Une cabane lovée dans le feuillage… Ma tanière de sorcière au fond des bois. Mon boudoir… poudres,éclats de rire et élixirs. Esprits en ébullition, chasseurs de rêves, et visiteurs en tout genre, tissez vous dans ma toile …

Working Witches

Working witches

Pour mon post de retour, je me devais de vous servir une jolie tirade allumée mystique écrite à pas d’heure de la nuit avec la musique à fond. Maintenant que c’est fait, concrètement ces derniers temps…
Il s’est passé quelques trucs qui ont douché mon enthousiasme pour la construction de la magnifique communauté païenne ; mes Dieux ont foutu le bordel cet été puis se sont faits la malle plus ou moins en me disant que j’avais du boulot et qu’Ils reviendraient quand ce sera fait, j’ai déprimé comme une vieille chaussette de ne plus être à Amsterdam ; les quelques épiphanies que j’ai eu étaient du type qui font mal et qui tâchent, pas très glamour, et puis ma vie quotidienne et professionnelle est devenue beaucoup plus exigeante d’un coup. J’avais pas envie d’écrire ici, pas envie non plus de me pointer sur les forums ou les blogs en dehors de quelques blablas sur Facebook. J’ai pas fêté un sabbat depuis cet été, en tout cas pas avec un grand rituel comme avant – avec de petits gestes, des excursions : à Mabon, jeté des pierres dans la rivière, à Samhain une marche et des offrandes dans un cimetière, à Yule une bougie devant la fenètre et une méditation dans la nuit. Se pourrait-il que ma pratique devienne…plus simple ? Nooon ! Mais qu’est ce qui se passe ?

L’autre jour, j’ai eu une conversation très intéressante avec Morri qui m’a permis de mettre les mots sur quelque chose que j’ai réalisé récemment. Elle a écrit sur le sujet ici et c’est très bien dit. Moi, je me suis rendue compte que j’avais une pratique fantasmée dans ma tête, construite en lisant mes blogs et mes auteurs préférés et en me projetant dans le futur. Mais le truc, c’est que c’est pas réaliste du tout, cela ne cadre pas avec ma vie concrète. Par exemple, j’adore les plantes mais je n’ai pas les moyens de passer mes journées à récolter des plantes dehors en fonction des phases de la lune, à faire des tinctures et des baumes, à méditer en nature pour me connecter à l’esprit des plantes…Je suis une étudiante surbookée, qui vit en ville dans un appartement au cinquième étage. Et je suis contente de ma vie, je l’ai choisie. Si je voulais être en pleine campagne maintenant au dessus de mon chaudron, j’aurais entrepris des mesures pour. Donc pourquoi est ce que j’essaie coûte que coûte à m’imposer une spiritualité qui ne colle pas à mes choix de vie ?

J’ai une amie qui ne fait jamais rien question pratique parce qu’elle a trop peur de se tromper, et parfois j’ai envie de lui mettre des claques (amicales, lol), mais dans ce cas-là il faudrait que je m’en colle une grosse, de baffe, à moi-même; parce que je fais exactement pareil sans m’en rendre compte. Et je me demande si c’est pas généralisé…Dans la communauté païenne, à travers les blogs et les récits, on voit se dessiner un idéal de vie : vivre à la campagne, en osmose avec la nature, et les rythmes des saisons, produire sa propre nourriture, manger que du bio, faire de l’art païen si on peut, passer son temps dans ses bouquins païens et ses recherches, ses travaux magiques, ses préparations, ses rituels, rendre des services et une dévotion soutenue à ses Dieux, aider les gens avec ses talents magiques, etc… C’est quelque chose qui me fait rêver aussi, il faut dire. Mais alors, qu’est ce que je fais là, avec mes études et mes petites ambitions, si mon rêve est tout ce que j’ai dit plus haut ? Bah réponse : en fait, non, ce n’est pas ce que je veux pour ma vie. Pour ma retraite, peut être, mais je suis loin d’y être. J’ai des projets, qui m’empêcheront d’avoir cette parfaite petite vie païenne. Et je ne dois pas être la seule dans ce cas. Alors pourquoi on continue à se faire du mal en  se remuant une jolie petite image d’Epinal sous le nez, en se culpabilisant de ne pas être d’assez bons païens parce qu’on a des ambitions mondaines ? Cacaboudin, j’ai envie de dire. Dire que tous les païens devraient vivre d’une certaine façon, ça relève de l’idéologie à deux balles.

Avant de cultiver mon jardin dans mon coin, j’ai envie de faire tout un tas de trucs, et cela ne me rend pas moins sorcière. Je suis sorcière le matin quand je me lève de mauvaise humeur, je suis sorcière quand j’imprime mes comptes-rendus de travail, je suis sorcière quand je m’endors en amphi, que je prépare mes cours d’anglais. Je suis païenne quand j’écoute ma musique dans le métro, quand je bois une bière avec ma coloc le soir et qu’on se plaint de nos journées respectives en rigolant, quand je m’enguirlande avec mes parents, quand je suis fière parce que le prof a dit que mon projet était génial, quand je danse en boîte, etc. Ca, c’est ma vraie vie. Et beaucoup de ce que j’ai lu dans les livres et de ce que j’ai rêvé de faire, au niveau pratique spirituelle et magique, ne colle pas, autant au niveau imaginaire, qu’objectifs.

Pendant longtemps, pour moi, la vie quotidienne c’était chiant, un truc obligatoire, pas profond, futile. La vérité, c’est que ma spiritualité était devenue un échappatoire. La vie quotidienne a énormément à nous apprendre au niveau spirituel. Mes Dieux ont décidé de me laisser patauger un peu toute seule justement parce que je négligeais certaines réalités essentielles de la vie et que ça bloquait tout le reste. Et petit à petit je me rends compte que j’aime de plus en plus mes études. Je me donne des moyens concrets pour devenir indépendante, pour pouvoir oeuvrer à un monde meilleur, pour trouver des solutions concrètes, pour devenir adulte. J’en suis fière. J’apprends à prendre soin de moi, à me ménager des moments pour méditer et faire les choses qui sont importantes pour moi en m’organisant. J’arrête de me mettre des oeillères roses, je fais face à mes déceptions. Je deviens plus honnête dans mes relations. Je travaille sur moi, pour être mieux dans ma peau, mieux honorer la parole donnée, agir selon mes convictions. Et donc, arrêter de me raconter des histoires sur ma spiritualité – quoi qu’il advienne, elle devra s’adapter à ma vie ‘profane’ et les deux sont indistingables, car j’ai toujours vu ma voie dans l’action. Il y a un moment où il faut moins rêver et plus regarder ce qu’on peut faire concrètement. Le plus important, de toute façon, restera. Parler de sa vie mondaine colle peut être moins au joli cliché païen de base, mais je trouve ça un peu schizo de ne que voir la spiritualité dans les rituels où on  »joue à la sorcière’ avec tous les accessoires qu’il faut…non la spiritualité c’est tout le temps, et l’ignorer en raison d’un fantasme de la grande prêtresse ou de la sorcière sauvage, c’est de la paresse intellectuelle. Il nous reste tellement de modèles à inventer pour le monde moderne !

Et je me demande aussi – combien d’entre nous se coupent de leur spiritualité au travail – parce qu’on aime pas ce qu’on fait, parce que c’est chiant, parce qu’on doit se concentrer et on n’a pas le temps, parce que ce sont deux domaines séparés de notre vie, parce qu’on n’a pas envie d' »abaisser » notre spiritualité, parce qu’on a peur d’être découvert, qu’on a pas envie d’apparaître bizarre…comme s’il y avait une sorte de frontière invisible. Bon je ne parle pas de se mettre à porter des gros pentacles et à parler de ses rituels à tout le monde, il y a certaines choses qui devraient rester du domaine de la vie privée et c’est très bien. Ce que je me demande c’est, d’une part, comment notre spiritualité et éthique influe sur ce que l’on fait tous les jours avec le plus gros de notre temps, et aussi quels trucs et astuces pour se faciliter la vie, se ressourcer, mieux se ménager des moments pour nous au milieu d’un emploi du temps chargé, etc. J’ai envie de plus écrire sur ça – working witches, unite ^^ ! Donc des articles sur comment pratiquer lorsque l’on a pas accès à des endroits privés, comment faire un autel de voyage, comment utiliser la magie pour mieux étudier et s’organiser, dans le travail ; techniques de motivation et de time-management ; sur ma routine de santé spirituelle, de la magie urbaine aussi, etc..Bref un portrait plus réaliste des pratiques à ma portée, en tant que jeune sorcière urbaine, étudiante, avec un travail à mi-temps…qui ritualise dans les toilettes de sa fac autant que en plein milieu des bois !

 

Publicités