Une cabane lovée dans le feuillage… Ma tanière de sorcière au fond des bois. Mon boudoir… poudres,éclats de rire et élixirs. Esprits en ébullition, chasseurs de rêves, et visiteurs en tout genre, tissez vous dans ma toile …

Réflexions

Communauté(s) Païenne(s)

Me voilà de retour en France, à la campagne pour le moment. Amsterdam me manque sérieusement, j’essaie de m’occuper comme je peux…et c’est un bon moment pour revenir un peu sur mes expériences dans le milieu païen. Cela fait longtemps que j’accumule des idées pour cet article, des réflexions qui me sont venues en côtoyant régulièrement une communauté païenne dont l’ampleur dépassait tout ce que j’ai pu connaître auparavant.

Par où commencer ? C’était tellement riche en apprentissages… Mon année à Amsterdam a eu deux impacts majeurs en ce qui concerne mon rapport à la communauté païenne, qui peuvent apparaître comme contradictoires : d’un côté, une certaine désillusion. De l’autre, une gratitude profonde pour certaines personnes qui m’ont permis d’avancer considérablement, et une envie de travailler pour rendre un peu de ce que j’ai reçu et apporter ma pierre à l’édifice.

Désillusion…il faut dire que avant d’arriver j’étais toujours un peu cette débutante naïve avec des étoiles dans les yeux qui croit que le monde païen est un merveilleux royaume fait de gens géniaux, d’amour et d’inspiration divine…et faut il me blâmer ? Jusque là la plupart de mes rencontres païennes avaient été incroyables – au pire, j’avais rencontré quelques individus un peu bizarres sur les bords, mais rien de dramatique. Mes rencontres IRL se limitaient aux filles du cercle des Tisseuses, à quelques païens sur Lyon, et aux filles de la Rencontre intercercles de 2010 à Paris – un monde restreint et douillet, sans doute parce que le mouvement des cercles de femmes n’attirent en général pas les gros cas, et favorisent les liens profonds et la sororité.

A Amsterdam, je suis tombée dans le grand bain. Et j’en suis venue à une conclusion assez pessimiste…Une grande majorité de gens qui circulent dans le milieu du paganisme moderne sont là pour prendre. Ils vont à des évènements, grappillent un peu de ce qui les intéresse, échangent des commentaires désobligeants sur le païen d’en face et les derniers ragots, critiquent l’organisation et la façon dont les rituels sont tenus juste assez fort pour que tout le monde les entende mais assez bas pour que ça ait l’air d’une conversation privée, puisqu’ils ont pas les couilles de le dire tout haut, et rentrent chez eux. Voilà ce que j’ai vu, beaucoup. J’ai aussi vu à l’oeuvre des personnalités charismatiques qui se comportent comme des nouveaux messies, comme si le respect leur était du par le simple fait de toucher terre avec leurs pieds. J’ai rencontré des gens qui correspondaient au parfait cliché du new-ageux niaiseux et suffisant. J’ai rencontré pas mal de jeunettes qui prenaient ça comme un hobby du week-end. J’ai rencontré des gens incapables de respecter des simples notions de savoir vivre, de politesse et d’hygiène. J’ai rencontré des gens un peu paumés prêts à croire le premier baratineur, et des gens tellement nombrilistes et fermés que tout échange est impossible.  J’ai vu les profondes rancœurs et divisions qui partagent le milieu.

Mais le plus décevant ce n’était pas ça. C’était le manque d’inspiration, le manque de souffle, le manque d’enthousiasme. Le manque de passion, de talent, le manque d’ardeur au travail. Les gens sont blasés, ils s’attendent à ce que cela leur tombe tout cuit dans le bec. Sans ces choses là, on n’est pas prêts à aller loin, en tant que mouvement spirituel. Cela se résume bien dans les propos que j’ai entendu dans la bouche d’une wiccane lors du rassemblement PFI : « vous voulez dire qu’il s’agit seulement de célébrer  la communauté ? Si c’est le cas, vous pouvez aussi bien faire un barbecue. » Oui, l’idée de communauté est vue comme routinière, bassement organisationnelle, peu spirituelle au final. Avec mon amie B., on se disait que c’était un des symptômes les plus aigus qui illustrent les problèmes dans la communauté païenne moderne – cette incapacité à voir l’importance de la communauté, à voir plus loin que son propre bout du nez, et surtout à flotter toujours dans les nuages sans s’occuper des questions plus terre à terre. C’en est terriblement rageant. Une moitié des païens croit que c’est normal, les forums et les évènements, et tout ce qui se passe, ils agissent comme si c’était de l’acquis, quelque chose qui leur est dû, et qui ne les concerne pas autre mesure, et l’autre est tellement énervée par la première moitié qu’ils jurent ne plus rien en avoir à foutre. C’est dommage ! Oui, je conviens que pas tout le monde peut consacrer sa vie au paganisme, mais la moindre des choses, c’est d’avoir un peu de respect, de considération pour ceux qui se démènent, et d’essayer de rendre un peu de temps à autre. De se rendre compte que ce n’est pas possible d’exister purement tout seul en tant que païen. Rien que la possibilité de se renseigner sur Internet, de trouver des bouquins, c’est dû au travail acharné de certaines personnes.

En attendant, B., une femme d’affaires avec les pieds bien sur terre et mère d’une petite fille, a décidé de prendre les choses en main et d’organiser avec son mari des journées de parentage païen, avec des activités organisées pour les enfants comme des promenades à travers les bois accompagnées de contes, des échanges entre parents, par exemple, sur comment expliquer les choses aux enseignants de leurs enfants lorsque ceux ci font une sortie sur Odin à Noel  ( exemple véridique ^^ trop chou ), la création d’un prospectus d’information… Z. continue de maintenir son temple à la Déesse, créant un véritable havre de paix ouvert à tous, et anime des cérémonies régulières, ainsi qu’un café païen permettant à tous de se rencontrer. C’est de ce genre d’initiatives dont on a besoin, et qui donnent espoir pour le futur. On en vient à la deuxième chose dont je voulais parler : la gratitude.

Car oui, le milieu païen a beau être un peu pourri quand on y regarde de plus près, il y a des sacrés perles là dedans. Il y a un potentiel énorme, qui n’est pas mis en valeur, par manque d’organisation, de réflexion, je ne sais pas. Peut être parce que beaucoup de gens se plaignent mais ne font rien. Ah, je sais c’est pas facile, il y en a plein qui essaient et qui se prennent des murs ! En ce moment, chez les Tisseuses, on rencontre ces mêmes foutus problèmes d’organisation, et même avec la meilleure volonté du monde, ça crée des tensions !

Peut être qu’on est trop idéalistes. On rêve d’utopies, on garde au chaud nos espoirs de païens débutants, et on est trop déçus lorsque cela ne correspond pas à nos attentes, on abandonne. Je dirais plutôt que c’est bien, de rêver, au départ, mais vient un moment où il faut construire. Revenue en France, j’ai envie d’agir. On en parlait avec L., avec qui j’organise le tout nouveau Café Païen Lyonnais et il disait – et je suis oh combien d’accord – le paganisme, c’est plein de communautés diverses, mais on n’est pas obligés d’être d’accord sur tout, on n’est pas obligés de ritualiser ensemble, on n’est pas obligés d’être les meilleurs potes, mais on n’est pas assez nombreux pour s’arracher les cheveux comme on le fait. On a des enjeux en commun. Il nous faut trouver une façon d’accommoder cette diversité. Sinon, le paganisme risque de se réduire pour toujours à de petits groupuscules qui s’agitent dans leur coin. Donc, bon, voilà je vais continuer à organiser des choses.

Si il y a une chose que j’ai apprise, c’est qu’il ne faut pas faire de quartier avec les cons, parce qu’il y en a beaucoup dans le milieu, un petit énervement de temps en temps c’est sain et légitime, et les ignorer simplement si ça demande trop d’énergie, c’est tout aussi légitime. Parfois, la tolérance va trop loin, on croit que tout doit pouvoir passer ? Désolée, pas chez moi. Mon paganisme je l’aime sans cruche, sans haine, sans gros lourd facho dedans. Je vais pas m’excuser de taper un peu sur la tête de ceux qui l’ont mérité avec des mots légèrement sarcastiques qui pourraient blesser leur égo. Parce que je me dis que certains comportements invitent le ridicule, c’est tout. ( dédicace spéciale aux Spirettes qui font un art du pourfendage de troll ^^ ) Je vais pas me taire et laisser ce genre de gens réclamer toute l’attention en ce qui concerne le paganisme.

Je peux pas dire aux gens quoi faire, même si mon gourou intérieur aimerait bien lol. Donc je vais me concentrer sur les perles que je rencontre sur mon chemin, je vais chérir ces relations, et en ce qui concerne le reste de la communauté, je vais agir plus comme s’il s’agissait de business, de travail, je me blinde petit à petit, afin d’être efficace. Pas besoin de faire de tous ceux que je rencontre mes meilleurs amis pour toujours ^^ Je ne laisserai personne me défaire de mon enthousiasme. Le paganisme c’est un peu comme tous ces intérêts assez cool et avant-garde qui attirent tout un tas de neuneux dès qu’ils deviennent plus célèbres, mais ça les rend pas moins cool et avant-garde pour autant, si on sait où on va.


Le monde merveilleux du fait-main païen

Déja, je vais commencer ce post en disant que Morrigan organise un concours ( expliqué ici :http://laboratoire-sortileges.blogspot.com/2011/05/concours-de-litha-d.html ) pour contribuer à lancer sa boutique en ligne que vous trouverez ici : http://www.alittlemarket.com/boutique/laboratoiredesortileges-62506.html

Si je lui fais de la pub ce n’est pas seulement parce que j’ai envie de gagner le concours 😉 mais parce que j’ai eu un véritable coup de coeur pour certaines de ses créations, un style simple, raffiné et naturel, à la fois brut et poétique : tout ce que j’aime. Je vous montrerai mes acquisitions bientôt.

Mais tout n’est pas si rose dans le monde merveilleux des artisans païens. La concurrence est rude. Hum, il y a aussi des boutiques qui font un peu…comment dire…de la peine, car si on sent clairement la bonne volonté de la personne, cela ne suffit pas pour vendre, il faut aussi être un minimum exigeant avec soi-même. Je ne dis pas que ces personnes devraient arrêter, mais sérieusement, réfléchir à ce qui fait l’originalité de leur boutique, l’attrait ‘en plus’ de leur produit, travailler plus sur le look, la présentation, la description…la qualité…Désolé mais c’est le commerce et pas le pays des gentilles licornes, et on ne vend pas uniquement avec des bons sentiments. Bon mais c’est pas méchant, hein. Je dis juste que ce marché est de plus en plus encombré et il faut voir les choses en face.

Par contre, il y a quand même des gens qui sont pas bien dans leur tête pour oser vendre certaines choses. Par exemple. Vous connaissez Etsy ? Le paradis pour certains, et c’est ce que je pensais au début. Avant de mettre les pieds sur Regretsy, un site méchant mais méchamment drôle, et j’ai déchanté pas mal. Allez donc voir : http://www.regretsy.com/2011/04/07/10-things-i-cant-believe-someone-bought/. Et c’est pas tout, en plus de gens qui sont clairement louches il y a aussi des revendeurs :  http://www.regretsy.com/2011/05/02/your-etsy-content-team-at-work-update/ ( cette histoire m’a déprimée d’ailleurs. ) Bon, bref, faites attention quoi. On va dire qu’avant de trouver des perles, il faut trier à travers beaucoup de merde, parce que c’est un filon lucratif : puisque c’est « fait main » les gens sont généralement prêts à payer plus cher. Le site n’est pas spécifiquement païen mais il y a une certaine tendance à que la connerie s’entrecroise surtout avec l’idée louable à la base que toute expression créative a de la valeur, d’accord mais de là à le vendre, c’est un autre monde. Et puis un tout petit peu d’auto-critique, ce n’est pas si mal non plus.

Quand même on trouve de bonnes affaires. Voici ma petite bolline en corne de cerf que j’ai trouvé là bas :

Sympa non ? Je l’ai trouvé ici : http://www.etsy.com/people/RWStegmeir 

Bref, il y a du bon comme du moins bon, attention et quand vous avez trouvé vos bonnes adresses, faites moi savoir !


Conseils à la nouvelle génération ^^

Hehé je ne suis pas exactement une vieille de la vieille et un puits de sagesse sans fond mais étant en contact avec quelques demoiselles qui en sont à leurs premiers essais dans la Wicca et le paganisme, je me suis rendue compte que je n’étais plus exactement une débutante. Je me suis mise cette étiquette sur le dos longtemps après que ce ne soit plus le cas, parce que je n’étais pas sûre de moi-même. Mais là, je me suis retrouvée à donner des conseils et ça m’a…fait réaliser que  ma pratique 7 ans d’âge n’est plus celle d’une débutante. Ces contacts m’ont rappelé l’enthousiasme de mes débuts, mes erreurs aussi. Et voici ce que j’aurais aimé à l’époque qu’on me dise et ce que j’ai appris sur mon parcours :

– Ce n’est pas la peine de se précipiter à aller acheter tous les outils décrits dans les livres. Parce que ça coûte cher, et puis surtout parce que, à mon sens, ils ne sont utiles que si on sait s’en servir. Ce qui n’est en général pas le cas des débutants. Oui, c’est rigolo, des tas d’outils. Mais au début je dirais même : vous n’avez besoin d’aucun outil à part vous-mêmes, ce qui est votre outil primordial et vous devriez d’abord apprendre à vous en servir. Au début quelques bougies devraient suffire. Et ensuite, fabriquez au maximum vos objets vous-mêmes, et si vous les achetez, essayer de les tenir en main avant pour ressentir leur énergie.

– Au début, vous allez être submergés par des tonnes et des tonnes d’informations. Ne paniquez pas. Concentrez vous sur l’essentiel : quelle est votre vision du monde ? vos principes et votre éthique ? Bien sûr, il faut étudier, mais je vous conseille de ne pas passer des années avant de commencer à pratiquer, car notre voie repose avant tout sur l’expérience. Au début, laissez tomber les histoires de divinités patronnes, de traditions, etc…vous aurez bien le temps pour tout cela plus tard. Vous n’en n’avez pas besoin pour vous lancer. En pratique, commencez donc par sortir dans la nature. Faites des visualisations, des méditations, des exercices énergétiques, élémentaires. Allez y tranquillement et faites vous plaisir. Des idées de rituels pour commencer : un rite de connexion à la nature, un rite de remerciement, un rite pour inviter le divin dans votre vie. La célébration de la roue de l’année est une bonne façon de commencer également. Il est plus facile de commencer à travailler avec le Dieu et la Déesse wiccans car ils représentent des concepts plus larges et inclusifs. Attendez un peu avant de vous engager dans une relation avec une divinité culturelle particulière, car à mon sens cela demande plus d’expérience.

– En conséquence de cela, ne commencez pas à invoquer n’importe quelle divinité parce qu’elle est mentionnée dans un livre de sorts. A mon sens, il est extrêmement malpoli de demander quelque chose à une divinité avec laquelle on n’a jamais eu de contact auparavant. ‘Les Dieux ne sont pas des pokémons’. Demander par exemple, un nouvel amour à Aphrodite, alors qu’on ne lui a jamais offert une prière, une offrande, un peu de notre temps et que l’on a pas fait des études poussées pour comprendre ce qu’elle représente, c’est un peu comme débarquer chez un inconnu et lui demander de nous aider à monter notre canapé au sixième étage en passant par les escaliers. Une relation avec une divinité demande du temps, de l’engagement et de la cohérence, pour savoir ce qu’elle aime, avec quelles autres divinités elle peut s’entendre, etc…

– En vous lançant dans la pratique, gardez à l’esprit que si vous êtes respectueux et prudent, vous ne commettrez jamais d’offense capitale. Les Dieux ne seront pas offensés parce que vous avez bafouillé dans une phrase ou que vous n’avez pas d’athamé ou de calice. Des erreurs rendront vos sorts moins puissants, mais vous ne déclencherez pas l’apocalypse. Je suis navrée de vous décevoir, mais nous n’avons pas ce pouvoir. Et vous apprendrez de vos erreurs. Ne vous attendez pas non plus à faire des rituels extraordinaires dès la première fois. On s’améliore avec la pratique. Il est possible que vous soyez déçus, mais persévérez. Apprenez à vous protéger, à vous centrer et ancrer correctement. Et ensuite, lâchez vous, improvisez, amusez vous.

– Il n’y a pas de livre sacré dans notre voie. Par conséquent, remettez en question tout ce que vous lisez et ne prenez pas la parole de tel ou tel auteur pour argent comptant, recherchez toujours plusieurs sources. N’ayez pas peur de modifier un rituel pour qu’il soit adapté à votre sensibilité. L’important, c’est que ça vous fasse vibrer. Sinon, c’est mort. Bien sûr, il faut rester cohérent mais si vous faites n’importe quoi, vous vous en rendrez vite compte.  Avant d’acheter des livres, renseignez vous, il y a énormément de conneries qui circulent et vous pouvez vous faire avoir. Il existe de bons forums où on vous conseillera – encore une fois, demandez plusieurs avis. Lire l’anglais est un plus, car les livres les plus intéressants sont rarement traduits et beaucoup plus chers en français.

– Avant toute chose, attachez vous à développer votre propre opinion et votre propre ressenti et faites vous confiance. Ne placez pas votre espoir dans la rencontre d’un groupe ou d’un maître. Même si vous ferez peut être des rencontres très intéressantes, avoir une base personnelle est essentiel pour progresser et ne pas se faire entraîner à ses dépens.Développez votre intuition et faites attention. Dans ce milieu, il y a des personnes vraiment géniales mais un nombre égal de paumés, de parasites ou de gens franchement dangereux. Sur les forums, attendez vous à vous faire contredire, parfois assez brutalement. Certaines  personnes ont peu de patience envers les nouveaux, qui il est vrai ont parfois des paroles un peu naïves. N’en faites pas un drame, réfléchissez sur vous-mêmes et laissez les grincheux passer leur chemin. Posez des questions. Il n’y a pas de questions bêtes.

– Le paganisme moderne est généralement un monde bigarré qui regroupe des gens aux croyances très diverses et qui ont parfois des désaccords furieux entre eux. Personne ne pratique de la même façon. Si vous avez une pratique éclectique, on vous dira sans doute que vous faites n’importe quoi, et si vous êtes plutôt fasciné par une seule culture, on pourra  vous dire que vous êtes coincé dans le passé. ( ce qui est quand même plus rare ) Certains traditionalistes vous diront que l’initiation est la voie la plus pure et que le reste est une pratique qui a perdu sa valeur. D’autres vous diront que les traditionalistes sont des vieux coincés qui ne savent pas évoluer. Vous croiserez toujours quelqu’un qui ne sera pas d’accord avec vous. Ne laissez pas cela vous déranger. Cela peut être frustrant et intimidant, mais à la fin de la journée vous êtes face à vous même et vos Dieux et personne d’autre ne pourra juger de vos actes. Soyez exigeants avec vous-mêmes, vous en valez la peine.

– Entreprenez un travail sur vous-mêmes. C’est parfois douloureux, mais c’est nécessaire. La magie pourra vous aider mais n’apportera jamais la réponse à tous vos problèmes, pas plus que la spiritualité. Si vous apportez vos problèmes non résolus dans le cercle, ils influenceront vos travaux. Si vous vous auto-sabotez par manque de confiance en vous ou autre, votre pouvoir en sera diminué. Une sorcière se doit de se connaître elle-même, ses forces et ses faiblesses. Ne cherchez pas à nuire à quelqu’un d’autre où à lui imposer votre volonté, c’est très vilain^^. Et puis vous vous mettez vous même dans un engrenage et une énergie qui vous nuira. Agissez en connaissance de cause, tout en sachant que vos actes auront toujours des conséquences inattendues.

– Vous allez sans doute vous sentir bien seuls au début, mais ce n’est pas le cas. 😉 Certainement, vous allez devenir sans doute plus sensibles à ce qui ne va pas autour de vous, à la misère dans le monde, aux problèmes de la société. Vous serez peut être amenés à faire le tri dans votre vie. Mais n’oubliez pas de voir ce qui va bien aussi, à toute la beauté et la richesse que le monde a à offrir. C’est à vous de choisir sur quoi vous voulez vous concentrer. Si vous voulez raconter à vos proches que vous avez trouvé une nouvelle voie spirituelle, attendez d’être sûrs de vous-mêmes et tâtez le terrain avant. Vous n’êtes pas fous,  mais vous osez remettre en cause certaines normes et barrières, ce qui peut gêner certaines personnes. La solitude est une épreuve qui s’impose à beaucoup d’entre nous au début, mais elle peut avoir des effets bénéfiques.

En résumé, étudiez, étudiez, réfléchissez, pratiquez, ne stressez pas trop, profitez et célébrez. Ne vous prenez pas trop au sérieux, osez rire pendant vos rituels.

La route sera longue et pleine de merveilles.

Bien sûr, ce que j’ai dit n’ est que mon avis. N’hésitez pas à réagir si vous n’êtes pas d’accord ou si vous avez des précisions supplémentaires 😉

photos splendides : tomchambersphoto.com


Au nom de la mère toute puissante ( Skadi vs. the Troll )

Argh !! Est ce quelqu’un connaît un sort pour éloigner les trolls ? Les transformer en pierre ?

En ce moment, il y a quelqu’un à la périphérie de ma vie que je déteste de plus en plus et qui fait du mal à ceux qui me sont proches. Et avant que je déteste vraiment quelqu’un, faut aller loin. ( La dernière fois que j’ai autant souhaité qu’une personne soit accidentellement enlevée par des extraterrestres, c’était en primaire – cette prof de chant qui m’avait forcé à chanter devant tout le monde…^^). Et cette personne est manipulatrice, menteuse, hypocrite, limite hystérique, « bien-comme-il-faut », avide, jalouse, malsaine et immature. ( Et alcoolique, je pense.) Tout ce que je déteste. Mais tout cela ne compte pas, ni aux yeux de la loi, ni aux yeux de mon imbécile de demi-frère, ni aux yeux de spectateurs extérieurs bien intentionnés.

Vous comprenez, c’est une mère. Et une mère sait toujoooouuurs ce qui est bon pour son enfant. Quitte à nier totalement ce que demande l’enfant, à lui coller un procès au dos, et à essayer de l’acheter avec des vêtements de marque, à mettre tout le blâme sur le dos du père, à harceler pour essayer de chercher chez l’autre le point de rupture, à lui faire perdre son sang-froid pour ensuite pouvoir dire, ‘vous voyez bien qu’il est instable’…Harpie insidieuse, avec ses paroles creuses et convenables, complètement dénuée de moelle et de colonne vertébrale, qui tourne autour de notre famille recomposée qui essaie de se construire, tel un vautour en quête d’attention, d’argent et de valorisation de son ego boursouflé.

Mais on s’en fout, n’est ce pas ? Puisque c’est une mère. Puisque c’est une mère elle a le bénéfice du doute bieeen après qu’il n’y ait plus de doute possible sur la nature de ses intentions. On préfère regarder ailleurs. Il y a une juge qui a dit, bénie soit-elle, « et après je ne veux plus vous voir ». Des batailles autour de la tête d’un gamin de bientôt seize ans que sa mère traite comme s’il en avait cinq, qui pleurniche parce qu’il ne peut pas aller dans le lycée de son choix alors qu’il n’en a même pas le niveau, et veut retourner chez sa mère après un procès de deux ans dans le sens inverse parce que elle, oui, elle lui achète bien ses polos Vicomte Arthur. Cette juge, elle doit traiter à longueur de journée avec des cas de bébés que leurs parents utilisent comme ballon ou oublient sur une plaque à induction ( et je ne raconte pas n’importe quoi, ma mère travaillant dans le système judiciaire ) alors des histoires de pauvre petit gosse de riche, ça doit lui passer au dessus de la tête. Moi aussi à vrai dire ça commence à me passer au-dessus de la tête. Mon imbécile de pas tout à fait-frère, il a fait son choix et il a bien montré qu’il avait pas de couilles. Il préfère vivre avec sa mère, une femme superficielle qui le caresse dans le sens du poil, plutôt que de vivre avec son père ( et nous ) un type sacrément exigeant et passionné ( trop peut être pour la société dans laquelle nous vivons ? ). Donc, j’aurais toujours de l’affection pour lui, mais en fait, j’ai pas de place dans ma vie pour des gens comme ça. Je veux bien comprendre, tout le monde fait des erreurs, mais faut pas pousser mémé dans les orties. Il y a un moment où il faut choisir entre assumer ses choix la tête haute ou retourner se cacher dans les jupes de sa mère.

Donc, le but de ce post n’étant pas uniquement de m’exaspérer sur ma propre vie, on se disait avec ma mère à moi, il y a vraiment un problème dans cette société au sujet de la figure de la mère. La femme a été pendant longtemps totalement réduite à ce rôle, qui était alors porté au firmament. Encore aujourd’hui – il y a clairement des gens pour qui une mère a tous les droits sur ses enfants et tout le reste, qu’elle est forcément une figure de sagesse et de dévouement, et que les femmes qui ne sont pas mères ou ne veulent pas l’être ont une maladie bizarre. Et ça donne quoi ? Des mères vampirisantes qui, totalement insatisfaites dans leur vie de femme, se focalisent à fond sur leurs petits garçons, en font des petits princes pourris-gâtés et faiblards. C’est vraiment un système pervers… que j’ai rencontré tout autour de moi. Eh bien c’est pas séduisant du tout. Ce n’est pas parce qu’on est biologiquement capable d’avoir des enfants qu’on est capable d’avoir le courage, la patience que l’on imagine qui vont forcément avec. Un « instinct de mère » ? Eh bien croyez moi il y a alors des tas de femmes qui sont coupées de cet instinct de mère et puisque cela va avec la perte d’un tas d’autres instincts ce n’est pas celui là qui va arriver miraculeusement tout d’un coup parce qu’on s’est envoyé en l’air et qu’on a pondu un oeuf. Etre une mère dans le sens le plus plein et bénéfique du terme ne tombe pas du ciel, ce n’est pas « inné » ou naturel, c’est un putain de travail de remise en question et de don de soi.

Mais pas de sacrifice ( aaargh – se sacrifier pour ses enfants est le pire des cadeaux empoisonnés que l’on puisse faire… ) Il y a tellement de pression pour être une « bonne mère », c’est dégueulasse. Il y a beaucoup de fauxculserie autour du sujet. Au final, je voudrais avoir des enfants, et je leur apprendrai avant toute chose à ne plus avoir besoin de moi, et dans l’idéal ils seraient élevés par « ma Tribu tout entière ». Parce que la figure de la Mère n’est pas tout, et n’est pas le commencement ni la fin de l’Univers, elle fait partie de la Roue tout comme les autres facettes de la Femme. Il n’y a que pour les petits garçon qui n’ont pas su grandir que la Mère est omniprésente et toute-puissante. À vrai dire, j’ai un peu de mal avec l’idée de réduire la Déesse et la Terre avec cela, à la Terre-Mère. Où à la Source comme Mère de toute Vie – certes, c’est une métaphore, mais n’il y a-t-il pas là un risque de monothéisme féminin tout aussi anxiogène  que le Dieu-notre-Père que nous avons connu ? À toujours vouloir voir nos divinités comme des parents, ne reste-t-on pas dans une vision relativement infantile du divin ? Ce sont des aspects du divin qui sont très intéressants, mais j’ai l’impression que, dans la Wicca par exemple, c’est quand même quelque chose qui revient énormément, un peu trop peut être. En ce qui me concerne, j’ai récemment arrêté de ressentir les divinités comme des parents qui devraient me réconforter. J’en ai eu besoin, pendant longtemps, de prier à la Déesse comme une mère. Mais je suis assez grande désormais et j’ai résolu pas mal d’issues avec mes parents ; et mes Divinités  me le font savoir. À des moments je me sens perdue ; et la réponse des Divinités est, non plus comme avant, tout ira bien ma petite, mais, tu peux très bien te débrouiller toute seule. Maintenant je peux les voir comme ce qu’elles sont, des forces de la nature à l’état brut, et non pas des projections de mes relations avec mes parents. En ce moment je travaille avec le Cornu – qui n’a plus rien de paternel, ^^- et la Déesse sombre et sauvage, qui est pour moi la facette primale, la plus importante de la Déesse, et non pas la Mère comme on le dit souvent dans les bouquins pour débutants – enfin, j’imagine que c’est une question de point de vue… Et la Terre, elle est tellement plus qu’une Mère pour moi…parce que personnellement je ne me verrais pas passer ma vie rattachée à ma mère comme je le suis à la Terre, une telle proximité organique, sensible, sensuelle – heu, si quelqu’un trouvait ça maternel, je me dirais qu’il aurait vraiment du mal à couper le cordon…La Terre est mère et aussi destructrice et aussi Jeune Fille en fleurs comme actuellement – la Terre est mon Monde, ma Toile de Vie, et la figure de la Mère ne peut même pas commencer à résumer tout ce que cela implique…

Alors, le culte de la Mère à n’importe quel prix ? Très peu pour moi. Je veux des enfants parce que le processus d’élever des futurs adultes me paraît fascinant – pas parce que les bébés c’est mignon. Une femme enceinte, il faut forcément s’extasier ? Heu, faut déjà voir si elle est épanouie… et le père, il fait quoi ? Déjà prêts à transmettre toutes leurs névroses à leur enfant ? Je connais des femmes sans enfants extrêmement « maternelles » et des mères à vomir, et dans le visage de ma Mère à moi je vois parfois surgir la Vieille terrifiante aux dents de fer, porteuse de sagesse – la roue tourne, et je me prépare à accoucher de mes projets de vie. En essayant de me libérer de tous les préjugés et attentes et cortèges émotionnaux. Quel challenge déjà ! Je vais naître à moi même avant de faire naître d’autres personnes…

Pour en revenir à mon petit coup de gueule, je vais tester des sorts de bannissements. Une partie de moi a très très envie de sortir la poupée vaudou et les aiguilles mais ( ah! soupir) je ne fais pas ça, moi, voyons. Soyez prévenus, si vous entendez une histoire de kidnapping extraterrestre…. envoyez moi des fleurs ^^


Définitions

Le fait de me balader et de m’impliquer plus dans les forums païens, m’amène à faire une chose que je faisais très peu avant : mettre des mots sur mes expériences et croyances. Ce qui compte, c’est bien sûr l’expérience, mais il arrive un moment où pour avancer, il faut savoir un peu plus où on va. Voilà pourquoi je voulais partager avec vous mes petites réflexions.

Qu’est ce qu’on en commun les différentes formes de paganisme ?

– une vue du Divin comme myriade, polarité, complexité, poly-forme, qui ne peut pas être réduit à une certaine idée bien fixe de l’Absolu. C’est accepter que la divinité, de quelque façon qu’on puisse la voir, peut avoir plusieurs visages, qu’il n’y a pas une grande et unique vérité et que d’autres chemins religieux et façons de voir que la sienne peuvent avoir du bon. De là découle, à mon sens, une tolérance normalement plus grande que dans d’autres religions. Que le ressenti du Sacré qu’a chacun peut être juste même s’il ne se colle pas à un dogme.

– ensuite, une vision du monde comme habité, enchanté en quelque sorte, que ce soit par des esprits de la nature, énergies, fées, vibrations, dimensions, dieux et déesses… voir au-delà de la vision habituelle sans pour autant se détacher du matériel. L’idée que la matière peut être sacrée, qu’elle n’est pas mauvaise ou à transcender mais justement à mieux apprécier, et que le Paradis est sur Terre et nulle part ailleurs. être païenne pour moi c’est avant tout aimer la vie et vouloir la vivre intensément. Il y a du pouvoir qui réside dans les choses autour de nous, et en nous mêmes. De là découle, souvent un grand amour et respect pour la Nature et ses forces.

Qu’est ce que la magie ?

Oulà, vaste sujet. Pour moi la magie n’est pas une science, mais une symbiose et quelque chose qui touche au domaine de l’inconnu par nature. Une définition est réductrice, puisque à la fin pour moi on parle de quelque chose de trop complexe pour être compris et connu dans sa totalité; c’est pourquoi je me sers de métaphores.

Je vois la magie comme un fleuve à l’eau verte-noire, comme le Lot auprès duquel je passais toutes mes vacances petite fille. À ses abords, il y a des arbres tortueux aux racines enchevêtrées, des libellules qui dansent, c’est magnifique, on s’y sent bien. On sent qu’on est exactement là où on devrait être. La lumière joue sur l’eau, et sur la rive opposée, il nous semble voir quelque chose qui remue, des feuilles qui bruissent…une fée peut être ? Dans ce contexte ce ne serait pas étonnant. On est ensorcelé par la vue. On saute de caillou en caillou. Les parents nous crient : attention, tu vas tomber. Mais non, on se sent agile, à l’aise, comme un esprit des torrents. Finalement on trempe un orteil dans l’eau. Elle est froide et rafraîchissante et comme il fait chaud, elle nous attire. Les parents nous disent : mets des sandales en plastique, il y a des cailloux coupants sur le fond, c’est dangereux. La première fois on les ignore, on aime sentir le contact du sable et des galets sur ses pieds, mais on touche du pied une écrevisse qui bouge -beeerk ! On n’est pas les seuls êtres vivants auprès de cette rivière…On se rend compte qu’il faut mettre ces sandales si on veut aller plus loin. Et donc, on avance…l’eau devient plus profonde et en profondeur elle est beaucoup plus froide, ça nous coupe le souffle. On va sous l’eau, et on ouvre les yeux, on aimerait bien voir « ce qu’il y a dessous »….et ce qu’il y a dessous, ça fait peur, c’est tout sombre, il y a des formes étranges, peut être aussi des poissons et des bêtes étranges qui peuvent surgir tout d’un coup. Mais c’est fascinant, aussi. Mais le courant est trop fort. On recule.
Et donc on reste sur le bord, on nage, on construit des barrages, on s’amuse et on s’entraîne. On voit sa mère qui nage jusqu’à l’autre côté, et on l’admire et on l’envie. Cet autre côté, c’est un autre monde mystérieux.
Et un jour les parents disent : viens avec nous, on va nager jusqu’à la plate forme qui est au milieu de la rivière, tu es assez grande. Phénoménal ! On suit les parents qui nagent en diagonale. Le courant est très fort, trop, c’est une puissance phénoménale. Face à ça on n’est pas grand chose. Finalement on atteint la plate forme, on l’impression d’avoir conquis l’Everest…on sent l’eau qui coule le long de son corps, notre coeur qui bat, c’est un vrai plaisir…et les parents se laissent aller dans le courant, on les suit…étonnée, mais ça va tout seul, lutter est inutile, on se laisse aller…quelle communion avec la vitesse de l’eau, les odeurs, de se laisser porter par le courant…Mais attention, il ne faut pas laisser passer l’endroit où il faut se rapprocher du bord. On échoue plus loin sur une petite plage, toute fière !
. Et le grand serpent recèle encore bien des richesses : petites cascades à dévaler en bouée, petites îles, jolies pierres, longues sorties en canoé, rives splendides, et des dangers aussi – vipères dans la tente, sans parler des inquiétants signes qui préviennent contre les dangers de noyade…Et apprendre à ma petite soeur, comment nager, et rameuter tous les enfants du camping pour jouer ici plutôt que dans la piscine toute chlorée… Et même, inventer des histoires de fées du fleuve et d’escapades romantiques inspirées par la beauté de l’endroit…En attendant d’être assez expérimentée pour aller voir de l’Autre côté.

Voilà  ce que je ressens de façon innée pour la magie, qui est pour moi une sorte de dimension supplémentaire du monde réel, et quand on apprend à la voir et à la sentir, c’est un peu comme apprendre à voir à nouveau, un vrai émerveillement, et à vrai dire je pense que c’est quelque chose qui nous change plus qu’on ne lui impose notre volonté. On peut se servir des remous, des différents courants, pour aller là où on veut, plus vite, on peut construire des petits barrages, on peut choisir quel potentiel développer mais dans l’ensemble, nager contre le courant est la meilleure façon de s’épuiser Very Happy


Honorer les ancêtres

Il y a une semaine, ma grand-mère maternelle est morte. Paix à son âme, et j’ose penser, elle est partie en paix, autant qu’elle le pouvait. La vieille dame a souffert de beaucoup de solitude dans les dernières années de sa vie. Son esprit se délitait. Une de ses filles a refusé de venir la voir sur son lit de mort. Vers la fin, elle est redevenue petite fille. Mais elle a pu au moins, se réconcilier avec ma mère. Elles se sont ouvertes l’une à l’autre, juste avant que ma grand-mère ne tombe malade. Ma mère a beaucoup travaillé
pour en arriver là, poser les bonnes questions, dire ce qui devait être dit, et n’était pas toujours facile, et ma grand-mère a accepté de jouer le jeu. Mon oncle et ma tante en revanche, n’ont jamais eu le courage de faire un travail sur eux-mêmes et resteront sans doute toute leur vie avec leurs vieux regrets. En ce qui me concerne, je suis vraiment contente d’être aller la voir, deux étés de suite, même si elle habite loin, pour passer un temps chez elle, parler de tout et de rien, de sa jeunesse dans une ferme, de nos ancètres,écouter de vieilles histoires et visiter de vieux lieux.

Et elle est partie avec le printemps, cette belle âme, intelligente, rigide mais tendre aussi, qui m’a donné un aperçu de ce qu’une vie simple pouvait avoir de bon. Qu’elle puisse trouver le chemin vers le Pays d’Ete en toute sérénité. Je sens déja sa présence à mes côtés, en même temps que les pulsions de la vie nouvelle qui réveillent la terre. Elle a intégré la lignée des femmes de ma famille au-delà du voile.

De mon côté, je me pose des questions, et mes réflexions reviennent comme souvent, sur le thème de la famille. Le thème de la famille et des ancêtres a toujours été un thème important du paganisme. Dans le paganisme moderne, on insiste beaucoup sur la sagesse des Anciens, et c’est pour moi très intéressant – si l’on oublie pas qu’il s’agissait d’humains imparfaits comme nous, qui ont beaucoup à nous apprendre pour balancer les excès de notre présent. En appeler à nos ancêtres, c’est se relier aux origines de l’humanité, c’est une force puissante et protectrice, honorer nos racines pour mieux comprendre et vivre le présent.

Mais quand on se rapproche de nous dans l’arbre généalogique, la question des ancêtres devient plus douloureuse. Il ne s’agit alors plus d’archétypes aux noms perdus dans l’éternité, mais de visages bien réels, avec leur cortège d’histoires poignantes, ordinaires, extraordinaires, névroses, conflits, traumatismes générationnels, non-dits, malédictions, attentes, déceptions, stéréotypes et rôles attribués. C’est la famille, un « chaudron pulsionnel » fondateur. Et entre la psychanalyse. Il est plus difficile de « vouer un culte » à ce type d’Anciens  mais le même type de dévotion est tout aussi nécessaire.

Je m’explique. Pour moi les liens du sang constituent d’inévitables liens magiques. Vouloir ignorer cela, c’est laisser quelque part un placard rempli de squelettes : rien qu’un obstacle au développement spirituel, un boulet magique en quelque sorte. Mais se confronter aux vieux démons de l’enfance, c’est un travail pour lequel il faut être solide, et avoir de l’aide, ce qui n’est pas donné à tout le monde. Comment gérer alors ces liens souvent embarassants ? Pour moi : exigeance, détermination, dédication, fidélité. Ce qui veut dire d’emblée pas d’éternels compromis dans certains domaines. Pour ces lointains parents qui n’ont jamais fait l’effort de me connaître, qui sont plus source de problèmes que d’autre chose, je coupe le lien, de façon nette et sans trace. Ils auront de ma part politesse et silence, et rien d’autre. Ce qui veut dire aussi, remettre en question les figures d’autorité, et ne pas éviter les conflits parfois douloureux. Mais y travailler sans relâche et ne pas se rebeller par prétexte. Une diplomatie de longue haleine. Etre dédiée à améliorer ses relations avec la famille proche. Et grandir : se séparer de ses parents, devenir autonome. ( C’est tellement capital. J’ai dans la tête le fantôme de mon père qui s’asseoit toujours sur les genoux de sa mère à cinquante ans. Euuurgh.) Mais toujours avancer vers plus de respect, plus d’intégrité et d’égalité. Refuser certains rôles. Oser l’inconnu.
Etre parfois sacrément malpolie et audacieuse. S’en mordre les doigts plus tard, faire des erreurs, avoir mal, laisser passer. Etre toute seule dans le froid, déboussolée, trouver sa boussole intérieure, avancer. Récolter les fruits amers et nourrissants de ce travail. Ignorer systématiquement toute tentative de manipulation sentimentalo-dégoulinante. Etre surprise, pardonner et demander pardon.  Simplicité des sentiments, élégance. Ah et essayez donc la famille recomposée. Ca double la rigolade. Et encore, moi, j’ai de la chance, parce que ma famille est un défi, mais qu’il y a des merveilles d’humanité là dedans aussi. Ce qui n’est pas donné à tout le monde.

La famille, c’est un peu comme une cicatrice qu’il faut apprendre à porter avec fierté. Réellement honorer son héritage ce n’est pas tout goberbéatement. C’est au contraire, assainir ce qui doit l’être, faire ce qui est nécessaire pour faire fleurir ces graines qui nous sont données à la naissance. Et les ancêtres sont une aide là dedans. Comprendre leurs névroses, sans y adhérer, honorer ces histoires belles et complexes qui sont la légende  familiale qui nous supportent. Ne jamais céder à la rancoeur.

Alors je parle à mes ancêtres,je leur fais une place sur mon autel, j’apprends leur nom:  fermiers, fermières, policiers, marins et poètes frustrés, professeurs, résistants, femmes au foyer, ingénieurs, pilotes, chefs d’entreprise, paysans, tailleurs de pierre, tibétains, frisons, charentais, belles-mères pénibles, grand-mères douces, grand-mères folles, trame des âges…A ceux qui sont encore vivants, je travaille sur la relation avec dédication. J’avais fait à Mabon dernier un rituel avec ma mère, pour demander aux femmes de la lignée de veiller sur ma grand-mère dans ses derniers instants, et la beauté et la force ( la tristesse aussi) du rituel m’avait surprise. J’avais senti ce que voulait dire la force d’une lignée de femmes. ( Je le posterai bientôt.) J’ai l’impression qu’on a fait du bon boulot.Mais ce n’est pas quelque chose d’anodin, ça ne l’est jamais. Un tirage sur ce sujet me prévenait d’ailleurs que la solution à mes problèmes de famille devrait être  « la générosité douloureuse ».
Et être sorcière c’est cela : faire le « sale boulot »,et après se rendre compte, à quel point la vie est belle. Ah, c’est pas un sacerdoce fait pour les chochottes.


Sensibilité organique (II)

Je voulais donner une suite à mon article sur les façons dont ma spiritualité modifiait mon sens de l’esthétique et ma façon de voir le monde et de gérer mon apparence. ( Nombriliste, haha…si pas ici, alors où ?)

Bon, alors maintenant je suis païenne et concrètement, ça donne quoi ? Moi j’aime bien la haute couture. Désormais je scrute les collections en essayant de répérer des bouts de paganitude.

D’après Atalanta la mode s’inspire de tendances païennes depuis quelques saisons :
http://lesmillepommesdordatalanta.over-blog.com/article-mode-paienne-62587812.html D’ailleurs sur  le sujet de l’apparence son dernier post est  intéressant aussi, http://lesmillepommesdordatalanta.over-blog.com/article-quand-la-beaute-fait-toujours-mal-20-ans-apres-65065138.html Et finalement j’avais fait un article sur ça ici : https://skadibella.wordpress.com/2009/09/12/la-sorciere-cest-chic/ )

Le thème avait déja été abordé en mode par Vivienne Westwood dans les années  1980 avec sa collection Witches et tout une série de collections regroupées sous le nom Britain must go Pagan ( La Grande-Bretagne doit devenir païenne )

J’adore la fille et le serpent, pas vous ? Pour cette collection Westwood dit avoir trouvé un « language de signes magique, ésotérique », dans le travail de l’artiste graphiste new-yorkais Keith Haring. De 1988 à 1990, pour les collections Britain must go Pagan elle mélangeait des éléments anglais traditionnels avec des influences classiques et païennes : tweed, draperies, dessous en laine portant des images de pornographie de la Grèce antique. Cet étrange mélange réflétait son amour des traditions en même temps que de la liberté sexuelle et de la parodie. Et dans ces années là il fallait bien une grande provocatrice comme Westwood pour amener aussi directement ces thèmes dans la lumière. Si ses côtés les plus vulgaires et choquants ne sont pas trop mon truc, j’adore l’intelligence dans la provocation de cette grande dame. Et il faut dire que les sorcières auront toujours un fort potentiel sulfureux, quoi qu’en disent les fluffies bunnies. Autant l’utiliser de façon créative. J’adore la façon dont elle mixe, nouvelles idées, folklore urbain, tradition très british, critique de l’establishment et des préjugés puritains, critique de la société de consommation, talent, exigeance, romantisme et provocation. Paradoxale à fond. On a besoin de plus de « dingues » dans son genre.

En 2006, lorsqu’elle fut invitée au Palais de Buckingham pour être faite Dame par le Prince de Galles, elle portait par-dessus ses cheveux orange vif, deux petites cornes en métal qui ne détonnaient pas tant que ça avec son costume de guérilla urbaine. Plus tard elle a expliqué : « The horns – we need a new renaissance. We don’t have culture. It’s a pagan symbol. They’re attached by a wire round the back of my head. It’s only the Christian religion that says they’re anything to do with the Devil. They can be a fertility symbol and be about good things. » ( Les cornes – nous avons besoin d’une nouvelle renaissance. Nous n’avons plus de culture. C’est un symbole païen. Elles sont attachées par un fil de fer à l’arrière de ma tête. C’est seulement la religion chrétienne qui les a associé avec le Diable. Elles peuvent être un symbole de fertilité, de bonnes choses.)

Je l’adore.

Rétrospective Vivienne Westwood au Victoria&Albert Museum, Londres

Sources :  http://forums.thefashionspot.com/f116/vivienne-westwood-pre-2000-a-60241-4.html#ixzz1BrWazS23

Ailleurs, les collections d’Alexander McQueen viennent inévitablement à l’esprit, avec une provocation parfois plus bucolique, féerique :

Bon, j’adore ses collections, c’est de la poésie pure. Paix à son âme. Je crois qu’en résumé la paganitude en mode c’est : références au monde antique, à la symbolique, au merveilleux, à la nature, au monde animal, au folklore et à l’image de la sorcière/prêtresse/déesse/nymphe/fée, etc… Et de manière générale une créativité plus débridée, affranchie des tendances du moment et des codes de la société. Personnellement même si je me dis toujours que ces créations seraient vraiment plus belles sur des vraies femmes et non pas des planches inexpressives, ça me nourrit, et c’est du pain béni pour mon imagination. Ma créativité fonctionne dans son petit monde nourri d’images et d’influences extérieures. Et puis la beauté, ça nourrit, au niveau magique, il me semble. Non pas la stricte beauté des canons mais la beauté plus profonde, qui parle à l’âme, au coeur. Nourrir son monde intérieur avec patience, attention, exigeance, et en sortir quelque chose qui peut toucher universellement : ça c’est de la sacrée magie. C’est pour ça que j’écris aussi ( hum, ma mère dit toujours, la modestie est la vertu des imbéciles n’est ce pas ? )

Et ce qui relie tout mon propos depuis le début, la notion de sensibilité organique : l’attention à ce qui est vivant et une certaine capacité à se mettre en relation avec, à témoigner de ses formes, de son fond, de ce qui rend la nature spéciale, la faire résonner en nous. Une créativité vivante, qui s’infiltre partout comme une liane, en perpétuelle évolution, qui infecte son support comme une nuée de bactéries, un terreau fertile, qui tend ses branches vers le soleil comme un chêne centenaire, qui creuse sans cesse de nouveaux passages comme l’eau sur la roche, qui transforme, corrode, construit, une conscience fière de tous les niveaux de réalité qui s’entrecroisent, qui dépasse tous les préjugés, qui s’adresse à la sensibilité, la sensualité de l’humanité, une sensibilité tendre, consciente, connectée, humble et grandiose, the stuff of dreams and nightmares, comme diraient les anglais. Un flot qui coule sans retenue. Une danse avec toutes les facettes de la vérité, tissés en un magnifique motif, gourmande, vivante, exhubérante, et sobre, profonde en même temps. Une tension vers la vie même  à travers les mystères de la mort.

Voilà, je pense, l’apport de la pensée païenne au monde de l’art et des apparences et bien au-delà.


Sensibilité organique (I)

L’autre soir, je discutais avec une de mes chères soeurcières, une vervaine bien chaude à la main, quand nous en sommes venues à considérer qu’aucune des filles du cercle ne ressemble à un stéréotype de la paganitude moderne – eh bien, dans la rue, si un outsider devait pointer du doigt une sorcière, ce ne serait sans doute pas nous qu’il montrerait. Nous ne sommes ni toutes vêtues de noir, ou bardées de pentacles, ou de voiles colorés, ou de cristaux new age. Nous ne sommes pas des gothiques, hippies, des éthérées ou des filles totalement roots que la pensée d’une douche fait frémir. ( Je n’ai rien contre les gothiques ou les hippies, vraiment… mais les stéréotypes, c’est chiant quoi.) La plupart du temps nous ressemblons à n’importe quelles jeunes femmes qui partent pour le boulot, emmènent leurs enfants à l’école, vont à la fac, etc…Il faudrait un observateur attentif et au courant pour distinguer des signes : petit pendentif triple lune ou déesse, tarot discrètement glissé dans le sac, tatouage serpent, etc. En tant que plus ou moins fashion du groupe ( gros lol ) il m’arrive de porter des jupes longues, des plumes, des slims brodés de dentelle, des corsets ou des blouses à manches bouffantes mais cela témoigne surtout de mon envie d’expérimenter et de m’approprier mon apparence. La discrétion de mes soeurcières m’a rassuré , lors des premières rencontres, sur leur sincérité. Comme m’a dit Violette ce soir là, les païens les plus intéressants sont rarement ceux qui se distinguent facilement. Et c’est sûr que certains, on voit vite qu’ils sont là dedans pour le show. Et il y a tellement plus dans le paganisme et la sorcellerie moderne que ce qu’en véhiculent les clichés les plus prisés par les médias.

Mais, je lui ai dit, j’ai quand même l’impression que ma façon de m’habiller a été influencée par ma religion. Hum, volonté de s’intégrer ? C’est vrai que dans certains milieux on sera mieux vu si on porte une robe à volants plutôt qu’un tailleur et des talons… Peut être que pour certains la volonté et la fierté d’appartenir à un groupe conduit à adopter les stéréotypes dominants à propos de ce groupe.  Ou alors, peut être que c’est une question d’imagination et de créativité. Surtout, ma spiritualité a profondément changé ma sensibilité esthétique et ma façon de voir le monde. Je suis plus sensible à la beauté de la nature, à la fragilité du temps, plus romantique et aussi plus ancrée à la terre. Je me retrouve dans l’idée japonaise d’esthétique wabi-sabi, qui est selon Wikipédia,

 » une expression japonaise désignant un concept esthétique, ou une disposition spirituelle, dérivé de principes bouddhistes zen, ainsi que du taoïsme. Le wabi-sabi relie deux principes :

  • wabi : solitude, simplicité, mélancolie, nature, tristesse, dissymétrie…
  • sabi : l’altération par le temps, la décrépitude des choses vieillissantes, la patine des objets. Considéré comme un principe positif, le sabi est plutôt étranger à la pensée occidentale. Le goût pour les choses vieillies, pour la salissure…etc.

Une illustration du wabi-sabi : le culte esthétique pour les pierres. Cette éthique apparaît au xiie siècle ; elle prône le retour à une simplicité, une sobriété paisible pouvant influencer positivement l’existence, où l’on peut reconnaître et ressentir la beauté des choses imparfaites, éphémères et modestes. »

Je fais plus attention à la qualité des matières, au caractère des vêtements, dans la limite de mon budget d’étudiante… Et malgré tout j’aime de plus en plus l’idée de ressembler à une sorcière. Ah, mais pas une sorcière de pacotille – ma vision de la sorcière, celle-qui-est-changement-de-définition, voyageuse des frontières, sensibilité épidermique, force tellurique, centrée dans son instant de pouvoir, danseuse du temps qui court. En fait plus justement ; je veux être une sorcière plus pleinement, et que ça se voie. Une païenne aussi, ce qui pour moi veut dire tendresse, envers la terre, envers soi, envers les autres, envers l’instant. Je veux laisser libre court à mon inspiration et à mon exigeance sans être enchaînée aux normes sociales. Qui ont du bon parfois, pourries tant d’autres, je ne vais pas devenir asociale, l’idée serait d’infiltrer les codes et les normes pour les transformer de l’intérieur.  Porter des vêtements qu’on aime, des plumes colorées, des longues jupes qui tournoient, des dentelles magnifiques c’est une chose, mais c’est aussi affirmer une certaine différence affranchie de peur et montrer qu’on la chérit, et certains ne vous pardonneront pas. Et surtout il faut l’assumer. Si vous portez des choses hautes en couleur et que vous rasez les murs…ça le fait pas. C’est un travail hautement magique, sur un sujet qui est pour beaucoup d’entre nous un champ de bataille, l’apparence…Si vous portez des vêtements qui vous transportent au-delà de votre zone de confort, ce sera un défi pour les assumer. Sur des pièces particulières vous pourrez ancrer certaines sensations-souvenirs, et en faire des talismans… des facettes de la personne que vous voudriez être…et dans le miroir vous êtes encore quelqu’un d’autre…au delà des clichés de magazine, cette robe peut devenir une seconde peau, ou une armure…ou une chrysalide…pourquoi se priver de ce plaisir, de ce moyen d’expression ? parce que c’est « superficiel » ? ça c’est ce que vous ont fait croire les magazines stupides qui ont cantonné les questions d’apparence dans un moule irréel malsain, ou une éducation judéo-chrétienne pour laquelle, le plaisir c’est le mal. C’est une question de plaisir en effet, de toucher sur la peau… de se donner de la valeur à soi même, de se croire capable d’exprimer sa beauté personnelle, de la faire naître au monde…De porter avec soi, ses histoires et ses rêves. C’est de la magie, du principe de sympathie : par ce qu’elle m’évoque cette chose est un lien de pouvoir. Tiens ce manteau me fait ressembler à une héroïne victorienne…ces boucles d’oreille, une prêtresse de la lune dans un monde de fantasy…cette jupe médiévale lourde me ramène à la terre, ces chaussures british délurées me font poser un pas léger sur cette même terre…je tisse une histoire dans ma sphère personnelle. Ce n’est pas ça qui va changer le monde mais je pense sincèrement, comme j’accorde de l’importance aux petites choses,  que c’est vraiment important.


C’est je répète, un chant de bataille. Parce que l’apparence est notre première interface avec l’autre. Là re-surfacent nos incertitudes, nos rêves, nos complexes, notre orgueil aussi. On veut bien paraître avant de paraître soi même. Je pense au final que l’identité est une collection de masques et ce que nous pouvons faire c’est y apporter de l’harmonie, de se faire sien les masques, de les digérer, les accaparer, par le processus de la conscience. Paraître soi même : quand on vous voit on se dit, je le sens, il y a quelqu’un là. L’apparence est un terrain de communication, de négociation, d’échange permanent. Ignorer cela comme voudrait le faire toute adolescent mal dans sa peau, comme je l’ai fait pendant longtemps, c’est se mettre à la merci des projections des autres, quand on « laisse le terrain en friche », refuser d’assumer le pouvoir qu’il y a là dedans. Du coup quand on me dit  » mais on s’en fout c’est que des fringues » je suis pas d’accord. Le monde ne tourne pas autour de ça mais comme on ne peut pas dire n’importe quoi, on ne peut pas s’en ficher totalement de son apparence. L’important ce n’est pas de « faire bien les choses » mais d’investir le terrain avec sa conscience. De ne pas adopter sans réfléchir les diktats de l’extérieur. De travailler sa sensibilité.

Nous sommes liés à notre entourage, quoi qu’on fasse, et nous sommes des êtres sociaux. C’est ce que j’apprends, de plus en plus profondément. Même quand on se retranche dans une infinie solitude, on n’est jamais seul. La présence tranquille de l’univers, de nos guides, de nos ancêtres, de nos divinités, de nos voix intérieures, de la terre sous nos pieds, se fait toujours sentir.On ne peut pas se recroqueviller à l’intérieur.  Notre individualité se fait au contact des autres. Alors notre visage, notre façon de nous conduire, notre apparence, sont un symbole de notre individualité. Certes on ne contrôle jamais tout et c’en est frustrant. En proie à l’orgueil notre image de nous mêmes est déformée, on peut se prendre bien des baffes. Mais c’est notre symbole, et les symboles ont du pouvoir. En apportant plus d’attention à mon corps, à la façon dont je bouge, parle, m’habille, j’infuse de la tendresse, de la grâce dans mon monde, je fais appel à des énergies qui pour moi, me lient à la Grande Mère, Dame aux milliards d’atomes, conscience universelle et poussière dorée. Je me guéris moi même, les blessures d’amour propre, les vieux complexes fissurés. Je réclame du pouvoir intérieur et je le montre. Il y a des années en me voyant dans le miroir je voyais un monstre. Maintenant, je me vois et je souris. C’est grâce à ma pratique spirituelle, tout ça. Je suis toujours en chemin. J’ai appris des tas de choses. J’en ai gardé des cicatrices. Je réconcilie mes parties masculines/féminines. Devenir entière et intègre, c’est la première étape avant de pouvoir aider les autres.

À propos de cela, j’ai fait un rêve il n’y a pas très longtemps ; dans un monde post apocalyptique, je me réfugie dans un bâtiment délabré avec un groupe de gens qui me considèrent comme une sorte d’autorité spirituelle, une prêtresse qui les guide et les protège. Je ne suis pas tout à fait rassurée, mais je sais que la Déesse me guide et je sais que je dois faire au mieux. Une jeune fille se présente devant moi, c’est une jeune wicanne, elle porte des bijoux clinquants, elle est mal dans sa peau. Je lui montre comment se purifier avec de l’eau de rose, pour apporter la paix, elle commence à le faire à la hâte. Je lui prends le bol des mains, je lui dis, « non, non, prends le bol des deux mains, c’est un signe de respect. Fais le avec attention, c’est ainsi que tu peux atteindre la paix intérieure, et tu en auras besoin ». En me réveillant je me rends compte que cette jeune fille, c’était moi dans le passé-ou le présent, et cette prêtresse qui protège sa tribu, humble, attentive, parfumée à l’eau de rose, une vision de moi dans le futur…une belle vision…un cadeau de mon inconscient…

Je vous souhaite à tous de pouvoir vous réconcilier avec le miroir et de matérialiser vos rêves dans la réalité.


Élégance

Cet article est tiré et traduit du blog d’Hecate ( http://hecatedemetersdatter.blogspot.com ) que j’adore, et donc, je traduis :

Je réfléchis beaucoup  sur la notion d’ « élégance » récemment, pas seulement au niveau de ma propre écriture scientifique ( NdT : l’auteure est une avocate ^^), et celle des jeunes avocats que je conseille, mais aussi dans ma vie et la magie que je fais. J’ai été particulièrement frappée par une interview de Matthew E. May, l’auteur de  In the Pursuit of Elegance : Why the Best Ideas Have Something Missing. ( À la poursuite de l’Elégance : pourquoi il manque quelque chose aux meilleures idées )

May dit :

 » Une chose est élégante si elle réunit deux caractéristiques :  à la fois inhabituellement simple et étonnamment puissante. L’un sans l’autre nous laisse sans élégance. Et parfois la « simplicité inhabituelle » ne concerne pas ce qui est là mais ce qui ne l’est pas. Au premier regard, il semble manquer quelque chose aux meilleures idées.  »

J’aime vraiment cette notion en termes de magie,  » Inhabituellement simple et étonnamment puissante ».

Une des fois où j’ai fait la meilleure, la plus puissante des magies, une de celles qui me rendraient fière de faire face à mes ancêtres, je l’ai fait avec ma brillante amie E. Nous sommes arrivées à la maison d’activistes très engagés, qui devaient aller au tribunal le jour d’après, pour comparaître devant les autorités et leur expliquer leur version des faits. Nous ne savions pas qu’on allait nous demander de faire de la magie ce soir là et nous sommes allées dans la cuisine, pour nous éloigner du brouhaha de la fête bruyante et très animée, et nous nous sommes regardées pendant plusieurs minutes. Les gens qui nous avaient demandé de faire de la magie n’étaient pas des Païens ou des Sorcières et ne savaient pas vraiment à quoi s’attendre de notre part, mais ils étaient désespérés et nous ont demandé de l’aide. Ils avaient besoin que ce soit efficace, spécialement au niveau de leur Jeune Enfant intérieur, pour qu’ils puissent entrer dans le tribunal ( ce qui peut être effrayant pour tout le monde ) avec assurance. Et donc, nous nous sommes regardées – nous faisions, Déesse merci, de la magie ensemble depuis des années – et nous avons dit  » Bon, s’ils peuvent nous donner un bol, du sel, et de l’eau et si nous pouvons… » Et tout s’est mis en place et c’était plus simple que ce que tout magicien qui se respecte fait en général, et surtout, le jour suivant, quand le juge a rendu son verdict, la magie qui avait été inhabituellement simple, s’avéra aussi étonnamment puissante puisque les activistes furent relaxés.

L’élégance, j’ai envie de dire, est importante. Et, même si la vie est compliquée, une vie élégante est inhabituellement simple et étonnamment puissante. Comme une écriture juridique de qualité, comme de la bonne magie, une vie élégante demande deux choses. La première est un objectif qui est tellement clair qu’il en est aveuglant. La deuxième est une édition sans pitié. Comme le secret du succès dans l’immobilier c’est la location, la location et la location ( NdT : importance de la situation géographique ) et comme pour arriver à Carnegie Hall ( NdT : salle de concerts new-yorkaise très célèbre ) il faut s’entraîner, s’entraîner, s’entraîner, pour arriver à une vie élégante il faut éditer, éditer, éditer. Supprimez des choses. Enlevez ce qui est superflu ( ce qui nécessite de savoir ce qui est essentiel ). Retrouvez la moelle, retournez au niveau des os ( comme ce que nous voyons dans la nature durant l’hiver ). Plus je passe de temps sur une plaidoirie, plus elle sera courte et simple. Et c’est, à mon humble avis, ce qui fait la bonne magie – et une bonne vie, également. Débarrassez, faites le ménage. Découvrez, comme dit Shiloh ( http://ourladyoftheredthread.com )  » Qui en moi suis -je excitée de laisser partir ? » Découvrez comment voyager léger. ( http://theodoragoss.com/2011/01/02/traveling-light/) Qu’est ce que vous pouvez tailler, enlever de la pierre pour révéler la statue cachée à l’intérieur ? À quoi êtes vous prêts à renoncer ? Qu’est ce qui est capital pour vous de trouver dans la vie ?

Photo : Sally J Smith, artiste environnementale ( http://greenspiritarts.blogspot.com/)


La Malédiction de l’Âge d’Or

Malgré ce titre dramatique qui irait très bien au prochain Indiana Jones, je voudrais vous parler ici d’un sujet sérieux, si si, qui nous touche tous plus ou moins. Un sujet de société, chouette chouette !

Bon. En fait, c’est en lisant un livre de pédagogie que l’idée pour cet article m’est venue ; comment protéger vos enfants des sectes ou quelque chose dans le genre. Bah oui, j’avais du temps à perdre dans la bibliothèque.

Et devinez quoi : la Wicca est un groupe de jeunes filles « livides et habillées de noir » ! Hahaha ! J’ai déjà lu ça quelque part, je n’arrive plus à retrouver où mais j’ai l’impression que c’est une phrase qui tourne. ( Et depuis quand on juge le chemin spirituel d’une personne de par la façon dont elle s’habille ? Hmm, profond et scientifique ça.)  À côté de ça, on est  aussi de gentils rêveurs neuneu inoffensifs qui bricolent leurs recettes de grand-mères dans leur coin. ( Mais alors, pourquoi est ce qu’on en parle dans un livre consacré aux sectes si c’est inoffensif ? )

En même temps, je trouve ailleurs, dans un texte de sociologie que je dois lire pour mes études, une association  (néo-)paganisme-Front National. Eh bien, le paganisme n’appartient à personne, bien sûr. Mais moi ce genre d’association me désespère profondément. C’est triste. TRISTE ! Qu’une spiritualité, qui pour moi veut dire, joie de vivre, bon sens, simplicité, curiosité, créativité, indépendance, imagination,  culture, ouverture d’esprit, tolérance, volonté concrète de construire un monde meilleur tout en gardant les pieds bien sur terre, expériences vibrantes, discipline, apprentissage, humilité, vivacité, sensualité, acceptation de soi, modération, passion, nuances, anti-fondamentalisme, subtilité, poésie, équilibre… ( et je pourrais continuer de longues heures…) Enfin bref, qu’une spiritualité avec un potentiel merveilleux soit, dans le champ public, uniquement associé aux satanistes, au New Age, ou à l’extrême droite.

Sur le New Age il y a des foules de choses à dire, ce qui n’est pas mon propos, mais j’aimerais juste qu’on arrête de classer la Wicca à tort et à travers dans cette catégorie. Je crois qu’il y a des points communs mais aussi des divergences énormes. Et la Wicca est plus vieille que le New Age. ( Sur la différence entre Néo-paganisme et New Âge voir : http://www.cesnur.org/2001/london2001/kranenborg.htm pour les anglophones )

En ce qui concerne les satanistes et les lucifériens, eh bien, chacun suit sa route, mais personnellement je me pose des questions sur les gens qui choisissent de rentrer en contact avec ce type d’égrégore, de symboles, liés à l’opposition et à la douleur. C’est toujours intéressant de discuter avec différents personnages. Mais de là à dire que la Wicca et le luciférisme ont complètement fusionné comme le dit un rapport de la Milviludes de 2006, il y a un pas énorme que seuls les esprits mal informés ou en quête de sensationnalisme auront vite fait de franchir.

Enfin, en ce qui concerne l’extrême droite, pas de pitié. Chacun son opinion, et la mienne est que je refuse d’être associée avec ces gens, tout comme je refuse d’être associée avec des fondamentalistes, d’où qu’ils viennent, des racistes, des fascistes, des homophobes, des réactionnaires, des machistes et des nazis sous le simple prétexte que je suis païenne. Les grecs anciens étaient païens aussi il me semble. Oui la comparaison est absurde, mais si on veut mélanger allègrement les contextes, allons y donc à fond.

Bref, il y a un manque évident de représentation. C’est sûr. Peut être parce que le mouvement n’est pas très important en France. Pour ma part, je pense qu’il a de l’avenir, mais également de gros problèmes. Et donc, pour moi, l’un des problèmes du mouvement néo-païen et des spiritualités liées à la terre, est la trame de référence à une idée d’Âge d’Or. Dans Le Néo-paganisme : Une vision du monde en plein essor, Stéphane François conclut son analyse du mouvement de renaissance du paganisme, en disant que ses perspectives sont réduites, car il est focalisé essentiellement vers le passé. En effet, quand on imagine le passé comme une sorte de modèle où tout était mieux et quand on pense qu’il suffirait de rétablir les valeurs d’antan pour résoudre les problèmes de la société, on s’enferme soi-même dans une voie sans issue. Pour moi une des plus belles qualités – et malédictions – de l’homme est de ne pas se contenter de reproduire ce qui existe, mais se projeter vers l’impossible, et au-delà. De créer. De dépasser ses limites, de transformer la donne. Alors sans doute, c’est là aussi l’origine de bien des névroses de la société. Mais il faut prendre le risque – sans cela, on en revient toujours à répéter les mêmes erreurs, le cercle vicieux infini.

J’aime la société dans laquelle on vit. Bien sûr je râle, je râle. Contre la superficialité des discours tenus par les médias. Contre la vulgarité des publicités. Contre l’agressivité des gens. Contre le bus qui n’est pas fichu d’arriver à l’heure. Contre les inégalités, les hypocrisies, les injustices. Mais pour rien au monde je ne voudrais revenir à l’Antiquité, où le pouvoir appartenait la plupart du temps à une minorité de nobles, la masse ayant souvent un niveau de vie déplorable. Pas très romantique, la boue, les maladies, les intempéries. Je pense que beaucoup ne se rendent pas compte de la liberté, des possibilités dont nous jouissons aujourd’hui. Ce n’est absolument pas le paradis. D’accord. Et qu’est ce qu’on fait pour arranger ça ?

D’un autre côté, le passé me fascine. Il nous a construit, fait partie de nous et pourtant nous échappe toujours, nous ne pourrons jamais le comprendre ou le connaître totalement. Un éternel paradoxe. Inspirant. Quelle belle source de rêves et de cauchemars. Il faut cependant bien que les choses soient claires : d’un côté on a l’Histoire, de l’autre, l’imagination. On peut très bien imaginer des anciennes réunions de sorcières païennes, si ça nous inspire.  Mais cela n’a jamais été prouvé, on ne prouvera jamais que cela n’existe pas, et en résumé, il faudrait arrêter de prendre ses désirs pour des faits avérés. Qu’on en soit profondément convaincu, soit. Et l’Histoire conservera toujours ses parts d’ombre et de silence. Mais on marche sur un fil tendu ici : les liens entre spiritualité et raison sont délicats, extrêmement délicats…Donc prudence. Il nous serait difficile de vivre sans l’un ou l’autre. Et pourtant, l’humanité à tendance à s’entre-déchirer autour de ces deux pôles. Même au niveau individuel il est parfois difficile de négocier entre ce que nous dit notre tête, notre coeur, notre intuition, notre corps. Je pense que ceux qui nous prennent pour des allumés, dès qu’on parle de magie par exemple, simplement ne peuvent pas comprendre, car ils utilisent les mauvais outils de la rationalité froide. Et comment expliquer les couleurs à un aveugle ? Il peut comprendre ce que c’est, élaborer des théories, faire des catégories, mais ne pourra pas en avoir l’expérience viscérale. Et ce qu’il dira sera toujours réducteur.

Mais d’un autre côté, nécessaire, car il faut bien donner des cadres raisonnés à la société. Le combat contre les sectes est vraiment une bonne chose. Mais que les gentils monsieurs-dames du ministère se concentrent sur leurs critères objectifs, c’est ce pourquoi on les paye, et ne se mêlent pas de la spiritualité. La Wicca n’a ni grand leader, ni dogmes, ni lavage de cerveau, ni contributions financières, la plupart de ses membres ne sont pas satanistes, ne reconnaissent pas l’existence de Satan qui est une idée chrétienne et qui n’est pas cohérente avec les grands principes de la Wicca. Et donc, la Wicca n’est pas un mouvement sectaire ou sataniste. Point. Il peut il y avoir des dérives, comme toute religion, mais on ne va pas condamner toute la chrétienté pour l’existence des Témoins de Jéhovah. Il n’appartient pas à la raison de juger de la validité de ses principes spirituels. C’est « Dieu sensible au coeur, non à la raison« . Le vieux débat. Et pourtant, il ne faut pas abandonner son bon sens. C’est un jonglage permanent pour celui qui est en cheminement spirituel. Côtoyer les limbes de l’innommable aussi bien que les vieux os de la nature et de l’humanité.

En conclusion, je pense que l’apport de la spiritualité néo-païenne et sorcière à la communauté peut être celui de l’équilibre, de la pluralité. Un des grands problèmes de notre temps est la pensée manichéenne et exclusive qui entraîne à penser que puisque ceci est blanc, alors cela est noir. Si l’homme est bon, la femme est mauvaise. Si nous faisons un cercle de femmes, c’est pour exclure les hommes.  Si le passé nous inspire, alors nous nous fixons dessus et ne voyons pas le futur. Si nous croyons en une magie, principe irrationnel, alors nous avons abandonné toute raison. Si nous nous intéressons à l’héritage de notre origine ethnique alors nous sommes des ethnocentriques pour lesquels les autres cultures ont une valeur moindre. Si le divin est unique, alors toutes ses facettes vénérées par l’homme à travers le monde sont des fausses idoles. Si j’ai raison, alors le voisin a tort. Quelle tristesse. Face à cela, notre spiritualité peut être la danse vitale des contraires, du changement, de la transformation. Une religion de paradoxes, d’humour, de légèreté salvatrice et de profonde humanité. La vie dans toute sa splendeur, horreur, monts, merveilles et grosses tuiles.

Je suis une étudiante en sciences politiques qui ambitionne de devenir journaliste ( on a vu mieux comme asociale coupée du monde ), je m’intéresse aux vieux Gaulois et à la culture chinoise, je suis une écolo du centre-gauche, enfant de la mondialisation et patriote,  j’aime m’habiller avec des couleurs claires et gaies autant que du noir, et je suis une sorcière. Je crée ma propre identité et ma place en ce monde. Absolument pas suicidaire ou antisociale ou déséquilibrée ou en manque d’affection ou fasciste. Et à l’esprit critique acéré. Très acéré. Monsieurs et mesdames les cultivateurs de stéréotypes et d’étiquettes réductrices, je vous invite à venir vous y frotter. Préparez bien vos arguments.

De mon côté, cela me donne juste envie de lire, de lire encore plus, de me cultiver afin de nourrir ma réflexion de faits, d’ éléments de réponse solide. Et de dire aux membres de la communauté païenne : attention à ce que vous écrivez. Internet n’est pas un lieu privé. Nous sommes une minorité, et nous sommes nos propres représentants. Allons nous laisser nos symboles, nos rêves, être accaparés par des réactionnaires et des ados en crise ?

 


La Sorcière et les historiens

En ce moment, je m’intéresse à l’histoire de la sorcellerie moderne, ses origines, inspirations, le mouvement néo-païen d’un point de vue sociologique… en effet, je vais bientôt sortir du placard, et donc je voulais partir avec des fondations solides pour expliquer tout ça.

Je me suis donc plongée dans la lecture de deux livres très intéressants.

Le premier est Triumph of the Moon : A History of Modern Pagan Witchcraft, de Ronald Hutton. Il commence par rassembler et discuter les différents courants de pensée et faits sociologiques en Europe, à partir du dix-huitième siècle, qui ont plus ou moins inspiré et permis la renaissance de la sorcellerie païenne à partir de la deuxième moitié du vingtième siècle : les différents points de vue envers le paganisme antique, le Romantisme, les rebouteux et guérisseurs de la campagne anglaise, l’intérêt des milieux académiques pour le folklore anglais et les éventuelles survivances païennes, la naissance de la théorie de la Grande Déesse primitive, les sociétés secrètes occultes du dix-neuvième siècle et la franc-maçonnerie, et bien d’autres. Ensuite, le livre parle de Gardner, les querelles entre covens, l’évolution du courant aux États-Unis, les perspectives modernes, un aspect plus classique de l’histoire du mouvement.

Franchement j’ai adoré ce livre, c’est vraiment du pain béni, par son mélange de scepticisme, de lucidité, de détails très fouillés ( bon ça fait un peu tourner la tête parfois…mais j’ai aussi adoré la description, par exemple, de différents guérisseurs et « cunning-folk » du dix huitième…) et de respect. Il pointe aussi du doigt la condescendance de la plupart des scientifiques ayant abordé le sujet précédemment ( et ils ne sont pas nombreux ) mais démolit également la supposée « ancienneté » de la « Vieille » religion. Et finalement, il présente un portrait assez flatteur des sorcières modernes, en général ouvertes d’esprit, cultivées et créatives. Bref, je le recommande vivement aux anglophones confirmés – car il faut le dire le langage est un peu ardu parfois. J’espère qu’il sera traduit.

Le second livre est Le Néo-paganisme : Une vision du monde en plein essor, de Stéphane François. Il vient d’un milieu académique que je connais bien – je suis en plein dedans – et, disons, que ce milieu n’est pas disposé à traiter « tendrement » ce qui concerne la spiritualité. Donc, j’ai pu relever quelques touches de cette même condescendance. Cependant, dans de nombreux cas, c’est une critique justifiée. Cette étude souligne la tendance de certains païens à refuser toute modernité,présentant la mondialisation comme la source de tous nos maux,  à traiter le passé comme un âge d’or révolu, parfois se rapprocher des extrêmes politiques et du nationalisme, anti-christianisme et anti-Lumières, dénotant également une grande incohérence dans le rapport à l’histoire. Personnellement, je ne me reconnais dans aucune de ces catégories, et je n’y placerai pas non plus les païens que je connais. Pourtant il m’est arrivé de croiser de tels individus sur les forums – il me semble. Chacun son opinion, bien entendu, mais à l’image de l’auteur, je suis sceptique envers les tentatives de reconstruction du paganisme antique, car notre société, notre état d’esprit, a été bien trop profondément modifié, par le christianisme notamment, pour que nous puissions le ressusciter en l’état, et je ne pense pas non plus que, de toute façon, ce serait adapté à notre société moderne.

Je pense cependant que nous pouvons nous en inspirer. Il est nécessaire dans tous les cas de reconnaître notre héritage judéo-chrétien, si nous voulons prendre notre autonomie et le dépasser. Les indices de la spiritualité ancienne sont pour moi, passionnants, ils sont une rencontre avec une culture différente de la notre, qui inconsciemment nous a nourri, mais c’est bien trop vieux pour que nous puissions espérer un jour en prendre la pleine mesure.

Je suis païenne, oui, mais parce que j’honore le sacré du lieu, les esprits de la nature, la présence du divin dans le monde, et si parfois je m’inspire d’anciens mythes, d’anciens Dieux, d’une ancienne sensibilité, je crée mon propre langage. Cette démarche n’en est pas moins valide si elle n’est pas soutenue par un lignage venant de la nuit des temps.

Je pense que c’est une véritable névrose dans le milieu que de vouloir utiliser et abuser de l’Histoire, en tant que science, pour prouver ses dires. C’est tentant. Mais ce que nous faisons, n’est pas de l’histoire, ni de la science. On peut s’en inspirer, être émerveillé par des découvertes. Mais je pense qu’il est primordial, de ne jamais oublier que, ce que nous faisons, tient de la croyance, de la vérité personnelle et non pas de la Vérité. Donc, chercher à prouver, pourquoi ? Pour prouver sa suprémacie intellectuelle et religieuse, pour se rassurer ? Notre voie, justement, demande, à mon sens, le courage d’accepter l’incertitude, l’inconnu, et ne pas rechercher la gloire et la certitude d’avoir raison.

Donc, voilà, je suis un peu fâchée contre certains de mes auteurs préférés ( Starhawk par exemple ) qui avancent des données sans aucune preuve ( neuf millions de femmes brûlées en tant que sorcières ??? ). Bon, je continuerai à lire les bouquins de Starhawk parce que je trouve qu’ils sont magnifiques et inspirants, en tant que poésie, pas manuel d’histoire. Mais je pense aussi que, maintenant, il serait temps d’arrêter de répandre les mêmes idioties et de prouver que ceux qui se moquent des sorcières et néo-païens pour leur total manque de sérieux et de cohérence, ont tort. Nous faisons partie d’un mouvement qui commence à être assez mature, j’espère, pour marcher sur ses propres jambes sans devoir sans cesse déranger les illustres ancêtres dans leurs tombes avec des déclarations à faire se dresser les cheveux sur la tête…

Dans ce contexte, voici un site génial qui s’est donné pour mission de combattre les insanités répandues sur le web païen : http://wicca.timerift.net/ : Wicca for the rest of us. Stop the fluff. Think for yourself. Fight the bunny.

Voilà cet article parle bien sûr de mes propres convictions, je serais ravie que vous me fassiez part de votre avis avec des arguments et de la critique constructive !