Une cabane lovée dans le feuillage… Ma tanière de sorcière au fond des bois. Mon boudoir… poudres,éclats de rire et élixirs. Esprits en ébullition, chasseurs de rêves, et visiteurs en tout genre, tissez vous dans ma toile …

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L’ombre et la lumière (II)

Je m’étais un peu éloignée de mon sujet avec le début de cet article. Pour continuer sur cette histoire de polarités il y a une autre dualité,  le Bien et le Mal, qui vient à l’esprit. Je vous passe la dissertation de philo, je dirai juste que je ne suis pas fan du manichéisme et que marcher sur ces voies païennes a totalement bouleversé la façon dont je voyais cette question de morale.

Le Bien c’est en général la direction que l’on veut atteindre et le Mal celle que l’on fuit. D’un côté, la perfection, et de l’autre l’abomination. Il me semble que dans les deux cas on a affaire à des fantasmes, des mirages tous pleins de fausses promesses. Car dans la nature il n’existe rien de purement bon ou de purement mauvais ( tout à fait parfait ou tout à fait abominable ) Et ces deux extrêmes perdent leur sens quand on les modère – quelque chose d’un peu parfait ou d’un peu abominable c’est pas très parlant… Or la vie a du mal à subsister aux extrêmes.

Dans la vie il y a des choses qui nous attirent ou nous repoussent. Souvent c’est une question de survie, ou alors de conventions sociales ou de préférences personnelles. Derrière le Bien ou le Mal, il y a des valeurs qui se cachent, toujours – ces deux notions n’existent pas en tant qu’absolus.

L’obscurité et la lumière, en revanche, existent bien en tant que phénomènes physiques. Or, en faire une métaphore du Bien et du Mal c’est dangereux car c’est transformer quelque chose qui est différent pour tout le monde en quelque chose de fixe et tangible.

Quelque part cela se comprend. Nous sommes des créatures diurnes. Le manque de lumière nous déprime. L’été, quand les jours sont plus longs, la vie est plus facile. Pour nos ancêtres le retour du soleil était une question de vie ou de mort. Aujourd’hui on sait que le soleil, notre source de lumière, est le centre autour duquel notre planète tourne. C’est notre étoile, qui nous permet de vivre sur Terre. Pourtant on ne peut la regarder en face : trop de lumière aveugle, éblouit, brûle et détruit. La lumière est espoir, guérison, croissance, floraison, clarté, mais aussi brûlure, absolutisme, exposition, sécheresse, aveuglement.

L’obscurité, l’absence de lumière, la nuit, est un monde effrayant, où nous sommes privés de nos repères. C’est normalement l’heure où nous dormons, l’heure des rêves, où notre inconscient remonte à la surface. Ainsi on se repose, on se regénère : c’est un cocon, à l’abri de la lumière cruelle du jour, un moment de calme avant que la bataille reprenne. C’est aussi un moment ou nos ennemis peuvent nous surprendre – il faut être bien protégé avant d’y faire face. Nos instincts de survie sont alors plus forts. L’obscurité représente la latence, le potentiel de la graine enfouie sous terre, la fertilité, mais aussi la mort, le déclin, la pourriture. C’est l’utérus et le tombeau, la grotte, les rêves et les cauchemars.

Dans cette optique, comment pourrait on se passer de l’un ou de l’autre ? On dit parfois que la vérité est comme le soleil, trop éblouissante pour être regardée en face. Pour moi la vérité est en fait ce qui se passe lorsque les deux pôles se rencontrent : les nuances, les jeux d’ombres et de lumière, qui nous permettent de voir le monde tel qu’il est, un mélange, une fusion, une cohabitation et non pas une bagarre entre deux absolus irréconciliables.

Je travaille depuis quelques années sur mon côté sombre. Et c’est un travail ingrat, fascinant et assez addictif. ( Bon je vous le donne en mille, personnalité addictive, ça fait bien partie de mon côté sombre ça. Ma mère m’a récemment dit que la naissance avait du être une expérience narcotique pour moi…Lol. )  Filer la matière des rêves et des cauchemars…

Avec un peu de recul, je ne me suis peut être pas suffisamment protégée. Mais là de toute façon je suis à un tournant. J’ai expérimenté des états que la société d’aujourd’hui récrie profondément, comme des sortes de tares : dépression, passivité, tristesse extrême. Pourtant là aussi il y a des richesses : c’est le pendant d’une sensibilité laissée libre et débridée, j’arrive à capter, à ressentir le monde et les énergies de manière beaucoup plus forte, une sorte de sensualité au monde, une capacité de vision, de voir l’ensemble des possibles, des conséquences, et à la fois les défauts et les qualités des gens tout en même temps et de les aimer quand même.

En dépression, il y a une sorte de grâce du désespoir, de capacité à vivre avec l’absurde. Ou du moins je pense qu’il est possible de la trouver, de ne pas juste se culpabiliser parce qu’on est déprimé, inutile et nul – la société le fait déja bien assez. Je pense que si on est déprimé, c’est qu’il y a une bonne raison. C’est une invitation à revenir aux racines, à la poussière, aux os. A partir de là on peut retourner la situation – ce n’est malsain uniquement que si prolongé. Un apprentissage important est de savoir tirer parti de la tristesse, du désespoir, de ne pas refuser les cadeaux de l’obscurité comme on serait enclin à le faire parce qu’ils seraient dangereux, obscènes.

Rêver de l’obscur, est-ce obscène, démoniaque ? Est ce inviter le Mal dans notre vie, est ce une complaisance pour l’abysse, une damnation ?

Non, je dirais que c’est la vraie vie qui s’invite dans une psyché enfantine. La chasse sauvage, son cortège aux odeurs de sang, boue, musc et herbe coupée, et terre fraîchement retournée ; les paradoxes sacrés, la folie, la cruauté, le génie, les compromis, les nuances, l’absurdité, la Roue qui tourne. Et la sorcière qui mijote le futur dans son chaudron.

C’est un peu écrasant, tout ça, par moments. Alors je laisse certains domaines de ma vie pourrir, ce n’est pas une situation très tenable, je suis arrivée pour l’instant à un extrême de l’équilibre que je peux tenir, il me faut renverser la vapeur – tout en intégrant les leçons de cette escapade en terres inconscientes. Les bons aspects de la passivité. La glace, qui regénère et transforme la peur en pouvoir. La réceptivité au monde. La connexion aux fils du temps.

Maintenant, on va dire qu’il est temps pour moi de faire face à la lumière. Et pour cela j’ai besoin des cadeaux de l’obscurité, définitivement, de croire en mes histoires et mes rêves et mes cauchemars. La seule manière de maintenir mes nuances, ma vérité au delà du seuil.

L’été est une belle période pour apprécier l’ambivalence de la lumière, ici – au début fertile et verdoyant, et petit à petit, après la première moisson, lourd et plombant, chaleur écrasante, c’est la saison stérile et le règne de Déméter Melaina, la Noire. Dehors, plus rien ne bouge, l’air est brouillé, chargé de mirages. Le temps des sacrifices et des récoltes.

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L’ombre et la lumière (I)

J’avais l’intention de faire ce post depuis longtemps –  Angelina d’Ivy on the Path a fait cet article très intéressant  : http://ivypaths.blogspot.com/2011/06/from-cunning-book-of-evergreen-witch.html et ça m’a rappelé qu’il fallait que je m’y mette. ( et encore beaucoup trop long, alors séparé en 2 )

Comme je l’ai déja écrit, je n’aime pas beaucoup l’épidémie de fluffitude qui semble être un symptôme important du paganisme moderne dans ses dimensions les plus new-âge. Deux genres de fluffies : les classiques baignés de lumière pour qui ‘attention, on ne fait pas de magie noire’, ce qui a trait par exemple aux os, au sang est saaaale, et pour qui la vie est un océan de bonheur sans fin et la moindre ‘vibration négative’ est un blasphème, la magie est forcément positive, etc… Et il y a aussi les ‘dark fluffies’ chez lesquels l’obscurité est sur-revalorisée, elle est sagesse, intuition, renaissance, vérité, ( encore, d’accord là ) mais bien plus encore, tout ce qui vient de l’obscurité a été mal compris et mal jugé, les sorcières étaient toutes des guérisseuses ou des boucs émissaires…

Dans la polarisation, il y a  un danger sans cesse présent, celui de la séparation sans retour, de la caractérisation sclérosée. Et pourtant, c’est un mode intéressant de compréhension du monde. Dans la Wicca, la polarité principale est celle du Dieu et de la Déesse, qui sont associés à certaines caractéristiques du monde naturel.

La Déesse est traditionnellement associée à la Lune, à la Terre et à l’Eau, à la réceptivité, à la matière, à la vie. Le Dieu est plus un symbole de feu, d’énergie, de mort et de renaissance, le Soleil et la Végétation.
J’ai commencé à mes débuts par utiliser cette polarisation dans mes rites et croyances. Mais en progressant, je me suis aperçue qu’elle ne me correspondait plus. C’est au niveau de la Déesse Wiccane que je ne me retrouvais plus. Tout d’abord, la Lune me semblait tout d’abord une boule de roche et de poussière brillante et lointaine, un astre dont la qualité masculine ou féminine n’est pas le plus essentiel des attributs. Tout pareil pour le Soleil. A certains moments je les ressens de manière complémentaire ( masculine pour moi donc ) ou de manière similaire à mes énergies ( féminine pour moi ) mais il serait possible aussi de dire que je me sens plus d’humeur ‘solaire’ ou ‘lunaire’… question de point de vue.

Ensuite je ne suis pas particulièrement attachée au modèle yin/yang qui pose d’un côté le féminin/passif/froid/obscur/négatif/réceptif/intuition et de l’autre masculin/actif/chaud/lumineux/positif/raison et auquel la Wicca semble beaucoup se comparer. La polarisation en Wicca semble parfois aboutir à un modèle où, d’un côté, on a un principe féminin quasi-angélique, tout puissant, avec une revalorisation extrême de l’obscurité qui tourne au cliché et au bisounours. Non, l’obscurité, c’est dangereux. La magie, ce n’est pas innoffensif, cela demande des efforts et de la prudence. Suivre son intuition ne veut pas dire faire n’importe quoi et suivre ses moindres désirs. La  raison, c’est important aussi.

Les sorcières et sorciers d’antan étaient des personnages ambigüs, et si on y réfléchit le pouvoir de guérir allait de pair avec celui de maudire et de nuire. J’ai une amie, qui a grandi dans une famille où la magie était une chose courante, et cela voulait dire malédictions et accidents provoqués volontairement par des cousins qui avaient une dent contre une autre partie de la famille… Une autre païenne à qui j’ai parlé avait des tantes sorcières qui pratiquaient ce qu’on appelle de  la ‘magie noire’ et dans son enfance, elle en avait très peur … Les livres pour débutants se veulent si rassurants, mais il ne faut pas oublier que notre héritage est lourd et pas forcément facile à porter…

J’ai lu dans un post sur un forum que la violence était un attribut strincement masculin – personnellement je ne suis absolument pas d’accord. La Déesse serait la détentrice de vie et le Dieu, de mort. Cela se comprend, mais bon ce n’est pas un modèle absolu, il faut bien un homme et une femme pour créer une vie nouvelle ; et si les hommes ont eu peut-être généralement plus de tendances historiquement à prendre des risques, à protéger et se sacrifier, je ne sais pas où s’arrête la réalité et où commence le stéréotype.

Le Dieu est souvent présenté comme le fils/compagnon de la Déesse, et j’ai l’impression qu’il lui est en quelque sorte subordonné. J’ai déja lancé des piques sur la Grande Déesse et le Dieu Cornu ( et le Petit Dieu…) La Wicca est centrée autour de l’idée de Grande Mère, alors que l’image du Père est peu présente. Je ressens cela comme de plus en plus déséquilibré. Quelque part, il me semble que le Dieu est une sorte d’inversion du Dieu des chrétiens dans ses aspects les plus négatifs : possessif, patriarcal, dominateur, etc…  Le Dieu est surtout décrit comme étant doux, joyeux, tendre, champêtre, lubrique… un nouveau modèle d’homme pour guérir de la gangue patriarcale – très intéressant. Mais peut être pas si complet que ça : est ce juste une illusion ou avez vous remarqué aussi que le Dieu par exemple n’est pas souvent associé à la puissance et la grandeur, comme si on avait peur de retomber dans les excès patriarcaux ? Un soumis, a dit une amie à moi en riant, il n’y a pas longtemps. J’ai beaucoup de tendresse pour la présentation du couple divin dans la Wicca, mais parfois il me semble qu’elle prend beaucoup des allures de médicament, de pansement et cela ne me suffit plus.

De manière générale, la Mère est vue comme figure ‘centrale’ de la Déesse et la « quatrième phase », la Déesse Sombre, est trop souvent ignorée à mon goût. Et puis la Déesse Wiccane, a tendance à se définir comme une accrétion de nombreuses autres déesses, ce qui peut être un peu gênant lorsque l’on réduit les déesses au stade de « facettes ». Il s’agirait de trouver une force commune à toutes ces déesses particulières à travers les âges pour découvrir un visage intemporel relevant du Féminin Sacré, et en même temps de remonter à la source d’une Terre Mère d’un éventuel âge matriarcal il y a très longtemps, ou tout du moins à un âge où la vision du divin était plus équilibrée, et où le carcan patriarcal de la société ne s’était pas encore affirmé. C’est intéressant, mais est ce que le Feminin Sacré doit forcément se trouver dans le passé ? A-t-il forcément besoin de prendre racine dans une période hypothétique où le principe divin féminin dominait le masculin ? C’est intéressant de savoir que le patriarcat n’est pas le seul modèle ayant existé, pour rétablir une sorte d’équilibre, mais le matriarcat ne serait pas mon inspiration spirituelle – avant tout, je crois en l’équilibre. Ce ne serait pas à mon sens un modèle plus équilibré que celui du patriarcat.

Les déesses du paganisme ont souvent des personnalités complexes, passionnantes, des symboles fouillés, elles nous parlent de la nature humaine et de la nature du monde. Je n’ai pas trop ce sentiment avec la Déesse Wiccane : si elle est juste un tout, qu’en est il de sa propre personnalité ? Dans ma vision du monde, il y a l’Un, sorte de concept complexe qui englobe tout ce qui existe, mais ce n’est pas réellement une divinité. Je passe à travers une période de turbulences spirituelles et une des raisons, c’est sans doute que le concept de Déesse qui était central dans ma vie spirituelle a implosé. Avant, quand j’avais des problèmes dans ma vie c’est vers elle que je me tournais pour obtenir soutien et réconfort. Aujourd’hui, c’est Skadi que j’invoque pour me donner courage et faire ce qui doit être fait. Brighid à laquelle je me raccroche dans les moments de peur. Perséphone que je remercie pour les paradoxes tout autour de moi. Mais la Déesse…il n’y a plus rien. Le concept de Grande Déesse Mère ne veut plus dire grand chose pour moi. Il y a la Terre, oui, mais elle est tellement plus qu’une mère : elle est maison, gravité, point d’ancrage… ma relation avec elle est charnelle, passionnée, parfois fusionnelle : ce n’est pas le type de relation qu’il serait normal d’avoir avec une mère. L’idée de Grande Déesse, c’était pour moi un mélange de ce que j’avais lu dans les bouquins et qui parlait à mon imagination, un transfert pour partie de ma relation à ma propre mère, deux choses qui en fait n’ont plus grande raison d’être. Et finalement quelque chose, au noyau, de plus vrai et dur, lié au temps et à un passé très lointain. L’âme du monde, conscience de la matière, poussière cosmique, étoiles, temps…la raison pour laquelle, pour moi, la Déesse habitait dans les étoiles ?  Et la raison pour laquelle elle se manifeste dans ma vie par un véritable trou noir en ce moment ?   Je sens une piste là… de voir le véritable visage d’une force qui me suit depuis très longtemps et à laquelle j’ai donné le nom de Grande Déesse.

Et en ce qui concerne le Féminin sacré… Qu’est ce que c’est, en vérité ? On a eu ce débat avec mes soeurcières autour de ce qui s’est passé aux Etats-Unis, où des transsexuelles s’étaient vues refuser l’accès à un rituel réservé aux femmes durant un festival car elles ne seraient pas des ‘vraies femmes’… Alors, qu’est ce que c’est le féminin tout court ? Est ce strictement lié à une réalité biologique ? Où est ce une essence intemporelle ? Ne risque-t-on pas alors de retomber dans les clichés avec le décrié ‘Eternel féminin’ ? Et souvent les transsexuelles définissent leur féminité en adoptant les clichés à outrance, maquillage, talons hauts, etc…On dira que ce n’est pas ça la féminité, d’accord, mais ce sont des symboles reconnus par la société…La féminité ne serait elle pas dans le regard de l’autre ? Oui – alors c’est un peu dangereux comme idée. On veut pouvoir définir notre féminité toute seule, à notre image. Je dirais que c’est un peu des deux : la féminité est ce que chaque femme en fait, et c’est aussi un jeu, une histoire de relations, d’échanges, de séduction, de complémentarité, de pouvoir, de biologie et de magie surtout. Au niveau de la polarité : oui, si c’est une danse. Dès qu’on l’enferme, la fige, elle meurt.

Je suis du genre à étudier, retourner, renverser, et peut être dynamiter les règles et caractéristiques établies, à l’aise dans les zones limites et instables de la spiritualité, pousser plus loin… C’est peut être normal, alors, que la polarité wiccane, dont j’ai longtemps célébré la beauté, portée comme une seconde peau, me paraisse au bout d’un temps étriquée. Mais le fait reste que je la ressens toujours, cette polarité fondamentale… Juste tellement plus complexe que ce que j’avais envisagé au départ. L’ombre et la lumière, le feu et la glace, le bois et la foudre, la terre et le ciel, matière et énergie, et tellement d’autres façon d’envisager le monde…


Le Sanctuaire de Skadi est lancé !

Ici : http://sanctuairedeskadi.weebly.com/