’est ce que je fous là ? Je n’aime pas la vitesse excessive. J’ai des crampes partout. J’ai une dangereuse fascination pour le vide. Je suis en train de m’acharner pour faire plaisir à mon père, alors que je réclame depuis le début de la semaine une balade pour pouvoir enfin profiter du paysage splendide. C’est ridicule. Je descends tranquillement la piste, je dis à mon père ébahi que je vais me balader et que je les retrouverai le soir à l’appart. Peut être, un jour, que j’aimerai le ski, quand j’aurai la préparation physique nécessaire, et quand je ne ferai plus ça pour prouver quoi que ce soit à qui que ce soit. Et il y a d’autres manières d’apprécier la montagne. L’escalade, par exemple. La conquête lente du sommet. Ca, c’est plus mon truc, déjà. Mais être dure avec soi même, de façon inutile et gratuite, ce n’est pas être digne de Skadi, c’est être stupide et gaspiller ses ressources. Choisir des objectifs qui en valent vraiment la peine, voilà une première leçon.

Une dernière fois, je prends le téléphérique pour me retrouver face au Mont-Blanc, le sommet le plus haut, et je me trouve l’endroit parfait pour un dernier rituel. La vue est saisissante :

Avant d’en arriver là, j’ai du me rouler dans la neige et m’accrocher aux branches pour ne pas tomber dans le vide, comme une vraie sauvageonne. Là sur mon petit promontoire dans le cocon d’arbres, je fais une visualisation libre après avoir invité Skadi de nouveau. Etrangement, c’est un renard qui apparaît pour me guider. Sur des fonds d’aurore boréale, il me montre mon cadeau : c’est une sorte d’étrange mécanique autour d’un coeur qui bât, avec des aiguilles très fines. Il me dit que c’est un instrument qui sert à voir les limites des mondes et à travers eux, et de me servir de leurs forces,  et que c’est mon don naturel. Ensuite, l’instrument est absorbé dans ma poitrine au niveau du coeur, et je reviens. Assez perplexe, je continue mon rituel en consacrant un pendule à Skadi, en cristal, qui ressemble à un morceau de glace. Je la remercie de veiller sur moi.  Je n’ai pas envie de clore, la force sauvage de la nature autour moi semble plus vive, elle m’entoure et me baigne, et je suis heureuse. Mais je ne peux pas rester ici à l’année, alors je fais mes offrandes et je repars.

Trois jours plus tard, mon pendule me glisse des mains et se brise. Pas le bon moyen de communiquer alors. C’est une route difficile qui m’attend, je le sais. De nombreuses fois, l’énergie de Skadi est trop dure et pure, je ne sais pas quoi faire avec, elle me brise le dos. Pourtant, il faudra bien que je m’en serve. Si elle me l’a donnée, ce n’est pas pour rien. On dit souvent que Skadi n’aime pas les hésitants et les faibles et ceux qui gémissent. Pourtant, je suis faible parfois. Je suis humaine, après tout, je ne me le cache pas, et je fais de mon mieux pour avancer. Je crois que ce qu’elle déteste le plus, ce sont les menteurs, ceux qui se mentent à eux-mêmes, les fanfarons, les traîtres. La Dame est solitaire, et pourtant, elle est aussi l’esprit de la meute, qui doit s’entendre pour survivre. Son courage n’a rien de grandiloquent : son courage est efficace, froid et silencieux comme l’hiver. Mortel pour celui qui n’est pas préparé. Sa leçon, pour moi, est que trouver et suivre sa propre Vérité, sa propre nature, et lui être fidèle, est essentiel pour survivre. Elle est un aspect de la femme sauvage, qui peut faire peur, qui est étrange, qui ne fait pas de compromis. Elle pulvérise les illusions et ce qui n’est pas nécessaire. Elle ne fait pas de cadeaux, mais elle est aussi celle qui protège la terre pour qu’elle se régénère ; elle peut aussi se montrer attentive, pleine d’une tendresse parfois un peu brutale…Elle a un sens de l’humour assez particulier. Elle se retrouve aussi dans l’ivresse de la vitesse, de la chasse, des hauteurs et des profondeurs, la soif de la justice, la passion froide et déterminée. Indépendante, mais jamais frigide ou effrayée. Féroce, et souveraine sur ses terres chéries. Brillante et sombre à la fois, une clarté obscure à couper le souffle, une trace fugitive sur la neige, toujours en avance sur ceux qui essayent de la suivre…

Pour revenir à la Croisée des Mondes, il y a un passage qui m’a toujours beaucoup fait penser à Skadi. L’héroïne est assise dans un ballon dirigeable qui survole l’Arctique, et dehors, à côté, il y a une sorcière qui vole, sur sa branche de sapin. L’héroïne lui demande si elle n’a pas froid, car elle ne porte que quelques voiles noirs. La sorcière répond que, si, elle a froid, mais que si elle s’habillait plus, elle ne sentirait pas le picotement de l’Aurore  sur sa peau…


Cadeaux de fin d’été

Un des avantages d’être païenne, c’est qu’on trouve très vite des charmes aux saisons qu’on n’adorait pas particulièrement avant.

Vous voyez ce que je veux dire, le jardin regorge de fruits – pêches, tomates, mûres, poires, pommes – le soleil se fait plus doux ….

Le pentacle en épis de blé est une idée que j’ai trouvée dans Crafty Witch de Willow Polson. C’est assez simple en fait : faire tremper les tiges de blé dans de l’eau pendant assez longtemps, puis, avec précaution, on les tresse. Ensuite, on les fixe sur un cercle en bois avec ficelle, colle et fil de fer, les épis de blé cachant les extrémités ( fixées dessous ) des autres branches du pentacle. On vaporise un peu de laque ou on met un peu de vernis pour tenir plus longtemps, et on décore avec des rubans.

En ce moment, je suis actuellement lancée dans la préparation de sachets magiques. C’est amusant à faire, demande de l’attention, un peu d’énergie lunaire, un peu d’affection. En bref, c’est génial. Je suis une vraie kitchen witch en ce moment, et ça fait du bien. J’apprends à apprécier les petites choses et le plaisir des jours qui se la coulent douce.


Irlande…

Voilà, je suis de retour. Enfin… pas tout à fait j’ai l’impression parfois. Triste depuis que je suis rentrée.  On a qu’a dire que je suis pas encore remise du jet-lag. ( oui, une heure de décalage horaire, très dur ) Ou alors que j’ai laissé une partie de moi même dans la lande, avec les fées…

Voilà quelques petites photos pour commencer :


Couleurs de mai

Feu d’artifice

Autel

Saison des amours

Sous la canopée

Le pacte

Merveilles


Une semaine de paradis au vert…

Une semaine à cheval, dans les montagnes du Bugey, près du Jura…Nous avons un ranch favori, là-bas, tenu par une chilienne ; ce fut un vrai coup de coeur dès la première fois où nous sommes venus : des chevaux à l’indienne, vifs, rapides, intelligents, le vent de la montagne, les perles pour orner les selles bien entretenues…et la patronne a toujours un sourire dans les yeux, même lorsqu’elle nous réprimande de ne pas savoir tenir nos chevaux. Cette fois, on est partis pour cinq jours…et puis c’était ce dont j’avais besoin, je crois, après une année de stress, à mijoter derrière mes écrans, de me décrasser les poumons au vert, au contact des chevaux. Le début est toujours un peu difficile, ankylosé, mais une fois qu’on s’est dérouillé, c’est un bonheur incroyable. Il faut surtout apprendre à faire confiance au cheval ; on ne peut pas lui imposer notre volonté, il est bien plus lourd que nous de toute façon… il faut se débrouiller, rester calme, maîtriser sa peur que l’animal ressent encore mieux que nous même, parce qu’on en est responsable. Et puis que voulez-vous, les nuages de papillons qui s’élèvent des  hautes herbes lorsqu’on les traverse, les framboises sauvages que l’on cueille à la descente du cheval pour le goûter, le galop à travers les sous-bois, on s’y habitue vite. En club, l’équitation, c’est des histoires de tourner en rond, de mater le cheval, du travail à la chaîne… Ici, on prend le temps de construire une relation avec notre monture. La mienne,- comme par hasard – est têtue comme c’est pas possible, du genre à toujours rechercher les emmerdes, mais absolument adorable, et toujours volontaire. Je dois être ferme, patiente, attentionnée, décidée, toutes ces choses qui me posent un problème en temps normal, et je dois travailler ma souplesse. Et comme par miracle, j’y arrive, je redresse mes épaules, je suis le rythme du cheval, et je serai prête à aller au bout du monde avec elle..

Quelques petites photos : 

 DSCN1988 Ma petite jument chérie…

  Je me suis embrouillée avec elle vers le milieu du stage, mais  comme  le dit la patronne avec son accent inimitable :  » En  amour, ma chérie, on n’est pas toujours d’accord… » 

 

 

 

 

 

DSCN1878  Chèvrefeuille , beau paysage…et puis ce fil électrique qui      gâche tout. Mais bon, ça sent tellement bon…

 

 

 

 

 

 

DSCN1891 Ma selle de cow-girl, la vraie selle américaine, la vraie classe, mais en fin  de compte, elle est quand même beaucoup plus lourde, chiante à mettre, et  à la fin de la semaine, je suis contente de revenir à une selle normale…j’ai  pas encore la carrure d’une vraie dure ! Tant pis pour la frime…

 

 

 

 

 

 

 

DSCN1919   Le dessert, comme la salade et les courgettes,    vient entièrement du jardin , ou presque…

 

 

 

 

 

 

DSCN1957 Bien sûr les fleurs, partout, de toutes les couleurs, bleuets,  coquelicots, et la plupart dont je ne connais pas le nom,  certaines qui sentent le miel…

 

 

 

 

 

 

DSCN1965 Pour une fois que j’ai réussi à photographier un papillon,  c’est un miracle !

 

 

 

 

 

 

DSCN2013  La photo vous parait floue ? Ben, c’est normal : la file vient  de partir au galop à l’improviste, alors que je voulais faire de  jolies petites photos des frondaisons. Donc la cruche-  touriste , dans ces occasions là se cramponne à son appareil  du mieux qu’elle peut, essaie d’éviter les branches, et elle  survit, et comme par magie !  son  appareil aussi…pour un  peu,  je me ferais cascadeuse… j’ai même des blessures de  guerre  –  à cause d’une branche qui, elle,  était vraiment trop  au milieu  du chemin  !

 

 

DSCN2033 Dernier jour, et la pluie nous tombe dessus, mais il faut bien  qu’on rentre.Il n’est pas tard mais on se croirait au crépuscule  et la forêt devient un lieu très inspirant – d’autres diraient  inquiétant, avec une lumière diffuse, verdâtre, et des débuts de  brouillard, les vapeurs qui se dégagent de nos chevaux  bouillants, le bruit de la pluie, tout est vert, partout. On est  transis de froid, trempés,crevés, couverts de boue, mais il faut  bien qu’on rentre, alors on part au galop sous la pluie  torrentielle et c’était génial.Un moment comme ça, ça ne  s’oublie pas…où on se sent si entièrement vivante, cette  course effrénée, sauvage, à travers les bois, c’est un cadeau de  la Déesse.


La forêt de Vallin

1er mai, journée de Beltane, je suis de sortie avec ma famille, dans un havre de paix et de verdure, la forêt de Vallin dans l’Isère. Vous venez avec toutes vos ombres et vos petits soucis, vous repartez léger,posé, et la tête bien aérée… je suis sure que vous connaissez des endroits comme ça,mais celui ci a une vraie légende- les gens disent que c’était un site druidique,je ne me suis pas renseignée, mais si c’était le cas, cela prouve qu’ils savaient bien  choisir leurs lieux de rendez-vous ! Je vous livre mon petit reportage-photo…

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  En contrebas, un ruisseau qui fait cascade à plusieurs endroits.

  Je purifie mes bijoux et je trempe mes pieds dans l’eau glaciale

  Avec mes soeurs, on lance des fleurs dans l’eau et on regarde le courant      les emporter…

 

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         Le lac et les    ruisseaux rouges

 la lumière laiteuse et  le reflet des feuilles  dans l’eau…et les  arbres recouverts de graffitis …il y a même un message sur post-it…

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     Un bouleau blanc dans la forêt

      C’est un labyrinthe de chemins dans la verdure, où on croise des couples      qui font des câlins aux arbres et des vieilles mamies … je me sens         comme un poisson dans l’eau ici, toutes mes inspirations resurgissent…

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Au sommet de la colline, se trouve un petit espace dégagé, avec un énorme chêne sur le côté, où se trouve d’après les connaisseurs, un noeud tellurique. Pour y arriver, il faut faire la queue ou presque : un magnétiseur, ou un petit groupe de femmes âgées, c’est presque un lieu de pélerinage. Quand j’y arrive, je m’assois simplement au pied de l’arbre avec ma soeur et je laisse couler toutes mes préoccupations qui se dissolvent dans le sol.

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 Une des bosses du chêne, polie par les mains de tous les visiteurs venus  remercier ou juste toucher « le roi  » immémorial dans sa simplicité  majestueuse…

DSCN1449       Un peu plus loin, un fauteuil de  pierre baigné de lumière. Assis ici, on s’élève au dessus de la forêt …

 

 

 

 

 DSCN1359   la flore est  incroyablement  diversifiée :  lamiacées, ail  sauvage, violettes,  menthe, anémones  des bois, boutons d’or,valériane, saules, peupliers, bouleaux,  tilleuls, chênes…et des centaines d’espèces dont je ne  connais pas le nom .

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                                             Ah, le soleil du soir et le chant du vent dans les hautes herbes…