Une cabane lovée dans le feuillage… Ma tanière de sorcière au fond des bois. Mon boudoir… poudres,éclats de rire et élixirs. Esprits en ébullition, chasseurs de rêves, et visiteurs en tout genre, tissez vous dans ma toile …

Dévotions

Rencontres – Sigyn ( jour 28 et fin )

Il faut le dire, je ne m’y attendais pas, d’accrocher autant avec Sigyn. C’est un formidable retour de balancier dans l »autre sens », après avoir travaillé longtemps avec Skadi. Il faut dire que ces deux Déesses sont symboliquement, et dans leurs énergies, diamétralement opposées.

Skadi ne pardonne pas, elle est une vengeresse. Elle est dure, brillante, splendide, sauvage. Elle est une diplomate, une meneuse de clan, une chasseresse. Sigyn est une déesse de la compassion. Elle est discrète, joyeuse, tendre. Elle est une mère au foyer, une guérisseuse. Skadi a le béguin pour le Dieu sans doute le plus (trop) populaire, alors que Sigyn est mariée au Dieu qui sert de bouc-émissaire au reste du panthéon. Skadi est une déesse d’action qui se caractérise par son indépendance, elle a d’ailleurs divorcé sans problème, alors que Sigyn est connue pour sa fidélité avant tout. L’énergie de Skadi rappelle l’immensité de la montagne, les étendues neigeuses, le hurlement des loups, celle de Sigyn la chaleur du foyer, la beauté de fleurs sur le point d’éclore, le rire d’enfants en train de jouer, le contact de mains qui caressent et contiennent. Skadi est celle qui place le serpent au -dessus de Loki, et Sigyn celle qui contient le venin du même serpent.

En travaillant avec Skadi, je suis allée trop loin dans un sens. Ca serait ridicule de dire que la divinité en serait responsable, ce que je veux dire, c’est que j’avais en tête un modèle précis, et je m’y suis trop raccrochée. Toute énergie en excès est néfaste, de toute façon, et je manquais de finesse, sur le coup – même si au début, c’était fort et authentique. Et nos Dieux sont loin d’être parfaits. Accepter cela nous force à voir nos propres problèmes, et qu’on est responsable des forces que l’on appelle… Au contact de Skadi, et surtout face aux épreuves de la vie, je suis devenue froide à l’intérieur, cynique, je me suis coupée de mes émotions. D’un certain côté ça m’a rendu plus forte et plus lucide, m’a permis de me protéger contre certains miasmes émotionnels autour de moi, de partir en quête – mais je suis allée trop loin. J’ai pris ce détachement, cette inflexibilité pour de la maturité alors qu’en fait cela ressemblait beaucoup à de la dépression, lorsque plus rien n’a de l’importance. Je me focalisais sur l’idée d’une revanche, ça en devenait malsain. Et je me suis coupée de ma sensibilité, de mes proches… j’en avais besoin sur le moment, mais j’ai du mal à savoir quand m’arrêter. Je m’en voulais tellement d’avoir souffert par amour ! Quelle marque de faiblesse, je me disais. J’essayais d’être dure avec moi-même, d’être morale supérieurement, d’être un maître zen et une super businesswoman, d’imposer ma volonté et de ne pas me laisser faire, d’avoir toujours un temps d’avance, d’être l’experte de la phrase assassine, de dire merde au monde. Tout mieux que d’être celle qui disparaît dans le papier peint. Eh bien… je me suis étalée comme une bouse. Lol.

Entre Loki, et une phase de ma vie où j’ai laissé les choses partir en éclat en rigolant un peu comme une psychopathe. Enfin, non, je me suis rendue compte de tous ces rôles que j’essaie (mal) de remplir alors qu’ils ne sont pas faits pour moi, que ça marchait pas, et qu’il y avait un sacré boulot à faire encore. Et que c’était pas en étant bien sage, en étant la meilleure de la classe et en suivant bien toutes les règles bien comme il faut que j’allais y arriver. Que le grand guide sur comment réussir sa vie n’existait pas, que le destin ne me préparait pas de plan retraite, que j’étais en train de devenir un zombie, incapable de s’ouvrir et d’être touchée. (qui se prend trop au sérieux en plus). Outils de libération possibles, intervention de Saint Sarcasme, rêves enflammés, cadeaux explosifs. Overdose d’enjeux, de leçons, de choix, d’envies. Je sais plus gérer ma vie, tout est à reconstruire.

Travailler avec Sigyn, c’était ‘full circle’. Arrêter de me culpabiliser, de vouloir être punie. Arrêter de vouloir toucher le fond. Fin de la narrative : maintenant, au travail. Reconnaître mes problèmes, que je ne pourrai pas faire disparaître en le souhaitant assez fort. Vivre au lieu de survivre : déposer les armes dans ce conflit contre moi-même. Me pardonner pas parce que je le mérite, mais parce que j’en en ai besoin. Arrêter de vouloir la reconnaissance à tout prix. Tout ça, ces noirceurs, ce n’est pas une raison pour me rendre misérable, cette mentalité de siège.( Accepter le monstre intérieur ? Je rêvais d’organiser une veille funéraire pour Vali l’autre jour (?) ) Et être gentille ce n’est pas forcément être le dindon de la farce ou la bonne poire. Sigyn m’ancre aux petits miracles de tous les jours, les contacts qui me rendent humaine.  La vengeance est une poursuite stérile qui… envenime les choses jusqu’à la destruction, et n’a rien à voir avec la colère légitime. Ma sensibilité, ma fidélité et mon amour du compromis, de la négociation, ne sont pas un ticket obligatoire vers la médiocrité. C’est là que je trouverai la source de mon courage. Mes amours, aussi douloureux, inappropriés qu’ils soient, me travaillent, me font grandir. Si je veux encore souffrir, ce sera une médecine à mon initiative. Et si j’ai l’air ridicule tant pis, plus on rit plus on est de fous.

L’histoire de ma vie, je pensais jusqu’à lors, c’est de me retrouver soi-disant coincée entre deux factions opposées qui se tirent dans les pattes, avec un dilemme insoluble en ce qui concerne mes loyautés. Mais ces derniers temps, ça s’apaise. Mon intégrité ne repose pas dans mes ‘allégeances’. Regarder la vie comme une gué-guerre entre deux camps, c’est aller droit au désastre. Cette idée qu’il faut choisir un camp ou l’autre, qu’il n’y a que deux choix, c’est un magnifique mensonge. Ca vaut aussi pour la mythologie nordique, je trouve la vue gentils dieux de l’ordre contre méchants géants du chaos assez stupide (et j’adore à quel point on peut trouver des points de résonnance entre ces mythes et la banale vie du quotidien). C’est se priver d’une complexité salvatrice, et libératrice. L’intégrité se fait cas par cas, en voyant la personne (ou l’entité ou tout ce qu’on veut) et la relation, pas l’affiliation ou l’étiquette ou les principes derrière. Si j’ai développé une relation aussi forte avec deux déesses si différentes, possiblement en conflit, je devrais sans doute pouvoir me débrouiller dans d’autres domaines de ma vie…et au final, elles ont des points communs aussi : la simplicité, la sobriété, la valeur donnée à l’action, la force de caractère et le courage de suivre son coeur.

Je vois bien, maintenant, que si Skadi a répondu à mes tentatives de contact, ce n’est pas pour faire de moi une super dominatrice (lol, et encore moins pour mon talent au ski ^^), peut être plus lié au fait que ma route professionnelle m’amène vers la préservation de la nature sauvage, ce qui est certainement un de ses domaines ; et d’autres affinités, mais pas de plan cosmique et tant mieux ( patate!). Je pense à Sigyn et à mon futur engagement humanitaire et l’importance de ne pas prendre la grosse tête et de rester réceptive. Du concret. Avant de pouvoir jouer les révolutionnaires, il faut mettre les mains dans la boue – à la pâte.

Enfin voilà. Une fois encore c’est super personnel, c’est ce qui m’occupe toujours, mais je me fais pas d’idées, je serais pas capable de faire autre chose spirituellement tant que ces leçons ne seront pas digérées.

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Autel – Sigyn – jour 4

J’ai dressé un autel pour Sigyn dans ma chambre, pour l’honorer au quotidien.

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Le brûle-parfum rose représente mon foyer symbolique, pour Sigyn en tant que mère au foyer, sa lumière très douce aussi, et cette manière de diffuser les odeurs me plait plus que de l’encens. Il y a une bougie à la vanille à l’odeur très subtile, crémeuse, un petit verre et une coupelle à offrandes, une pierre offerte par une amie chère qui a des propriétés de guérison et d’acceptance de soi, l’étoile filante et le petit pendentif représentent ses enfants ( un souvenir de ma chambre d’enfance, et un cadeau de ma petite soeur ). Une carte de mon oracle druidique des plantes, la consoude, qui favorise la cicatrisation et la soudure des os, et représente la force, la persistance et l’union.

Enfin, un bol qui sert à la méditation. Je voulais quelque chose de plus travaillé pour ce bol, mais lorsque je l’ai vu dans le bric à brac du foyer des sans-abri à 20 centimes, il m’a paru parfait. L’important après tout ce n’est pas l’outil en soi, mais le geste, et l’idée de dénuement, de simplicité et de service, convient à l’énergie de Sigyn.


Harmonie – Chemins de Lumière III

Voilà très en retard, ma participation à la troisième semaine des Chemins de Lumière mis en place par Valiel. J’ai vraiment bloqué sur ce thème, je voulais faire quelque chose à la peinture mais ça ne sortait pas. J’ai donc décidé de faire quelque chose de plus proche du Land Art, au final. Enfin bon, gros mots, c’est une offrande :

Simplement, pour moi, l’harmonie, c’est le lien avec la nature, les saisons… J’ai ramassé quelques feuilles, fleurs et fruits dans mon jardin, et je me suis dirigée vers l’arbre gardien de mon enfance, le cèdre immense qui se dresse au milieu du paysage chez mon père. Celui au pied du quel j’avais fait mon rituel de voyage vers la partie sombre, celui dans lequel je montais tout le temps petite, mon refuge où j’écrivais, me consolais et échafaudais mes plans. Avec le temps qui passe, les ronces rattrapant les branches du bas, le lieu ressemble de plus en plus à une cathédrale verte. La même atmosphère de majesté, de recueillement, mais ici je me sens à ma place, en sécurité et en paix. L’harmonie. Je laisse des offrandes aux esprits du lieu, je dépose mes offrandes en mandala, je le charge tout en chantant ma version préférée de la Witches’ Rune, et en me laissant traverser par la beauté du lieu et la joie simple d’être ici. Je me laisse aller contre l’écorce de l’arbre, ressentant sa force tranquille, parfait mariage du ciel et de la terre, et je le remercie pour tout ce qu’il m’a apporté.

 

 

C’est le rituel en lui même qui est ma contribution plutôt que la photo parce que j’avais besoin de quelque chose qui me traverse et m’imprègne, et que quelque part c’était un rituel qui tenait de l’art, j’avais envie de faire quelque chose de beau.

Avant de repartir, je récolte quelques petites branches et un côte pour mon autel. Puis je me retourne sans regarder en arrière. A chaque fois que je retourne visiter cet arbre, c’est une joie douce-amère, comme celle de revoir un ancien amour…je suis partie car ma voie était ailleurs, mais cet endroit reste un de mes lieux de pouvoir, qui m’a formée, et j’espère trouver la même force et beauté à l’endroit où je déciderai de jeter mes racines plus durablement.


Allégorie

Elle est une offrande
Elle est un jeu qui se joue
Jusqu’à la toute fin
Maintenant est le moment de l’infinité
Amertume et passion
Un pas après l’autre
Nous élevons les enjeux 
Nous tissons ensemble
Avec soin, et précision, et force
Droit au coeur
Nous chantons ses louanges
Elle est l’âme de la symphonie
Nous connaissons son vrai visage
Une seconde avant le saut – 
 
Celle-qui-lance-les-dés
Flèche droite
Chemins sans fin
Elle est le feu dans nos coeurs lorsque nos yeux se rencontrent
L’ivresse de la course
Le calme au coeur de la tempête
 
Nous sommes ses gens –
Au sang fier, au pas confiant
Nous la sentons lorsque le printemps devient humide et luxuriant
Dans la noirceur du soleil d’été écrasant
Dans la beauté cruelle du déclin
Dans le triomphe pur du froid brillant
 
Toujours nous répondons à son appel 
Chair, os et moelle,
Nous entendons ses cris silencieux
Nous nous levons et nous empruntons la route
Nous marchons toujours.
 
Elle nous habite
Horreur et courage et grâce
Oh mère du temps
Dame de l’heure la plus noire
Nous plongeons dans les profondeurs
Et sommes changés pour toujours
 
La richesse du sol fertile
La compassion de la nuit
Les chemins vers les rêves
Les vents du changement et du chaos
Les chants de la bataille
Le réveil de l’orage
La poésie des carrefours
Le courage de la lionne
La danse de l’oiseau téméraire
Le secret des voies anciennes
L’audace de réinventer le monde
Les spirales de la vie et du temps
A travers naissances et unions, morts et funérailles, 
La simple joie de grandir et vieillir en ce monde, 
Toujours toi, notre Reine !

Mûrissement…

Il y a quelques temps, à la lune noire, j’ai clos la dernière phase de mon travail avec ma partie sombre…
Je suis partie, à la nuit tombée, me mettre sous un sapin immense près de chez moi. Endroit parfait, tout entouré de broussailles pour la discrétion, dégagé sous les branches, un cocon de verdure, un petit chemin dans le lierre menant au tronc immense. J’ai toujours eu un lien avec ce sapin, petite je me réfugiais haut dans ses branches pour écrire et rêver. Le sapin me parait un bon arbre pour le travail en rapport avec la partie sombre, de plus. Le rituel consistait en plusieurs étapes, et à chaque étape j’allumais une bougie, créant ainsi un sillage dans l’obscurité. L’autel était au niveau du tronc, entouré lui aussi de bougies. La dernière partie était un sacrifice et une offrande, utilisant un peu de mon propre sang et du vin de laurier mêlé à du coulis de mûre, qui avait pris une teinte rouge épaisse impressionnante.

Il m’a fallu du temps pour surmonter une certaine tension vis à vis de l’obscurité…près de chez nous, c’est un quartier très tranquille, le bois est totalement sûr, mais même…je n’étais pas tout à fait à l’aise avec le fait de partir comme ça toute seule…En fait, je n’ai pas pu accomplir le rituel le soir même – je n’étais pas satisfaite de mon script et il me manquait la moitié des ingrédients. Le soir d’après, j’ai pris un bain pour me préparer qui m’a totalement endormie. Le soir encore d’après, problèmes d’organisation et je me suis retrouvée à faire le ménage à minuit…

Le 2 août, était ma dernière chance puisque ensuite je partais. Un peu avant, l’orage et la pluie se déchaînent et nous revenons à la maison avec 50 kg de cèpes à préparer – je désespère. Mais finalement, dès que la maisonnée est endormie, me voilà partie à travers champs avec mon gros sac à dos rempli de bougies et pots en tous genre ( pour cette occasion, je n’ai pas lésiné…) en priant pour ne pas rencontrer de harde de sangliers…

Une fois lancée je me sens si  bien, dans la nuit humide, accueillante, la nature sent bon, je me demande pourquoi j’étais effrayée. Je suis certes, alerte et sur mes gardes, mais je n’ai plus peur. Ritualiser la nuit dans la forêt, c’est très particulier, et bénéfique – cela induit une sorte de retour aux instincts. Je suis ici dans  mon élément naturel, pourquoi à chaque fois je me convaincs du contraire ? Bref, ça se passe très bien – à un moment clé une bête sort des broussailles, petite, comme un furet par exemple ( ou était ce mon chat ? lol ) mais reste dans l’ombre, je ne peux pas le voir…Et la Déesse Sombre m’honore de sa présence, tout autour, je suis plongée dedans. J’ai ré-intégré ma partie sombre à moi-même, certes, mais mon travail avec Elle ne fait que commencer.

Offrandes…

En bonus, j’ai trouvé des articles très intéressants sur la partie sombre ici :

http://morriganscave.wordpress.com/2011/08/11/la-part-dombre/

http://morriganscave.wordpress.com/2011/08/11/comprendre-la-deesse-sombre-traduction/

http://morriganscave.wordpress.com/2011/08/11/la-peur-du-sombre/

http://morriganscave.wordpress.com/2011/08/11/rehabiliter-les-tenebres-dans-le-paganisme/

( Evidemment, je me rends compte maintenant que je sors de mon cocon d’incubation que je ne suis pas la seule à m’intéresser au sujet ^^ ça va faire des recherches prometteuses tout ça !)


Un autel à Skadi

Dans Nothern Tradition for the Solitary Practitioner, A book of Prayer, Devotional practice and the Nine Worlds of Spirit, Kaldera et Krasskova recommandent de faire un autel à Skadi de la manière suivante :

Couleurs : blanc, gris, rouge sang ( j’y rajoute aussi du bleu et du noir )

Symboles : Arc et flèche, raquettes, loup

Suggestions : un tissu neigeux, des flocons de neige, des motifs hivernaux, des peaux d’animaux de proie        ( lapin, coq de bruyère, biche ou chevreuil, etc…) des cristaux de ‘glace’, des pointes de quartz translucide, des branches de sapin, la rune Isa. ( et les runes Hagalaz ( grêle primordiale), Eihwaz  (épreuve, vie/mort) et Algiz ( protection, bouclier défensif, instinct de survie) également, selon moi. Et si on veut aller plus loin, Tiwaz ( flèche/justice) ; j’ai lu aussi qu’on pouvait décorer son autel avec des peaux de loup ou de renard arctique, mais l’origine me paraît alors importante…Et un autre texte qui de manière assez étonnante, l’associait aux floraisons ‘neigeuses’ de certains arbres au printemps…Je pourrais lui associer le serpent, également, et les skis, bien sûr.)

Nourriture et boissons : viande de lapin, gibier, vodka et cervoise ( certains ont même utilisé du schnapps à la menthe glaciale…) ( de manière générale, je pense qu’Elle aime les offrandes simples et la nourriture qui réchauffe et permet de survivre sans trop plomber. Surtout pas de nourriture industrielle. ) 

Services : aider une organisation qui s’occupe de la protection de la vie et nature sauvage, apprendre une jeune femme à chasser de manière respectueuse. ( j’ajouterais aussi : tout acte accompli avec courage et respect, l’exercice physique respectueux de son propre corps, et généralement toute action ayant trait à la justice, spécialement la défense des femmes ; et des actions environnementales, particulièrement ayant trait à la banquise, aux espèces animales en danger…) 

Contre-indications : ne pas mettre Son autel près de celui de Loki.

( Je vous conseille fortement ce livre, qui donne des indications très précieuses sur la dévotion au quotidien, des prières, des témoignages et des conseils pour des autels à chaque divinité. )

Voilà mon autel à Skadi, mis au Nord bien entendu :

C’est un début, donc, fait avec ce que j’avais sous la main : du tissu bleu ( la glace peut être bleue aussi…) des bougies blanches, des pommes de pin dans toutes les tailles, une pique en corne, une baguette et ma bolline au manche en bois de cerf ; de la sélénite ( qui fait très stalagmite ) du quartz, de la sodalite, de la howlite, de l’opale, de la septaria, un talisman runique, et finalement des ingrédients pour un sort que je prépare sous Son égide : une fiole avec de la cendre et du sang, et une fleur d’aconit. En fond, c’est mon tambour, et au dessus, j’ai accroché des photos de montagne et de loups, et ma tête de cerf ( en plastique ^^ )

Dans le temps, j’aimerais y rajouter une image de Skadi peinte par moi même, une nappe spéciale teinte à la main, de la fourrure, des os, un arc miniature et des flèches, une corne pour les offrandes…Il y a du boulot !

….

Sur une dernière note, il me semble que Skadi a deux côtés, deux aspects : un côté impitoyable, martial, quasi-guerrier ( certaines théories l’associent d’ailleurs, par la racine de son nom, à l’héroïne celte Scàthach, qui vivait en Ecosse sur l’île de Skye ( assez rude et montagneuse…), une grande guerrière et magicienne qui s’occupait de former les héros. ) et un côté plus tendre et protecteur, qui s’exprime lorsqu’Elle est la première à s’inquiéter de l’état de son beau-fils, Freyr, malade d’amour pour la géante Gerd. Sa tendresse, bien sûr, est directe et parfois un peu brutale, c’est la tendresse de la Mère Louve, qui ne retient rien. D’une manière générale, c’est une protectrice et aussi un professeur. Dans les témoignages que j’ai lu, Elle vient souvent pour dispenser une leçon essentielle qui tient de la nature de la vie et de la mort. En ce qui me concerne, Elle a décidé de s’installer durablement dans ma vie et fait preuve de beaucoup de patience et de persistance. ( Ce qui me donne envie de me taper la tête contre les murs parfois. Mais bon. ) Je sens chez Elle une sensibilité étrange, très pointue, liée à la Nature, et en même temps elle est si forte, c’est un exemple très inspirant.


Voyage sur les terres de Skaði (II)

( Ce qui suit est mon expérience personnelle uniquement, cela va sans dire, et n’a pas prétention à être une référence. )

Quand j’ai pris son nom pour nom de sorcière, je ne savais pas qui elle était. Je cherchais un nom pour représenter ma partie sombre, et j’ai trouvé un personnage dans les livres de Pullmann A la croisée des mondes, Ruta Skadi, une reine des sorcières du Nord terrifiante et splendide. J’ai senti une connection avec le nom avant même de savoir qu’il s’agissait d’une déesse. J’ai porté son nom alors, pas tout à fait en connaissance de cause, mais je ne le regrette pas. Mon intuition a porté ses fruits. Lorsque j’ai lu son histoire, c’était comme une part de moi même qui tombait en place. Elle correspondait tout à fait à cette force sombre que j’avais ressenti en moi-même, de sauvagerie, d’orgueil et d’immobilité glaciale.

Alors ce n’était pas exactement une manière facile de commencer une relation avec une divinité, trouver le point d’approche dans ce que j’avais de plus sombre et désespérant. Elle faisait partie de moi, mais en même temps c’était une force de la nature extérieure, bien réelle. Petit à petit j’ai senti qu’il y avait  comme une présence à mes côtés, quand j’agissais, une présence en moi de sa part, mais distante, qui me surveillait et probablement ne me trouvait pas prête et trop jeune. Elle est revenue à moi, pendant une méditation runique sur la rune Wunjo, pourtant rune du bonheur, de la joie et du plaisir physique qui de prime abord n’a pas l’air d’avoir grand chose à voir avec Skaði. Mais en fait, cette méditation m’a emmenée vers des montagnes glacées, et en dessous, dans le ventre de la terre, dans des cavernes noires, immenses, traversées par des rafales de vent, et là je voyais des corbeaux qui dansaient, virevoltaient, et une grande rune Wunjo, en pierre, autour de laquelle je dansais, m’accorchais, tournoyais suspendue à l’envers. Au dessus je voyais le visage de Skaði, immense, aux yeux violets, un sourire aux dents bien acérées et une expression de joie quasi-extatique sur le visage, et je me souviens d’avoir ressenti une joie exhilarante, débridée : la joie du sauvage à l’état pur. La liberté, primale, et aussi une sorte de vertige délicieux et débridé, mais dans un sens très pur – un peu comme si vous aviez respiré trop d’oxygène, ou pas assez.J’entrevoyais là un côté beaucoup plus attirant de Skadi, quasi-hypnotique. Cela m’a vraiment surpris, mais c’était une sorte de talisman aussi, pour moi qui ai toujours eu du mal avec cet aspect de moi même.

Et puis en février dernier, nous sommes partis au ski, avec mon père et ma soeur. C’était donc le moment idéal pour travailler sur ma relation avec ma patronne…Le ski, j’aime beaucoup, mais le ski ne m’aime pas, vu que j’ai une coordination dans l’espace hum…pas terrible.

J’écoutais Wake Skadi sur le chemin aller pour me mettre dans l’ambiance. Ah, les Alpes ! C’est vraiment très très beau ! A midi avant d’aller sur les pistes, je bois quelques verres de vin. Tout juste pompette, mais je tiens bien sur mes jambes, quand même. Et au début, ça me fait peur, mais ensuite…c’est de mieux en mieux, l’ivresse de la vitesse me prend doucement, je tourne et je maîtrise, c’est génial ! Le soir tombe peu à peu et il n’y a pas beaucoup de choses plus belles, à mon avis, que le crépuscule à la montagne, lorsque le ciel se teinte de violet et de rose, une légère brume capture les dernières lueurs, le blanc est flamboyant…

Je remercie ma Déesse pour ce beau cadeau. Mais ensuite, je déchante. Tout d’abord, on est dans une station ultra-luxe, bling-bling, avec des Russes qui distribuent des pourboires de 20 euros, des VIP au teint carotte, une fausse ambiance ‘chalet’, des vitrines Chanel et Valentino, des casinos…bref, à l’opposé exact de ce que Skadi représente. Et tout ce bruit, le côté clinquant, je trouve ça…irrespectueux, j’aimerais que la montagne soit un sanctuaire. Bref, j’étais déjà bien énervée. Le deuxième jour, j’ai des crampes partout. Pas très sportive, et dormi sur un lit tout dur. Hmm… Je tombe, une fois, deux fois, trois fois, et le pire ce n’est pas la douleur ( rouler dans la neige, c’est limite marrant…) mais la honte. Mon père, derrière moi, me donne des conseils évidents, comme si j’étais une gamine légèrement retardée – comme si souvent… Le deuxième côté de Skadi : elle est dure envers les orgueilleux. Exaspérée, je dis à mon père de me ficher la paix et je finis la piste à pied. Clairement, quelque chose s’est bloqué. C’est physique – mes muscles ont du mal à tenir, je ne fais plus trop confiance à mon corps – tout autant que psychologique. La voix de mes parents envahissent ma tête – on le savait bien, tu es nulle, peureuse, lâche, quand il s’agit d’agir, il n’y a plus rien…et là, hop, je tombe.

Plus tard, je me force à recommencer cette piste et à la finir. Je chantonne entre mes dents, un air de jazz ( aucune idée d’où ça vient ça …) Doucement, je m’acharne, je reste concentrée malgré le fait que ça fait vachement mal. J’ai envie d’être digne de Skadi. Le lendemain, ça va un peu mieux, jusqu’à ce que les acharnés de la performance m’entraînent sur une piste plus difficile et là je bloque de nouveau. Alors je m’installe à une terrasse au sommet, j’attends et je médite, dans un transat. Des vieux souvenirs remontent à la surface. Petite, j’aimais bouger, grimper dans les arbres et courir. Que s’est il passé ? Encore la faute à papa et maman, j’imagine ^^ Mon père me mettait bien des claques pour que je remonte sur mon vélo. C’était un acharné qui allait à sa salle de gym deux fois par semaines. Ma mère, elle, était capable de marcher 4h d’affilée, qu’il pleuve, grèle ou vente, et elle me forçait souvent à venir avec elle. Une fois, même, alors que j’étais clairement malade, et à l’arrivée j’ai vomi partout sur la place du village. Chouette. De quoi aimer le sport. Réaction classique : je cours dans l’autre sens.

Mais alors que ces souvenirs me reviennent, je sens que Skadi – qui ne me parle pas mais qui EST là, tout autour, comme une sorte de champ de force, et plus encore sur les sommets immaculés, ne comprend pas grand chose à ces petits problèmes humains. Elle est là, éternelle, grande et parfaite, comme un aimant qui m’attire ; elle est la force qui me poussera à viser haut, avec moi dans mes moments de grandeur, de puissance ; pure aussi, elle n’a rien à faire des doutes et des petites vanités humaines. Elle est comme l’avalanche, une force qui renverse tout sur son passage, et à ce moment je me sens trop petite et trop fragile et humaine pour cette énergie là. Qui pourtant, fait partie de moi. Elle est mordante comme le gel, et inspirante, et inflexible.

Je me relève. Le lendemain, m’ayant abandonnée comme définitivement nulle, mon père et ma soeur sont partis braver les pentes raides, et moi, tranquille, je fais la piste que j’aime le mieux, qui serpente à travers la forêt, fait face au Mont-Blanc. Je me dirige vers l’endroit que j’avais repéré la veille et qui sera parfait pour faire mon rituel.  Je me défais de mes skis, que je planque derrière un arbre, et je monte, en haut de la piste, vers les arbres. Je monte et monte encore, pour me mettre à l’abri des regards, et là dans le fond, je vois un petit troupeau de chamois qui s’enfuit, comme un signe. Arrivée là où ils étaient, je trouve un petit sapin tout jeune, éclairé par le soleil. Je fais mon rituel à son pied, un rituel tout simple, car j’ai l’impression que Skadi n’aime pas les dévotions trop compliquées ou ornementées.  Je chante l’invocation, plusieurs fois, avec une voix grave, et ma perception bascule.  Je suis devant la Dame, comme je suis, et une partie de moi dit que je ne suis pas digne, mais je tente le tout pour le tout ; je demande humblement son patronage.

Alors la Dame ‘dit’ ( ou en tout cas c’est ce que je ressens des énergies reçues ) : tout ça, ce sont des bêtises, tu es en chemin sur Ma voie, tu es plongée dans la nuit, et cela est nécessaire pour que tu grandisses . La Montagne ne se gravit pas en un jour. Ce qu’il faut, c’est que tu comprennes, et que le changement s’enracine en toi jusqu’au plus profond. Alors, lance toi et arrête de chouiner. La route sera longue et pénible et difficile, mais tu l’as choisie. Mes filles doivent avant tout s’appartenir à elles-mêmes, et ne s’aplatir devant aucune divinité, ou édit extérieur. Tu es prudente, c’est bien, car ici, c’est dangereux, un pas de trop et on tombe. Tu n’es pas prête pour chasser sur mes hautes terres, mais je vais te préparer. 

Et la Louve Blanche sourit. Je verse du vin en offrande, du pain aux épices – ce que j’ai pu trouver de moins compliqué, de la nourriture de survie. En offrande sur la terre. Et il y a une dernière chose : une petite boîte que je n’avais pas spécialement l’intention de laisser, mais finalement je comprends bien que telle est sa place. Mon premier sort : vers treize ans, j’avais rencontré une biche prise dans le grillage, totalement paniquée, et j’ai dû lui faire encore plus peur ; finalement, elle s’est enfuie, laissant des poils ensanglantés sur le barbelé, et j’avais recueilli ces poils et dit une prière pour elle. Avec les années, je l’avais trimballé partout. J’avais énormément d’empathie pour elle, je m’y identifiais, la proie terrorisée et gracile, toujours en fuite. A cet instant, le signe était clair : j’abandonnais la boîte. La Chassée devenait Chasseresse. Mais la Dame me soufflait toujours à l’oreille : N’oublie jamais que les deux sont liées ; que même la montagne respire et un jour, sera réduite à la poussière. Plus l’ambition est grande, plus l’humilité doit l’accompagner. Sinon, l’équilibre est rompu, et j’avale les idiots dans mes précipices. Cela commence ici : connais tes forces et tes faiblesses. Observes et grandis. 

Le dernier jour, au matin, me voilà sur le sommet d’une montagne, face à un col flamboyant, prête à me lancer encore dans une descente, quand j’ai une épiphanie : mais qu’est ce que je fous là ? Je n’aime pas la vitesse excessive. J’ai des crampes partout. J’ai une dangereuse fascination pour le vide. Je suis en train de m’acharner pour faire plaisir à mon père, alors que je réclame depuis le début de la semaine une balade pour pouvoir enfin profiter du paysage splendide. C’est ridicule. Je descends tranquillement la piste, je dis à mon père ébahi que je vais me balader et que je les retrouverai le soir à l’appart. Peut être, un jour, que j’aimerai le ski, quand j’aurai la préparation physique nécessaire, et quand je ne ferai plus ça pour prouver quoi que ce soit à qui que ce soit. Et il y a d’autres manières d’apprécier la montagne. L’escalade, par exemple. La conquête lente du sommet. Ca, c’est plus mon truc, déjà. Mais être dure avec soi même, de façon inutile et gratuite, ce n’est pas être digne de Skadi, c’est être stupide et gaspiller ses ressources. Choisir des objectifs qui en valent vraiment la peine, voilà une première leçon.

Une dernière fois, je prends le téléphérique pour me retrouver face au Mont-Blanc, le sommet le plus haut, et je me trouve l’endroit parfait pour un dernier rituel. La vue est saisissante :

Avant d’en arriver là, j’ai du me rouler dans la neige et m’accrocher aux branches pour ne pas tomber dans le vide, comme une vraie sauvageonne. Là sur mon petit promontoire dans le cocon d’arbres, je fais une visualisation libre après avoir invité Skadi de nouveau. Etrangement, c’est un renard qui apparaît pour me guider. Sur des fonds d’aurore boréale, il me montre mon cadeau : c’est une sorte d’étrange mécanique autour d’un coeur qui bât, avec des aiguilles très fines. Il me dit que c’est un instrument qui sert à voir les limites des mondes et à travers eux, et de me servir de leurs forces,  et que c’est mon don naturel. Ensuite, l’instrument est absorbé dans ma poitrine au niveau du coeur, et je reviens. Assez perplexe, je continue mon rituel en consacrant un pendule à Skadi, en cristal, qui ressemble à un morceau de glace. Je la remercie de veiller sur moi.  Je n’ai pas envie de clore, la force sauvage de la nature autour moi semble plus vive, elle m’entoure et me baigne, et je suis heureuse. Mais je ne peux pas rester ici à l’année, alors je fais mes offrandes et je repars.

Trois jours plus tard, mon pendule me glisse des mains et se brise. Pas le bon moyen de communiquer alors. C’est une route difficile qui m’attend, je le sais. De nombreuses fois, l’énergie de Skadi est trop dure et pure, je ne sais pas quoi faire avec, elle me brise le dos. Pourtant, il faudra bien que je m’en serve. Si elle me l’a donnée, ce n’est pas pour rien. On dit souvent que Skadi n’aime pas les hésitants et les faibles et ceux qui gémissent. Pourtant, je suis faible parfois. Je suis humaine, après tout, je ne me le cache pas, et je fais de mon mieux pour avancer. Je crois que ce qu’elle déteste le plus, ce sont les menteurs, ceux qui se mentent à eux-mêmes, les fanfarons, les traîtres. La Dame est solitaire, et pourtant, elle est aussi l’esprit de la meute, qui doit s’entendre pour survivre. Son courage n’a rien de grandiloquent : son courage est efficace, froid et silencieux comme l’hiver. Mortel pour celui qui n’est pas préparé. Sa leçon, pour moi, est que trouver et suivre sa propre Vérité, sa propre nature, et lui être fidèle, est essentiel pour survivre. Elle est un aspect de la femme sauvage, qui peut faire peur, qui est étrange, qui ne fait pas de compromis. Elle pulvérise les illusions et ce qui n’est pas nécessaire. Elle ne fait pas de cadeaux, mais elle est aussi celle qui protège la terre pour qu’elle se régénère ; elle peut aussi se montrer attentive, pleine d’une tendresse parfois un peu brutale…Elle a un sens de l’humour assez particulier. Elle se retrouve aussi dans l’ivresse de la vitesse, de la chasse, des hauteurs et des profondeurs, la soif de la justice, la passion froide et déterminée. Indépendante, mais jamais frigide ou effrayée. Féroce, et souveraine sur ses terres chéries. Brillante et sombre à la fois, une clarté obscure à couper le souffle, une trace fugitive sur la neige, toujours en avance sur ceux qui essayent de la suivre…

Pour revenir à la Croisée des Mondes, il y a un passage qui m’a toujours beaucoup fait penser à Skadi. L’héroïne est assise dans un ballon dirigeable qui survole l’Arctique, et dehors, à côté, il y a une sorcière qui vole, sur sa branche de sapin. L’héroïne lui demande si elle n’a pas froid, car elle ne porte que quelques voiles noirs. La sorcière répond que, si, elle a froid, mais que si elle s’habillait plus, elle ne sentirait pas le picotement de l’Aurore  sur sa peau…


Voyage sur les terres de Skaði (I)


Cela fait longtemps que je voulais écrire cet article sur ma relation à ma patronne ; je voulais prendre le temps nécessaire donc la gestation a été longue…Tout d’abord, quelques infos générales sur cette déesse.

Quelques mots sur Skaði 

Dans la mythologie nordique, Elle est une jötunn, une géante ( esprits de la nature à la force surnaturelle ) et la fille de Thjazi. Elle est une déesse de la chasse ( à l’arc notamment), des montagnes, de l’hiver et du ski et est appelée ‘brillante/sage mariée des dieux’, « dise aux skis » ou « dises aux raquettes ». Après la mort de son père, elle est allée demander réparation aux Ases qui l’avaient tué après que celui-ci ait enlevé Idunn, déesse de la jouvence. Ils acceptèrent de la faire rire, ce que Loki réussit à faire en s’attachant les testicules à la barbe d’une chèvre. Ensuite, elle put choisir un mari parmi eux, en ne voyant que leurs pieds. Elle choisit les pieds les plus blancs, espérant tomber sur Baldr, le beau dieu de la Lumière, mais ils appartenaient en fait à Njördr, le dieu Vane de la mer. Leur mariage ne fut pas heureux. Ils avaient décidé de passer neuf jours à côté de la mer et neuf jours à Thrynheim (‘Maison du tonnerre’ ou ‘Maison Bruyante’), chez Skaði. Mais Skadi ne supportait pas le cri des mouettes et Njördr le hurlement des loups.D’un commun accord, ils se séparèrent et Skadi et retourna vers ses montagnes bien-aimées. Selon certaines sources, elle aura par la suite plusieurs fils avec Odin, dont un roi de Norvège. On l’a rapprochée de Ull, dieu de l’hiver, mais ce n’est pas justifié par les sources. Après la mort de Baldr, lorsque Loki fut capturé et attaché à un rocher, Skadi plaça au dessus de lui le serpent venimeux, son venin gouttant sur le visage du dieu. Son nom est relié à celui de la Scandinavie, peut être qu’elle tire son nom de là où qu’elle a donné son nom à la Scandinavie. Son nom provient probablement d’une racine qui veut dire ombre, obscurité ou danger.

Selon Régis Boyer, dans la Grande Déesse du Nord :  » elle pourrait aisément représenter la fertilité latente de l’hiver (…) elle est nettement tellurique (…) hivernale : c’est pour cela , sous ces latitudes où la lumière hivernale est un enchantement de clarté, qu’elle est sk’ir » ( claire, brillante ) Il y a aussi une connotation cosmique.  » « Skadi, c’est la Mère justicière pour qui la loi du clan, dont elle est la gardienne, en esprit du moins s’il faut en croire les sagas, est souveraine. » » Skadi, dans sa raideur, sa gravité et cette intime collusion qu’elle offre avec l’au delà, Skadi avec ses aspects matériels ou naturels doit bien remonter, par quelque côté fondamental, à ces chasseurs-pêcheurs-cueilleurs qui furent les premiers habitants de la Scandinavie » » Et aimer, c’est combattre, éliminer toute rivalité, avoir l’exclusivité, et encore, dépasser la mort, aller jusqu’au bout – en vérité jamais atteint – de la belle histoire d’amour et de mort (…) Comme fait Skadi qui, en somme n’est pas tellement déesse de la mort : elle règne indifféremment sur un monde où les distinctions vie-mort perdent sens »

 » Ces skis de Skadi qui relèvent certainement de la même conception d’un défi aux lois de notre nature »
Elle peut aussi former une sorte de triade avec Freya ( amour-sexe-beauté) Frigg ( mère-épouse-vie ), elle est la femme-amour-combat-mort, la sauvageonne, à côté de l’amante et de l’épouse. Mais ces figures sont toujours pleines d’ambivalences.

Liens intéressants pour qui s’intéresse à cette déesse ( en anglais…)

http://www.hrafnar.org/goddesses/skadhi.html

 http://en.wikipedia.org/wiki/Ska%C3%B0i

http://meadhall.homestead.com/Skadipage.html

http://www.dutchie.org/Tracy/goddess/skadi.html

Le très beau chant en l’honneur de Skadi de Hagalaz Runedance, Wake Skadi

http://www.youtube.com/watch?v=zImjZyHTjJ8

Gullinbursti press a crée un petit livre de dévotions à Skadi, dont les profits sont reversés à une association de protection et d’étude des loups :

http://www.lulu.com/product/paperback/the-huntress-within-finding-skadi/4943419

Je viens de le recevoir et j’en ferais une petite critique/résumé bientôt.


Mes dévotions

Je vais bientôt faire une série d’articles sur ma relation avec mes Dieux, en commençant par Skadi -j’y planche d’ailleurs dessus depuis un bon bout de temps – ensuite Belisama, Nephtys, Perséphone et puis ensuite, je verrai comment cela se présente.

Oui, c’est assez mixé dans les panthéons. Je me pose toujours des questions sur cela d’ailleurs. En ce qui concerne les paganismes celtes et nordiques, cela fait sens, puisqu’il s’agit de l’ancienne religion de mon sol, et d’une partie de ma famille pour l’autre, qui vient de la Frise, une partie des Pays-Bas restée très longtemps païenne, qui a d’ailleurs développé son propre système de runes – je me suis d’ailleurs rendue compte récemment que le nom de ma mère venait de Wotan, le Odin germanique. Sacré révélation ! Skadi vient de la Scandinavie, donc c’est pas tout à fait la même chose, mais on peut dire que dans l’ensemble l’esprit nordique m’est familier. Les traditions celtiques m’ont toujours beaucoup parlé. Je pense que c’est également une partie de mon patrimoine – le trip ‘nos ancêtres les gaulois’ etc… En ce qui concerne les divinités grecques et romaines, j’ai passé une bonne partie de mes vacances, durant mon enfance, dans la très belle île de Crête ; et en Rhône-Alpes, on est plus près de l’Italie que de l’Irlande, et le climat est entre les deux, donc là aussi, il y a un lien. Pour l’Egypte, j’étais passionnée d’égyptologie petite, on peut dire que les divinités égyptiennes ont toujours fait partie de mon monde imaginaire.

Je m’interroge : même en tant qu’éclectique, peut on tout mélanger ? Il y a certains mélanges qui sont certainement totalement irrespectueux comme l’illustre si bien ce comic :

( Prêtresse : Je t’invoque, O Sainte Déesse Mère, O Lune radieuse dont la lumière nous éclaire, O Terre Mère qui nous nourrit, nous et nos amis les animaux, par ton abondance, je t’accueille en ce cercle, O Kali ! – C’est un grand honneur pour toi d’être avec nous ce soir, mais tu n’a pas besoin de me remercier, je t’en prie. Amène avec toi ton consort sacré, le Soleil et le Ciel à tes champs terrestres, Herne !

Kali : Mais putain t’es qui toi ? Herne soupire. Kali : Bon, tu voulais lui manger la rate ou je peux ? )

Je fais attention à ce que je fais. Par exemple, je ne vais jamais invoquer ensemble deux divinités d’un panthéon différent durant le même rituel. Ensuite, je ne vais pas me servir d’un rituel wiccan typique, pour invoquer une divinité j’essaie de m’inspirer des rituels propres aux cultures dont elle vient. Et puis j’essaie d’adapter à la sensibilité que je perçois de la divinité, à ce qu’il est dit qu’elle aime ou pas. Je travaille longuement avec avant de passer à la pratique ritualisée. Enfin tout ça pour dire que je n’invoque pas souvent les divinités ^^. Mais ils m’accompagnent quand même, au jour le jour.

Et pourquoi mélanger les panthéons alors ? Je conviens que si on vivait dans une communauté fermée, très ancrée en un seul lieu, cela aurait peu de sens, même si les Dieux voyagent. Notre façon de célébrer les Dieux doit être très différente de celle des anciens, de toute façon. Moi, je suis une fille de cultures mixées, je suis moi-même un mélange. Et je pense que dans un sens c’est le sens de tout le monde aujourd’hui. Et les Dieux voyagent, ils sont des forces de la Nature, mais si je me sens attirée par telle ou telle figure d’un panthéon qui n’est pas de ma culture à la base, ce n’est pas par désir d’exotisme, mais parce que cette figure n’a pas d’équivalent comparable dans un autre panthéon – et c’est souvent le cas.

De toute façon, je ne me considère pas comme française, mais comme européenne. Et encore, pour les anciens païens la notion de France, n’aurait rien représenté. On construit des ensembles qui changent tout le temps – la notion de patrie est très relative au temps. Bref je ne crois pas vraiment à l’ethnicisation du paganisme moderne, même s’il est tout a fait légitime que certains peuples veulent protéger leurs traditions ; il ne s’agit simplement pas de la même chose. Copyrighter les Dieux : mais pourquoi faire ? Votre Dieu serait il tellement petit qu’il faudrait se le disputer, qu’il n’y en aurait pas pour tout le monde ?

Le respect est de mise, quand même. Et puis une certaine…hum…proximité personnelle est nécessaire, je crois, avec la culture d’origine de la Divinité. En ce qui me concerne, je me cantonne à l’Europe et au Bassin Méditerranéen, ce qui est déja d’une richesse incomparable. Les spiritualités africaines, amérindiennes, chinoises, japonaises, australiennes…m’intéressent d’un point de vue intellectuel, mais je ne pourrais pas vénérer un de leurs Dieux : c’est trop lointain, j’ai l’impression. Et puis ici, il y a déjà tant à faire…les Divinités sont quand même nées à un certain endroit, et cela influe sur toute leur personnalité et mythologie. Rien que le climat, c’est super important. Pour créer un lien.Par exemple, quand je vois le vent souffler dans les champs de blé encore verts, je pense à Déméter et à sa fille, aux plages de Crête… Les jours de brouillard, je pense plutôt à Macha et à la Morrigan, à l’aubépine fleurie autour de la colline de Tara, Irlande . Et beaucoup plus rarement, lorsque le vent chaud du Sud ramène du sable, je pense au désert lointain, à Isis et à sa soeur…ces deux sont pour moi les plus lointaines, dès que je peux je vais en Egypte, en ‘pèlerinage’ mais pour moi avoir l’expérience charnelle du sol des divinités est très important. L’année prochaine je vais en Norvège chez Skadi !!! Ah il me tarde trooop !

Bref. Je pense que les Divinités nous choisissent, mais ce n’est pas pour rien, cela veut dire qu’il y a des atomes crochus, déjà au niveau culturel, et ensuite, au niveau psychologique. J’essaie toujours, en travaillant avec la divinité, de voir comment son énergie est manifestée en moi. Cela fait un point d’ancrage très fort. Et finalement je vais la voir dans la Nature. Faut que ça soit très personnel, quoi.

Enfin, je ne crois pas qu’il y ait plus ou moins de ‘légitimité’ à vénérer telle ou telle divinité parce qu’on a des ancêtres qui viennent de là bas etc, simplement je me sens comme poussée vers mes racines. Cela ne veut pas dire qu’il y aura une exclusivité. Ce qui est intéressant avec l’éclectisme, c’est que cela appelle à jongler avec les visions du monde et cosmologies différentes, et tant que ça reste complémentaire, je trouve ça passionnant. C’est ma foi de sorcière, me balader à la lisière des mondes…Savoir qu’ils se superposent parfois à la perfection, en une synchronicité merveilleuse…Alors, il ne faut pas en avoir trop, sinon on n’a jamais le temps d’aller plus profond, mais dans l’ensemble, ma compréhension de telle ou telle divinité n’est que renforcée des contacts que j’ai avec les autres – c’est une somme gagnante, en quelque sorte.

Et vous ? Vous cantonnez vous à un seul panthéon ? Si oui, pourquoi ? Si vous êtes éclectique, comment gérez vous cela ? Vous sentez vous attiré par des divinités qui sont celles de vos racines, ou pas ?


Devenir sa propre mère…

Je voulais partager avec vous ce texte qui m’a beaucoup touchée – parce que je me suis toujours beaucoup identifiée à Perséphone, c’est une déesse très proche de mon coeur, et j’avais simplement l’impression de me voir décrite dans ce texte ^^

Femme et Déesse, tout simplement
(c) Christine Champougny-Oddoux

L’archétype de Coré-Perséphone prédispose la personnalité d’une femme à être floue, sans contours précis, et à ne pas se laisser définir aisément. Les autres autant qu’elle-même rencontrent des difficultés pour savoir qui elle est vraiment. De par son apparence, elle semble ne pas avoir d’âge et il se dégage d’elle une impression d’insaisissable. Effacée bien que souriante, d’allure jeune et cherchant à plaire, elle a un certain charme, mais elle peut très bien aussi passer inaperçue.
Dès l’enfance, Coré se trouve être en apparence comblée par une mère dont le sens de la vie est limité à la satisfaction de son enfant. Gentille à l’excès, c’est une enfant soumise, suradaptée à son entourage, qui ne fait pas de vague, ne s’oppose jamais, et offre un visage souriant. Derrière cette façade de docilité et de soumission, la jeune Coré puis la femme Coré-Perséphone abrite un conflit intérieur extrêmement dommageable, entre des attentes parentales de conformité et ses aspirations et inclinaisons profondes.
Le défi pour la femme Coré sera de sortir de son rôle d’éternelle jeune fille confondant son désir avec le désir de sa mère.
Pour une enfant Perséphone, qui porte en son sein une vie intérieure foisonnante, intense et plutôt secrète, s’adapter à ce monde est d’emblée une épreuve plutôt difficile, dont elle se protège par la solitude et le repli. Elle écrit son journal intime, passe de longues heures dans ses rêveries, ou encore donne libre court à son imagination et à ses images mentales. La jeune Coré-Perséphone se trouve fréquemment confrontée à la perplexité voire à l’embarras et au malaise de ses parents, de ses professeurs et de ses amis. En effet, elle n’a ni l’attitude, ni les demandes ou les réactions d’une enfant, puis d’une adolescente standard. Elle ne regarde pas la télévision, a peu d’amies, n’est pas tellement intéressée par les garçons. Par son comportement décalé et hors norme, elle inquiète sa famille ! Malheureusement, plus elle se renferme pour se protéger d’une incompréhension ou d’une exigence d’adaptation, plus elle aggrave sa situation : il se peut même qu’elle devienne “l’enfant à problème”, moquée ou harcelée par ses frères et soeurs.

Cependant, l’adolescence lui donne l’occasion de vivre des situations qui peuvent provoquer son initiation et amener sa transformation. Elle rencontre d’autres personnes de son espèce, certes jugées bizarres ou mystérieuses, et développe son attrait spontané pour le surnaturel, l’occultisme et la mystique.
En fait ce qui pose problème à une jeune Perséphone est la difficulté qu’elle rencontre dans les deux mondes, les deux réalités auxquelles elle se trouve confrontée, et entre lesquelles elle navigue avec plus ou moins de fluidité, mais dont elle a conscience avec sans aucun doute plus de lucidité et de finesse que d’autres.
Cette difficulté est encore renforcée par le fait qu’au début de sa vie, avant que sa conscience ne soit suffisamment développée et qu’elle ait été initiée aux Mystères de la descente souterraine, une enfant marquée par cet archétype vit ces deux mondes comme hostiles et dangereux. Chacun à sa manière la rend confuse, perdue, et la laisse dans une troublante équivoque. Le monde de la réalité tangible est inhospitalier, la confrontation à la matérialité lui est souffrance. Coupée de ses sensations corporelles, elle n’est pas en contact avec les informations précieuses qui pourraient la guider. On pourrait peut-être même dire qu’elle est en lutte contre cette incarnation qui semble enfermer son essence dans ce corps qu’elle vit comme une armure, et ce, malgré son apparence fréquemment évanescente.

Son second univers, celui dans lequel elle se plonge avec délice – et par lequel elle est appelée -, le monde souterrain de la mythologie, celui de l’inconscient personnel et collectif, est tout aussi effrayant, froid et imprévisible. Il n’est pas seulement le lieu de visions positives, rassurantes ou lumineuses. Il contient aussi la face sombre des choses, à laquelle elle a accès sans savoir toujours comment décoder ses images et ses impressions. Elle reste alors seule avec des expériences qu’elle ne peut confier. A l’image d’une pellicule photo surexposée, elle risque la brûlure et la blessure, à défaut de repères et de guides. Ainsi l’incidence de cet archétype dans la structuration de la personnalité induit-elle un double mouvement. Sous un masque d’adaptation extérieure, une “persona” acceptable par son environnement, la jeune fille et plus tard la femme Perséphone vit une seconde existence, riche et intense, souvent effrayante, et presque toujours dénuée de sens. Une existence à laquelle bien peu de personnes de son entourage ont accès et dont la signification ne lui apparaîtra qu’après l’avoir déchiffrée et comprise. C’est ainsi, au prix d’un travail intérieur profond et suivi, qu’elle pourra se libérer de ce qu’elle vit le plus souvent comme un fardeau.

(…) Coré est une fille dont la mère ne reconnaît pas l’altérité, et qui, devenue Perséphone, reconnaît que sa vie véritable est ailleurs. Aussi longtemps qu’une femme Perséphone n’a pas pleinement compris et accepté cette séparation dans toute sas complexité mortifère et transformatrice, elle ne peut développer la mère interne protectrice. Elle reste prisonnière de son état de jeune fille sans nom ( Coré ), jouet de ses propres enfers, qui lui restent tout à la fois ténébreux et hermétiques.

L’Ombre de Coré-Perséphone

La femme qui incarne Coré-Perséphone rencontre deux écueils majeurs au cours de son évolution pour aller au-delà de l’archétype avec lequel elle est particulièrement en affinité. Ne sachant pas se donner la place de sa propre valeur, par impossibilité de déplaire aux autres et de ternir son image, elle reste une jeune fille prisonnière, engluée dans les souhaits et projets que sa mère a sur elle.
Le type de relation qui s’est d’abord installé avec sa mère s’est généralisé dans sa vie et elle tend à reproduire des relations dans lesquelles elle délègue à l’autre son pouvoir personnel. Elle se conduit alors face à certains amis, son mari, son employeur ou son professeur, comme s’ils étaient un patron dont elle se doit d’obtenir les bonnes grâces en les courtisant. Dans sa vie amoureuse, le risque est grand de remplacer une mère toute-puissante par un homme contrôlant, sauf si elle active une autre Déesse en elle qui lui évite de reproduire une relation fusionnelle et co-dépendante avec son partenaire.

Sans avoir développé une sécurité intérieure suffisante, habitée par un sentiment d’impuissance face aux forces qui l’habitent, elle ne demande généralement ouvertement aucune aide, mais sa fragilité appelle le sauveur. Elle attend alors le miracle ( “Un jour mon prince viendra…” ) et invariablement rencontre un Pygmalion qui ne l’aidera pas nécessairement à exprimer le meilleur d’elle-même, mais auquel, si elle n’y prend pas garde, elle peut rester soumise à jamais.
Si elle ne saisit pas les chances évolutives et de croissance que la vie lui propose comme nous allons le voir, vouloir conserver cette image de jeune fille modèle l’amènera à rester dans le silence, la dissimulation voire le mensonge. En refusant le processus d’individuation qui lui permet de quitter la passivité qui la caractérise, elle court le risque de cultiver des sentiments négatifs et de s’engluer dans une dépression interminable.
Chez une femme Perséphone, cette dépression est souvent larvée, cachée et peut se confondre avec son retrait naturel. C’est un peu comme une fleur qui se fane. Elle devient de plus en plus évanescente.
(…)

Pistes d’évolution pour une femme Perséphone

(…) La femme Coré-Perséphone est une femme médiale, une femme qui structurellement et naturellement baigne au coeur de l’atmosphère psychique de son environnement. “La femme médiale se tient entre le monde de la réalité consensuelle et celui de l’inconscient mystique, et fait le lien entre les deux. Elle est le transmetteur et le récepteur de deux valeurs ou idées, ou plus. Elle est celle qui donne vie à des idées neuves, échange les vieilles idées contre des innovations, sert de traductrice entre le monde du rationnel et le monde de l’imaginaire. Elle “entend”, “sait”, “sent” ce qui va arriver.” explique Clarissa Pinkola-Estès dans Femmes qui courent avec les loups.
Aussi pouvons-nous nous demander si nous n’assistons pas aujourd’hui en quelque sorte au réveil de Perséphone ? Il semble que cet archétype si longtemps difficile à tolérer pour notre société, soit en train de ré-émerger des profondeurs abyssales où il était relégué. Cet exil peut s’expliquer par le fait que si la femme médiale est chargée d’exprimer ou d’agir les contenus inconscients de son environnement, elle est à même d’en manifester les aspects sombres ou négatifs, ceux-là même que cet environnement refuse et tente à tout prix de maintenir refoulés. Cela lui vaut alors d’être identifiée comme “celle par qui le malheur arrive”, et elle est considérée comme maléfique. Si de plus elle n’a pas suffisamment aiguisé son discernement, ou qu’elle peine à trouver les mots justes pour s’exprimer, elle court le risque d’être submergée et débordée par les contenus de l’inconscient collectif et de s’y perdre elle-même, ce qui renforce encore le bien-fondé de sa mise à distance.

La confrontation avec l’inconscient collectif demande à la fois une ferme conscience du moi et un ancrage suffisant dans la réalité, ce qui fait justement défaut à Coré avant sa descente initiatique.

Dans ces conditions, qu’apporte le mythe de Coré-Perséphone aux femmes d’aujourd’hui dans leur ouverture à cette dimension longtemps mésestimée du féminin ?

Peut-on comprendre sans s’en effrayer le sens profond de la descente de Perséphone dans le monde souterrain ? N’est-il pas opportun, indispensable et sécurisant de réhabiliter et de faciliter la descente dans cet espace qui se situe entre l’esprit et la matière, entre le monde de la raison et le monde des visions, entre les perceptions et les pensées ? Il est probable que les personnes, hommes et femmes, qui se trouvent aux prises avec cette sensibilité – qui semble les condamner à vivre leur vie dans ces “entre deux” avec cette intensité particulière – trouvent dès lors les repères dont ils ont besoin pour parcourir un chemin auquel elles ne peuvent – et parfois ne souhaitent pas – se soustraire.

La dépression, une chance pour grandir !

La dépression, l’état dépressif ont mauvaise presse. Si notre tendance hédoniste renforcée par les attentes extérieures nous oriente vers la recherche d’états agréables de joie, d’élan et de dynamisme, il est des situations où l’évitement des émotions de tristesse, d’ennui et du sentiment d’abandon nous dessert. Ce refus nous prive de découvrir les trésors inhérents à la traversée acceptée et vécue en conscience de ces états à l’abord rebutant. Une certaine richesse nous reste alors inaccessible car lorsque nous cherchons à éliminer l’ombre – des gens différents ou des parties de nous-mêmes que nous ne supportons pas – plutôt que de la mettre en lumière, il en résulte un blocage de notre énergie vitale.

Coré-Perséphone trace pour nous depuis des millénaires un itinéraire que nous pouvons suivre lorsque nous nous trouvons face à la perte.

A l’image de la Déesse, nous vivons toutes ( et tous ) des enlèvements symboliques au cours de notre vie. De multiples occasions nous sont données qui recouvrent des formes différentes, mais toutes ont la même teneur : la mort d’un être cher, la fin d’une relation ou la perte de quelque chose qui avait une valeur immense à nos yeux et qui nous est enlevé. Morts réelles ou pertes déclenchent le même processus, qu’il s’agisse de notre santé, de notre sécurité physique ou émotionnelle, d’une trahison ou d’une fausse-couche… Toutes ces situations que nous refusons, tant nous nous rebellons contre la douleur qu’elles impliquent. La vie nous apparaît alors comme injuste et cruelle, nous nous plaignons de ce qui nous arrive que nous ne pouvons ni admettre ni intégrer. Prisonnière d’un vide sans fin, il nous semble qu’à cet endroit il n’y a personne pour nous comprendre, nous entendre et nous aider, et que, comme Perséphone, nous sommes à la merci du destin. Abattue, noyée de chagrin, nous perdons le goût de vivre : plus d’élan, plus de désirs, plus d’appétit ni de sommeil, plus de satisfactions. Nos repères sont bousculés et ce sont des abysses ténébreux qui semblent nous aspirer inexorablement. La terre s’ouvre sous nos pas : nous tombons soudainement au fin fond de l’abîme, démunie, effrayée, et sans secours.

Accepter cette descente aux enfers n’est pas facile, mais un choix s’offre à nous : au moment où Hadès se présente, la femme Coré-Perséphone peut dire “oui” à la douleur et à la perte. Elle acquiesce à son engloutissement momentané par la terre qui se referme, elle épouse avec courage et accepte les étapes d’un voyage inconnu ; elle consent aux épreuves à venir pour en sortir grandie, et se donne toutes les chances de transformer cet engloutissement en connaissance d’elle-même.

Ce faisant, elle s’offre les conditions pour s’enrichir d’une sécurité interne nouvelle qui lui donne de l’assurance et lui permet de profiter de la vie autrement, d’une manière plus vivante et enjouée, avec une ouverture et une autorité personnelle. Ayant acquis la force d’âme, l’autonomie et l’affirmation qui lui faisaient défaut jusqu’ici, elle sort de la passivité qui la caractérisait, devient actrice de sa vie et prend sa place dans le monde. Par la modification inévitable de ses habitudes, elle fait de nouvelles rencontres, devient curieuse d’autres choses et mobilise son potentiel créatif pour s’adapter à la nouvelle situation.

Elle sait que c’est à cette seule condition que Coré peut devenir Perséphone et qu’elle-même peut transformer sa sensibilité extraordinaire. Elle sait aussi qu’une fois ne suffit pas, et que tant qu’elle sera en vie, les occasions lui seront données d’alterner les états de stabilité et de sécurité et les besoins de changement qui la pousseront à se transformer, encore et encore, à descendre chaque fois un peu plus loin, pour remonter riche d’un nouveau trésor.

Elle devient alors la femme médiatrice, celle qui, absorbée mais non submergée, fait preuve de discrimination entre ce qui relève de son inconscient propre et ce qui tient de l’inconscient collectif.
Enfin, pour être descendue dans le sous-sol de son être profond, elle sait qu’elle peut supporter le peu de luminosité qui la rendait confuse, l’humidité de ses larmes qu’elle croyait intarissables, la solitude intrinsèque de l’espace intérieur où personne ne peut la rejoindre. Elle a touché sa base, la structure de ses os, la souplesse de ses muscles, la solidité de ses nerfs et la capacité de son mental à sortir d’une brume qu’elle a cru éternelle. Son coeur s’est ouvert, elle a même peut-être rencontré ses guides spirituels. Gratitude et compassion ont désormais une place dans sa vie. Elle remercie la vie, et avec le temps, elle accueille de plus en plus rapidement et facilement les nouvelles occasions qui augurent des prochaines descentes. Elle n’est plus aussi ébranlée car elle connaît maintenant les étapes, s’aménage des haltes, organise sa descente. Elle a renforcé sa capacité à faire face à la perte et a tracé de nouvelles avenues entre les deux mondes.

Ces expériences, aussi rudes et soudaines soient-elles, sont donc des voies d’initiation – transformation. Qu’elles s’abattent sur nous, ou que nous en ayons l’initiative ( comme Coré-Perséphone qui est curieuse du narcisse ), nous aurons à faire le chemin et à en franchir les étapes.
Notre Perséphone intérieure cueille les fleurs dans une riante prairie… Sa jeunesse nous pousse à la curiosité. C’est elle qui nous attire vers de nouvelles amitiés, nous pousse à de nouvelles expériences. Garante de notre émerveillement devant les narcisses de l’existence, elle est le gage de notre inscription dans le mouvement des cycles de la vie, hiver et été, descente et remontée, ombre et lumière, mort et renaissance.


Honorer les ancêtres

Il y a une semaine, ma grand-mère maternelle est morte. Paix à son âme, et j’ose penser, elle est partie en paix, autant qu’elle le pouvait. La vieille dame a souffert de beaucoup de solitude dans les dernières années de sa vie. Son esprit se délitait. Une de ses filles a refusé de venir la voir sur son lit de mort. Vers la fin, elle est redevenue petite fille. Mais elle a pu au moins, se réconcilier avec ma mère. Elles se sont ouvertes l’une à l’autre, juste avant que ma grand-mère ne tombe malade. Ma mère a beaucoup travaillé
pour en arriver là, poser les bonnes questions, dire ce qui devait être dit, et n’était pas toujours facile, et ma grand-mère a accepté de jouer le jeu. Mon oncle et ma tante en revanche, n’ont jamais eu le courage de faire un travail sur eux-mêmes et resteront sans doute toute leur vie avec leurs vieux regrets. En ce qui me concerne, je suis vraiment contente d’être aller la voir, deux étés de suite, même si elle habite loin, pour passer un temps chez elle, parler de tout et de rien, de sa jeunesse dans une ferme, de nos ancètres,écouter de vieilles histoires et visiter de vieux lieux.

Et elle est partie avec le printemps, cette belle âme, intelligente, rigide mais tendre aussi, qui m’a donné un aperçu de ce qu’une vie simple pouvait avoir de bon. Qu’elle puisse trouver le chemin vers le Pays d’Ete en toute sérénité. Je sens déja sa présence à mes côtés, en même temps que les pulsions de la vie nouvelle qui réveillent la terre. Elle a intégré la lignée des femmes de ma famille au-delà du voile.

De mon côté, je me pose des questions, et mes réflexions reviennent comme souvent, sur le thème de la famille. Le thème de la famille et des ancêtres a toujours été un thème important du paganisme. Dans le paganisme moderne, on insiste beaucoup sur la sagesse des Anciens, et c’est pour moi très intéressant – si l’on oublie pas qu’il s’agissait d’humains imparfaits comme nous, qui ont beaucoup à nous apprendre pour balancer les excès de notre présent. En appeler à nos ancêtres, c’est se relier aux origines de l’humanité, c’est une force puissante et protectrice, honorer nos racines pour mieux comprendre et vivre le présent.

Mais quand on se rapproche de nous dans l’arbre généalogique, la question des ancêtres devient plus douloureuse. Il ne s’agit alors plus d’archétypes aux noms perdus dans l’éternité, mais de visages bien réels, avec leur cortège d’histoires poignantes, ordinaires, extraordinaires, névroses, conflits, traumatismes générationnels, non-dits, malédictions, attentes, déceptions, stéréotypes et rôles attribués. C’est la famille, un « chaudron pulsionnel » fondateur. Et entre la psychanalyse. Il est plus difficile de « vouer un culte » à ce type d’Anciens  mais le même type de dévotion est tout aussi nécessaire.

Je m’explique. Pour moi les liens du sang constituent d’inévitables liens magiques. Vouloir ignorer cela, c’est laisser quelque part un placard rempli de squelettes : rien qu’un obstacle au développement spirituel, un boulet magique en quelque sorte. Mais se confronter aux vieux démons de l’enfance, c’est un travail pour lequel il faut être solide, et avoir de l’aide, ce qui n’est pas donné à tout le monde. Comment gérer alors ces liens souvent embarassants ? Pour moi : exigeance, détermination, dédication, fidélité. Ce qui veut dire d’emblée pas d’éternels compromis dans certains domaines. Pour ces lointains parents qui n’ont jamais fait l’effort de me connaître, qui sont plus source de problèmes que d’autre chose, je coupe le lien, de façon nette et sans trace. Ils auront de ma part politesse et silence, et rien d’autre. Ce qui veut dire aussi, remettre en question les figures d’autorité, et ne pas éviter les conflits parfois douloureux. Mais y travailler sans relâche et ne pas se rebeller par prétexte. Une diplomatie de longue haleine. Etre dédiée à améliorer ses relations avec la famille proche. Et grandir : se séparer de ses parents, devenir autonome. ( C’est tellement capital. J’ai dans la tête le fantôme de mon père qui s’asseoit toujours sur les genoux de sa mère à cinquante ans. Euuurgh.) Mais toujours avancer vers plus de respect, plus d’intégrité et d’égalité. Refuser certains rôles. Oser l’inconnu.
Etre parfois sacrément malpolie et audacieuse. S’en mordre les doigts plus tard, faire des erreurs, avoir mal, laisser passer. Etre toute seule dans le froid, déboussolée, trouver sa boussole intérieure, avancer. Récolter les fruits amers et nourrissants de ce travail. Ignorer systématiquement toute tentative de manipulation sentimentalo-dégoulinante. Etre surprise, pardonner et demander pardon.  Simplicité des sentiments, élégance. Ah et essayez donc la famille recomposée. Ca double la rigolade. Et encore, moi, j’ai de la chance, parce que ma famille est un défi, mais qu’il y a des merveilles d’humanité là dedans aussi. Ce qui n’est pas donné à tout le monde.

La famille, c’est un peu comme une cicatrice qu’il faut apprendre à porter avec fierté. Réellement honorer son héritage ce n’est pas tout goberbéatement. C’est au contraire, assainir ce qui doit l’être, faire ce qui est nécessaire pour faire fleurir ces graines qui nous sont données à la naissance. Et les ancêtres sont une aide là dedans. Comprendre leurs névroses, sans y adhérer, honorer ces histoires belles et complexes qui sont la légende  familiale qui nous supportent. Ne jamais céder à la rancoeur.

Alors je parle à mes ancêtres,je leur fais une place sur mon autel, j’apprends leur nom:  fermiers, fermières, policiers, marins et poètes frustrés, professeurs, résistants, femmes au foyer, ingénieurs, pilotes, chefs d’entreprise, paysans, tailleurs de pierre, tibétains, frisons, charentais, belles-mères pénibles, grand-mères douces, grand-mères folles, trame des âges…A ceux qui sont encore vivants, je travaille sur la relation avec dédication. J’avais fait à Mabon dernier un rituel avec ma mère, pour demander aux femmes de la lignée de veiller sur ma grand-mère dans ses derniers instants, et la beauté et la force ( la tristesse aussi) du rituel m’avait surprise. J’avais senti ce que voulait dire la force d’une lignée de femmes. ( Je le posterai bientôt.) J’ai l’impression qu’on a fait du bon boulot.Mais ce n’est pas quelque chose d’anodin, ça ne l’est jamais. Un tirage sur ce sujet me prévenait d’ailleurs que la solution à mes problèmes de famille devrait être  « la générosité douloureuse ».
Et être sorcière c’est cela : faire le « sale boulot »,et après se rendre compte, à quel point la vie est belle. Ah, c’est pas un sacerdoce fait pour les chochottes.


Prière Irlandaise

Avec Imbolc qui approche, je partage avec vous une de mes prières favorites dédiée à Brighid, Déesse celtique de la poésie, de la guérison et de la forge :

Brighid of the Mantle, encompass us
Lady of the Lambs, protect us
Keeper of the Hearth, kindle us,
Beneath your mantle, gather us,
And restore us to memory.
Mothers of our mother,
Foremothers strong
Guide our hands in yours,
Remind us how,
To kindle the hearth,
To keep it bright,
To preserve the flame.
Your hands upon ours,
Our hands within yours,
To kindle the light,
Both day and night.
The Mantle of Brighid about us
The Memory of Brighid within us
The Protection of Brighid keeping us
Fron harm, from ignorance, from heartlessness.
This day and night
From dawn till dark
From dark till dawn.
Caitlin Matthews