Une cabane lovée dans le feuillage… Ma tanière de sorcière au fond des bois. Mon boudoir… poudres,éclats de rire et élixirs. Esprits en ébullition, chasseurs de rêves, et visiteurs en tout genre, tissez vous dans ma toile …

Adieu étrange été

So long, Summer of Weird ( and thank you for the fish )

C’était un été bizarre. Pour moi, plutôt un hiver métaphorique, d’ailleurs : attente, introspection, douleur et soulagement, esprit cotonneux, nerfs enflammés,  suspension, relâchement, dissémination.

Les murs entre les différentes parties de ma vie se délitent. Sous mes anti-douleur à l’opium, je vois une ballerine aux yeux rouges, aux cheveux gris maintenus en un chignon gracieux au dessus de sa tête, la voix douce, couvant une ironie tranchante. Elle danse dans des volutes de fumée. Je pers le chemin vers mes névroses habituelles. Je ne sais juste plus.Mes amis païens viennent dans ma maison d’enfance, rencontrent mes cousins et mes amis de lycée, toutes les périodes de ma vie se mélangent, je suis trop perchée pour me mettre les nerfs en pelote.

Je fais un rituel de guérison et je sens mon corps devenir lande, terre de bruyère. Je prends le bus pour aller chercher du millepertuis à la campagne, mais j’ai trop mal au dos, pour arriver au bout. Je marche sous un soleil de plomb en zone industrielle, paumée, et le seul millepertuis que je trouve pousse au bord d’un rond point, vie tenace. Je me pose dans un parc en bord de route, je trouve une plume de corbeau, et Odin vient à moi. Il me dit d’accepter, enfin,(!) ce qui vient, l’histoire qui est la mienne et je trouverai la force lorsque j’en ai besoin pour dire non.

Je me sens comme un arbre frappé par la foudre, les problèmes de la colonne vertébrale, c’est horrible, c’est toute votre fondation qui ne tient plus la route. Un bonne leçon de ce qui se passe lorsque j’essaie d’être forte à tout prix, pousse trop loin, ne prends plus soin de moi-même. Il fallait que je l’entende d’une manière ou d’une autre ; la magie n’est pas une épreuve de volonté contre la vie, c’est un petit coup de pouce dans le sens du courant, c’est essayer de bouger en rythme. Devenir roseau, je n’ai plus le choix. Il n’y a pas de loyauté ou de cause à laquelle je doive ma vie. Ach patate !

Je m’endors sur la plage en écoutant mon podcast d’histoires d’horreurs poétiques, entre aliens et Lovecraft in love, et en me réveillant,  en regardant la lumière du soleil couchant miroiter sur l’océan, pour quelques secondes, je suis convaincue d’être sur une autre planète, et je sens les bêtes immenses et monstrueuses qui jouent et vivent sous la surface de l’eau, l’harmonie du chaos, les étoiles dansent, et sans savoir pourquoi, j’ai les larmes aux yeux. Je vais arrêter de vouloir trouver un ordre et une logique à tout ce qui m’entoure. C’est bon.

Maison d’été et réunion de famille, cris d’horreur, une peur de fausse couche. Avec ma coloc, on fait une prière, un envoi d’énergie, dans l’urgence. Je prie à Frigg pour qu’elle protège le futur bébé. On s’en fout que je suis pas au top, que je suis en crise de foi, il faut essayer. Je suis sorcière, ça me retombera toujours dessus. Dans des moments comme ça, les questionnements existentiels n’ont que peu d’importance. Ce n’est pas une morale à ton histoire, il n’y a pas une leçon qui t’appartienne ici, juste tais toi et fais le nécessaire. Le foetus va bien, au final.

On m’apprend que je dois être opérée, je vacille, je m’imagine en fauteuil roulant, esprit dramatique toujours, on se refait pas, on apprend juste à se foutre de sa propre gueule. Je marche, je m’allonge sous des cèdres, au bord de la route, je pleure, je pense à tous mes projets de voir le monde. Je regarde les frondaisons de mes arbres gardiens, que je semble toujours trouver près de moi où que j’aille, leur force verticale et profonde d’arbre-monde. A ce moment je sais que je conserverai la grâce quoi qu’il arrive, au bout du chemin. Je sais voyager en esprit, je ne suis jamais impuissante, je saurai bouger des montagnes, et je vais faire face. Je remercie mes Dieux d’être née dans cette époque, et d’avoir une famille qui prend soin de moi – sans leur aide, ça aurait tourné au cauchemar.

L’humour débile, c’est la meilleure expression de la grâce. Je chasse mon petit neveu autour de la table du repas en imitant les feulements d’un tigre, en boitant comme une vieille furieuse. Je retourne les commentaires acerbes de ma grand mère contre elle, elle ne peut rien dire parce que, c’est la faute aux anti-douleurs, ils me retournent la tête, n’est ce pas ? Et lorsque elle et ma tante se mettent à commenter le physique de ma belle-mère et moi, je les envoie chier, bande de commères de village à la foire aux bovins. Nouveau pour moi. Good times. Avec ma cousine. On fait le tour du village balnéaire neuneu-jetset en mettant ‘Fuck you’ de Lily Allen à fond, et en chantant de nos plus belles voix de casseroles.

Ma belle-mère a ramené de son boulot des palettes et des palettes de myrtilles non aptes à la vente, et on fait des confitures, et des muffins, et on en a par dessus la tête, c’est décadent. Je lis des poètes beatnik et lorsque je suis perchée, ça fait tellement sens, mais ça va nulle part, mais ce n’est pas grave, je me vois déjà sur la route. Je rêve que je sors avec un gardien de cimetière qui a piqué son manteau à la Faucheuse. J’arrive au bout de ma patience, de la douleur nerveuse, de cette putain de hernie, j’en ai marre d’être un poids, de devoir demander de l’aide pour la moindre des choses. Et en même temps, elle me concentre. Me rend brute, honnête. Je suis trop fatiguée pour faire quartier aux trucs futiles. Mes dieux restent silencieux, je fais face à moi-même.

Je suis passée sur la table d’opération. Bien passée. Je suis à l’ouest. La douche à la bétadine, c’est dégueulasse. Je travaille mon bouclier énergétique pour ne pas me laisser envahir. La solitude reste pesante. Je me sens comme une poupée de chair entre les mains des infirmières. Le soir, on parle d’expériences de mort proche et ma belle-mère si apparemment plan-plan parle de sa grand-mère qui faisait du spiritisme, et leur enseignait des sorts, et j’explique à mon père qu’au final, on s’en fout de savoir si ça existe vraiment ou pas, parce que dans tous les cas, ça en vaut la peine. Je m’engage.

Allongée dans ma chambre d’hôpital, vers trois heures du matin, après la dissipation de la morphine, la douleur a disparu à part une légère brûlure au niveau de la cicatrice, et j’écoute l’équipement de ma voisine qui bouillonne tranquillement, comme un chaudron déplacé. Je me rends compte que j’ai des choses à faire, à dire, et maintenant je sais quoi, et je sais comment. Et je suis ok. Je suis sortie de la grande période de confusion en un seul morceau.

Rentrée, j’aimerais sauter dans tous les sens, mais je dois être corsetée, faire attention au moindre de mes mouvements. J’apprends qu’un de mes camarades de primaire s’est tué dans un accident de voiture, conducteur ivre et falaise. C’est absurde. J’ai l’impression de ne rien sentir. Il pleut.

Avec ma soeur, on rit, parfois noir, et on partage jusqu’aux petites heures du matin. On est si différentes, et on a la même faim de vie, la même ambition, et je suis fière d’elle, de sa capacité à garder à la fois la tête haute et le coeur tendre dans le tumulte. Je retisse des liens, je solidifie des ponts. J’apprends que je peux continuer mon mémoire sur la protection de la biodiversité. Lorsque je me balade dans un de mes parcs d’enfance en bord d’autoroute, je me dis que je sais pourquoi je travaille, avant que le moindre écran de verdure ne devienne un luxe. Je sais où je vais, et mon sang fourmille comme de la sève. A l’envers, automne printemps. C’est ça aussi la spiritualité dans la vraie vie. C’est indétachable du reste, et ça part dans tous les sens.

Demain, c’est la rentrée. Je me suis laqué les ongles en rouge vif, mode ready set go. Je ne suis pas prête, mais tant pis. Ma nouvelle philosophie de vie, c’est tant que je n’aurais pas eu à pisser à travers une sonde, je suis sûre que je peux trouver le bonheur quelque part, où qu’il se cache.

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4 Réponses

  1. ayaba

    salut Skydie!

    Je viens de lire ton post que jai reçu par mail…c’est Bilquis maintenant Ayaba.
    je suis désolé de ne pas avoir pris de news plutot neamoins mieux vaut tard que jamais….

    jai une new page facebook Ayaba Nikua.
    Enfin je te souhaite bon rétablissement….

    12 septembre 2013 à 7:21

  2. Je viens de finir la lecture de ton article et je me retrouve un peu sans voix.
    Que dire, sinon qu’il est magnifique, que ton style est toujours personnel, un mélange de brume et de puissance; on ne sait jamais laquelle des deux est le filigrane ou l’écriture.

    En tout cas, on sent que tu as vraiment vécu un passage, un rite initiatique par cette opération. D’une certaine façon en opérant ta colonne on t’a étiré ton axe, celui de la kundalini et de l’énergie, ta verticalité et donc ton recul sur les choses. On sent que tu prends de la hauteur. Je perçois un avenir très intéressant te concernant, de belles énergies encore discrètes, mais très prometteuses.

    Et puis j’aime beaucoup ce que tu dis : « mon sang fourmille comme de la sève. A l’envers, automne printemps. C’est ça aussi la spiritualité dans la vraie vie. C’est indétachable du reste, et ça part dans tous les sens. »
    C’est aussi ce que je ressens bizarrement, une impression de printemps dans l’hiver malgré le froid et la pluie strasbourgeoise.
    Un tourbillon de possibles et de nouveautés. 🙂

    Prends bien soin de toi.

    16 septembre 2013 à 11:23

  3. carabosse

    bon rétablissement à toi, je pense que tu es sur la bonne pente

    22 septembre 2013 à 5:02

  4. Emma

    Coucou !
    Je suivais ton blog il y a quelques années et après une errance spirituelle je reviens vers la toile païenne et rends visite à mes anciens blogs préférés. Ce que je trouve dans ton texte, c’est la vrai expression d’une personnalité, d’une vie intérieure avec ses émotions et ses souffrances. J’insiste sur ce point car au cours de mon errance, j’essayais d’aller vers des gens sans spiritualité et je perdais la foi… car ils sont peu nombreux, ceux qui croient au pouvoir de la femme et de l’homme sur la nature, à la simple force de la volonté et de la prière. Tu as su assumer qui tu étais et d’épanouir dans ta religion au cours des années. Voilà, c’est super 🙂 !
    J’ai compris que tu as mal au dos, prends soin de toi 🙂 !

    27 novembre 2013 à 4:20

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