Une cabane lovée dans le feuillage… Ma tanière de sorcière au fond des bois. Mon boudoir… poudres,éclats de rire et élixirs. Esprits en ébullition, chasseurs de rêves, et visiteurs en tout genre, tissez vous dans ma toile …

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Conte de deux cités


Je partage mes vacances entre deux villes, Bordeaux et Lyon, la vieille ou j’ai grandi et la nouvelle ou je fais mes études et mes familles sont partagées entre les deux. J’ai choisi de vivre à Lyon, et je sais très bien pourquoi, mais ce n’est pas ma terre, pas plus que l’endroit ou je suis née – pourtant ces deux lieux font partie de moi d’une manière différente.

J’ai toute une cartographie magique dans mon inconscient qui associe différents lieux à différents types de souvenirs et symboles. Bordeaux représente pour moi le passé, et Lyon, le futur/présent ; entre ces deux régions, l’énergie est extrêmement dissemblable. Ce sont deux pays différents, en réalité, au point de vue de l’esprit du lieu.

Raisons personnelles d’abord. Chez mon père bien sûr la maison est grande et propre et brillante, la vue est splendide et la vie est bien ordonnée – mais à Lyon c’est une maison où un bouquet de fleurs vous attend sur la table de chevet quand vous rentrez, le jardin déborde de tomates et d’herbes médicinales, des chiens et des chats en pagaille, et la nourriture on va la chercher à la ferme d’à côté. D’accord c’est le bordel, il y a plus de projets commencés que finis et des petites choses me tapent sur les nerfs, mais c’est une maison pleine de blagues salaces, de débats passionnés, de vie quoi ; et de beaucoup de tendresse. C’est quelque chose que mon père, lui qui disait que les gens de ma mère vivaient dans la merde, ne comprendra jamais. Je ne lui en veux pas –  je ne vais pas porter son héritage de petitesse d’esprit ! Il est doué pour maintenir une bonne image et c’est un héritage qui servira à mon ambition, mais seulement dans la mesure où elle me permettra de mettre en place mes rêves et en ne laissant jamais mon exigence devenir une sorte de permission de juger les gens. Surtout sur les apparences.

Alors, à Bordeaux, j’arrête de m’enfuir, je fais face à mon héritage personnel. Je n’en ai plus peur. Mon père est cynique et beau-parleur. D’une certaine manière je le suis aussi. Mais, douces mutations sorcières obliges, en fait, je me verrais plutôt sang-froid et conteuse. Il y a un héritage de cruauté dans la famille, c’est un fait, et quelque part je le suis aussi. Je ne crois pas en la transmission génétique, mais plutôt énergétique, des énergies de la famille et des ancêtres ; je crois que les histoires qui se sont déroulées plus haut dans la généalogie nous affectent toujours, si on ne les a pas réglées. Ce n’est du déterminisme que si on le laisse fonctionner en tant que tel. Alors je me regarde avec un oeil froid et je remercie l’équilibre de la vie : je suis plus empathe que cruelle. L’un ne va pas sans l’autre. Parfois cruelle avec moi même pour saigner à vif mon empathie – l’honorer – la vérité est parfois cruelle.  Les racines du mal et son remède : complète. Sans cela, il n’y a pas de beauté.

J’utilise mes faiblesses, ainsi que mes forces, comme des outils chers à mon coeur, et ici, j’apprends beaucoup. Je vois ce qui est bon dans l’éphémère. Je travaille, j’agis, simplement. Dernière phase de la stase. La terre de mes origines est une terre de fantômes, de marécages. C’est une frontière, une zone de terre sableuse et incertaine, logée au creux d’un fleuve opaque et boueux. La lumière est grise et brouillée, et les gens se cramponnent à leurs acquis. Sa beauté est dans la brume, dans la richesse du terroir, les chemins perdus dans la forêt, mais elle est insidieuse. Déprimante sans doute, pour ceux qui ne savent pas s’immerger dans la sensualité de la vie, et ils y sont nombreux. Le message de cette terre est : doucement vos plans s’enfoncent dans la vase, et je noie tout dans le flot épicurien de ma fange, noyez y vous aussi ou périssez. Le temps ne veut rien dire. Royaume du Lethe, le fleuve de l’oubli. Héritage amer, mais riche…

 

Je ne supportais plus cette atmosphère étouffante. Vers Lyon, terre de soleil, ville de lumière. Collines toscanes et sensuelles, prés verdoyants, vergers regorgeant de fruits, et à l’horizon, les Alpes majestueuses. Ici la terre est solide, et ne se dérobe pas sous vos pieds, et les gens sont francs et fiers. La vie est bonne. La campagne est canon, et la ville est lumineuse, colorée, altière et tranquille, – la vie est réelle. On respire à grandes bouffées. Les saisons sont très marquées et toutes sont un délice – l’hiver sec et neigeux, l’automne flamboyant, l’été fertile. Parfois, c’est par choc et à coups, il faut bien s’accrocher, la vie peut être rude. Mais en vaut la peine. Il faut s’affirmer, s’affiner, faire face au défi. Plus difficile à apprivoiser, la nature par ici. Elle vivifie les sens. Ici je travaille efficacement, je prends de la distance pour m’envoler. Je vois, de manière plus lucide et vis plus intense.

Mais, la Roue tourne et il est temps encore, de me poser plus loin. J’aime, apprendre à connaître de nouveaux horizons, me laisser enchanter et toucher et changer. Je sais trouver la beauté là où je me pose, maintenant. Je suis une fille de deux cités, bientôt trois, et mon coeur s’agrandit à chaque fois que je déménage !

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